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Accord de Paris : pour l’instant, aucun pays de l’UE ne tient ses engagements climatiques

Selon une étude américaine, seuls 16 pays sur 197 signataires appliquent réellement les engagements de l’accord de Paris. Et aucun État-membre de l’UE.

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L’union sacrée de la COP21 semble déjà loin derrière nous. Le 29 octobre, Le Figaro reprenait une étude du think tank américain World Resources Institute, effectuée en collaboration avec deux instituts de recherche britanniques (le Grantham Research Institute et le Center for Climate Change Economics and Policy) estampillés London School of Economics, qui révélait que sur les 197 heureux signataires de l’accord de Paris sur le Climat, seuls 16 avaient commencé à tenir les "engagements volontaires" prévus par le document. Parmi eux, aucun pays membre de l’Union européenne.

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Pour rappel, l’accord de Paris sur le climat, signé en grande pompe en décembre 2015 et entré en vigueur l’année suivante, ambitionnait de réduire l’avancée du réchauffement climatique mondial à 2 °C d’ici la fin du siècle. Sur les 197 signataires du document, 157 avaient annoncé qu’ils prendraient des mesures concrètes pour réduire leurs rejets de dioxyde de carbone et limiter leur part dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Loupé.

Trois ans plus tard, indique l’étude, 58 pays ont pris de réelles mesures législatives pour limiter leur empreinte carbone d’ici 2030, et seuls 16 d’entre eux ont pris des mesures cohérentes avec les promesses de la COP21. Félicitons donc l’Algérie, le Canada, le Costa Rica, l’Éthiopie, le Guatemala, l’Indonésie, le Japon, la Macédoine, la Malaisie, le Monténégro, la Norvège, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Pérou, les Samoa, Singapour et le Tonga, qui sont en voie de tenir leurs engagements. Les autres… non, rien.

Un accord non contraignant, des promesses qui n’engagent à rien

Vous l’aurez compris en regardant cette liste, excepté quelques rares poids lourds économiques, les accords de Paris sont respectés par ceux qui contribuent le moins aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. À ce titre, rappelle l’étude, les 157 pays s’étant engagés formellement à réduire leurs émissions produisent 95 % de la pollution atmosphérique mondiale. Du côté des bonnes nouvelles, l’étude note que 140 de ces pays ont néanmoins commencé timidement à engager des réformes nationales ciblées qui visent les secteurs de l’énergie et des transports… tout en concluant que les "objectifs d’adaptation" climatique ne sont pas assez pris au sérieux.

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Pour comprendre cette lenteur, il faut se souvenir du fonctionnement de l’accord de Paris : sur les 197 pays signataires, 157 ont déposé une "contribution déterminée au niveau national", ou CDN, dans lequel le pays en question annonce ses objectifs climatiques et les mesures qu’il s’engage à prendre. Le problème, comme le notaient alors de nombreux experts de la question climatique, c’est que l’accord de Paris n’a jamais été coercitif et que ces CDN ne sont dotées d’aucun statut juridique explicite. Autrement dit, les parties ont signé sur la base du volontariat, et ils ne seront jamais inquiétés s’ils ne respectent pas leurs promesses.

Au niveau politique, les conséquences d’une telle permissivité sont claires, explique l’étude : plus de 60 % des lois et politiques climatiques nationales visent 2020, alors que la plupart des NDC envisageaient des résultats pour 2030 ; en tout, 14 pays respectent cet ultimatum, tandis que 16 pays de l’UE ont mis en place des politiques climatiques à des horizons plus lointains encore. (La France, elle, a pour ligne de mire 2050… ) Concernant l’UE, les experts rappellent que Bruxelles a déposé un objectif global de réduction des émissions de gaz à effet de serre… sans spécifier les obligations imposées à chaque membre. Une politique trop "floue", selon le rapport, qui tente quand même de conclure sur une note positive : en octobre 2018, 1 500 lois et mesures nationales ont été adoptées dans le but d’accélérer la transition énergétique. Dormons tranquilles, donc, les réformes sont en cours.

Par Thibault Prévost, publié le 06/11/2018

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