Comment Google a protégé Andy Rubin, le créateur d’Android, accusé de harcèlement sexuel

Google épinglé par le New York Times pour son manquement moral.

Andy Rubin en 2008 (© Yoichiro Akiyama /Wikipédia/CC)

En 2005, Google rachète pour 50 millions de dollars une start-up ayant dressé sur patte un OS mobile promis à un grand destin : Android. Son papa, Andy Rubin, sera ensuite chargé de superviser le développement de l’OS au sein de Google, le hissant immédiatement au statut de grand ponte de la multinationale.

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En 2014, après neuf ans de bons et loyaux services, Andy Rubin quitte Google. En apparence, ambiance bisounours. Larry Page, cofondateur de Google et à l’époque CEO, le remercie publiquement et chante ses louanges. Dans la foulée, Andy Rubin bâtit une nouvelle start-up, Essential, qui lancera un smartphone, l’Essential Phone.

En novembre 2017, la séparation Rubin/Google change, rétrospectivement, de saveur. Le média The Information révèle alors que le départ d’Andy Rubin avait été motivé par un motif peu glorieux : une enquête diligentée en interne à la suite d’une plainte avait révélé qu’il avait entretenu une "relation inappropriée" avec une employée sous ses ordres.

Une enquête explosive publiée par le "New York Times" vient de raviver un feu que l’on pensait, si ce n’est éteint, au moins maîtrisé.

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D’une part, elle révèle plus de détails sur la relation dite inappropriée. Andy Rubin aurait contraint sa maîtresse (il s’agissait d’une relation extraconjugale) à subir un rapport sexuel oral. D’autres faits d’armes passés sont également mentionnés : d’autres relations extraconjugales avec des employées de Google, faisant fi du règlement de l’entreprise, et découverte de vidéos de bondage sur le bureau d’Andy Rubin.

Mais l’enquête dévoile aussi et surtout la réaction de Google : un parachute doré de 90 millions de dollars à condition de partir sur le champ et de ne faire aucun remous. Deux autres haut gradés de l’entreprise auraient été protégés de la sorte, à coups de silence et de dollars. Cerise sur la start-up : Google a ensuite investi des millions de dollars dans Essential.

Contacté par le Times, Rubin accuse le journal d’avoir commis des inexactitudes et réfute catégoriquement la contrainte de sexe oral.

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Google traiterait-elle les questions de harcèlement sexuel à la légère ? Sundar Pichai, patron de Google, s’en défend. Dans un e-mail envoyé à ses employés après la publication de l’enquête, il explique que 48 employés ont été mis à la porte ces deux dernières années pour cette raison bien précise.

Certaines voix au sein de chez Google ont pourtant expliqué au Times que non, Google ne prenait pas toutes les mesures qui s’imposaient : les hommes resteraient souvent impunis, les femmes remerciées.

Nul doute que la sonnette d’alarme du New York Times ancrera les problèmes de harcèlement chez Google dans les esprits. Dix mois plus tôt, Emily Chang, dans son livre "Brotopia", avait également épinglé Google, entre autres géants et poids lourds de la Silicon Valley.

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Par Pierre Schneidermann, publié le 26/10/2018

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