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Les microplastiques sont partout, des emballages jusque dans nos excréments

Les particules de plastique, de quelques micromètres, sont présentes dans toutes les étapes de la chaîne alimentaire. Leur dangerosité reste inconnue.

(© PexelsCC)

Le plat que vous venez de manger contenait probablement des morceaux de plastique. Le moustique qui vous a piqué, la nuit dernière, vous a peut-être refilé un peu de plastique. La plage idyllique de vos vacances estivales est parsemée de plastique. Partout, quoi que vous fassiez, vous ingérez inconsciemment ces petits morceaux issus de l’usure du fabuleux polymère. Et puisque le dérivé du pétrole est présent dans la chaîne alimentaire, rien de plus logique que de le retrouver dans les excréments de son plus grand prédateur.

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Oui, vos selles contiennent peut-être des microplastiques (le mot utilisé pour décrire des particules de 5 mm à 10 micromètres de diamètre) : voilà la conclusion d’une étude pilote menée par l’agence de l’environnement autrichienne sur huit participants, âgés de 33 à 65 ans et originaires de Russie, d’Europe et du Japon. Premier à traiter l’information, The Guardian expliquait le 22 octobre que neuf variétés différentes de plastique (sur un total de 10 testées) ont été découvertes dans les excréments des sujets, avec une prévalence du polypropylène (PP) et du polytéréphtalate d’éthylène (PET).

Selon les chercheurs, 20 particules étaient présentes en moyenne dans 10g d’excréments, et la taille des échantillons de plastique découverts varie entre 50 et 500 micromètres (µm) - à titre de comparaison, le diamètre d’un cheveu varie entre 50 et 100 µm. Omniprésents dans nos vies quotidiennes (le PET est le quatrième plastique le plus utilisé au monde), ces deux plastiques sont majoritairement utilisés pour confectionner emballages alimentaires, pièces automobiles, tissus synthétiques dit "polaires" et bouteilles en plastique, mais peuvent aussi provenir des produits cosmétiques, qui intègrent ces particules dans les crèmes de gommage (la pratique est interdite en France depuis le 1er janvier 2018). Les sujets ayant conservé leurs habitudes alimentaires pendant la semaine précédant l’expérience, leur exposition provient probablement de l’eau en bouteille et des aliments emballés.

À partir de ces résultats, les auteurs de l’étude extrapolent que "plus de 50 % de la population pourrait avoir des microplastiques dans ses excréments". Étant donné la taille extrêmement réduite de l’échantillon, de nouvelles études doivent d’abord être menées à grande échelle pour confirmer les découvertes de l’équipe autrichienne, effectuées grâce à une méthode inédite d’analyse des selles. Jusque-là, aucun travail de recherche n’avait pu identifier la présence de plastique dans nos organismes. Ce que l’on savait, au fil des études compilées ces dernières années, c’est que ces microplastiques sont absolument partout.

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France, Puy-de-Dôme. (© Getty)

Le plastique, c’est hégémonique

La semaine dernière, une étude de Greenpeace menée sur 39 sels de table du monde entier, la cinquième du genre, démontrait que 36 d’entre eux, soit 90 % de l’échantillon, contenaient des microplastiques. En 2017, on apprenait que sur les huit millions de tonnes de plastique déversées chaque année dans l’océan, une part non négligeable était consommée par la faune marine avant de terminer dans nos assiettes. Les moules en sont particulièrement remplies.

La même année, les microplastiques étaient identifiés dans 83 % des eaux courantes mondiales, avant d’être repérés en mars dans plusieurs bouteilles d’eau de source de grandes marques comme Evian ou San Pellegrino. En septembre, deux études démontraient à quelques jours d’intervalle que ces particules, présentes dans les eaux des rivières, pouvaient contaminer jusqu’à 50 % des insectes… qui, en étant mangés par d’autres animaux, leur transmettraient lesdites particules. Au fur et à mesure que le corpus scientifique s’étoffe, le tableau apparaît de plus en plus clair : nous vivons dans un monde de plastique. Ce que l’on sait beaucoup moins, en revanche, c’est l’impact de ces polymères sur la santé humaine lorsqu’ils s’accumulent dans l’organisme, comme c’est le cas actuellement. Une situation qui donne un profond sentiment de déjà-vu.

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Un risque sanitaire dont on ignore tout

Chez les animaux, les recherches sont déjà plus étoffées : 114 espèces marines (dont la moitié consommées par l’homme) ont été testées positives aux microplastiques et plusieurs études ont d’ores et déjà démontré que ces billes peuvent boucher le tube digestif, empoisonner certaines espèces et modifier leur comportement alimentaire. Sur d’autres grands animaux, comme les tortues ou certains oiseaux, les billes de microplastiques s’invitaient non seulement dans l’estomac et les intestins mais aussi dans le sang, le foie ou la lymphe.

Concernant l’homme, l’inquiétude porte surtout sur les perturbateurs endocriniens et les additifs avec lesquels les plastiques sont mélangés lors de leur fabrication, comme le bisphénol A. Entre 2009 et 2011, deux études controversées identifiaient le PET, le plastique utilisé dans la fabrication des bouteilles d’eau, comme contenant des substances œstrogènes et pouvant donc créer des perturbations hormonales avec des conséquences sur la fertilité et le développement. Depuis, rien de nouveau, et le PET a toujours la réputation d’être un plastique sans danger et recyclable.

Même si la majorité des microplastiques est rejetée naturellement par notre organisme et celui des animaux que nous consommons, leur nombre phénoménal – la dernière estimation, finalement jugée trop faible, faisait état de 5 000 milliards de billes de microplastiques dans les océans – assure qu’une partie de ces substances termine dans notre système sanguin. Et en l’état actuel des choses, nous n’avons aucune idée des conséquences de cette contamination sur nos organismes. Ce qui n’a aucunement empêché la production de plastique d’exploser lors de la décennie passée, avec 348 millions de tonnes du matériau miracle produites chaque année dans le monde. Nous sommes peut-être à la veille d’une immense catastrophe sanitaire, ou peut-être pas. Le plus terrifiant, c’est que nous n’en savons rien.

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Par Thibault Prévost, publié le 26/03/2019

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