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Pourquoi A Million Little Things est une des meilleures séries sur l’amitié

En même pas dix épisodes, celle qu’on vendait comme une copie conforme de This Is Us s’impose comme une véritable ode à l’amitié sous toutes ses formes. Attention, spoilers.

© ABC

En 2018, il est difficile de concevoir qu’une série puisse exister sans un pitch sensationnel, un antihéros borderline à la Walter White ou encore un casting de jeunes répondant aux critères de beauté hollywoodiens. Suivre la vie de personnes lambda, dans son plus simple appareil, sans trop d’artifices, ça ne passionne a priori pas les foules. Et, pourtant, le succès imprévisible de This Is Us a prouvé qu’il existait bien un public pour ce genre de séries simples et bienveillantes. C’est dans son sillage qu’est née A Million Little Things, qui se révèle au fil des épisodes comme l’une des meilleures séries sur l’amitié.

Alors oui, bien avant son lancement, dès sa première bande-annonce en réalité, la série a d’emblée été (in)justement vendue comme un fac-similé de This Is Us. Certes, les deux shows mettent nos glandes lacrymales à rude épreuve, c’est un fait. Pour autant, là où la famille Pearson s’est perdue dans des intrigues peu stimulantes et une narration audacieuse mais pas toujours maîtrisée, A Million Little Things a préféré jouer la carte de la simplicité, valorisant son principal atout : ses personnages et les liens forts qui les unissent.

Partons d’abord de son postulat de base. Un beau jour, sans prévenir qui que ce soit, Jon, businessman quadragénaire à la vie rangée, saute du haut du building où il bosse. Aucune explication, aucune raison vraisemblable derrière ce suicide. Sa femme, Delilah, et sa bande d’ami·e·s doivent alors faire leur deuil, ce qui risque de s’avérer plus compliqué que prévu car, justement, rien de tout ça n’était prévu.

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Comme bon nombre de séries en cette rentrée automnale, de Kidding à Maniac en passant par Sorry For Your Loss, A Million Little Things construit son histoire autour de la thématique, délicate mais non moins importante, de la perte d’un être cher. Mais ce n’est pas son sujet central, l’amitié l’est. Dès son pilote, plutôt réussi à défaut d’être innovant, la série d’ABC a mis un point d’honneur à démonter la bro culture – mais si, ces vieux gars étroits d’esprit qui préfèrent enfiler les pintes de Kro plutôt que de parler de ce qu’ils ressentent – en montrant des hommes à la sensibilité inouïe et assumée.

Qu’entends-je ? Les hommes auraient-ils, eux aussi, des sentiments ? Et il serait en plus de ça bénéfique pour eux de les communiquer ? Incroyable ! Blague à part, on peut sans doute compter sur les doigts d’une main le nombre de fois où des personnages masculins de séries ont chialé un bon coup en se confiant leurs émotions. Dans A Million Little Things, c’est un 360° complet. Eddie, Rome et Gary, les trois hommes de la bande, n’ont jamais de mal à dire ce qui va ou, au contraire, ce qui ne va pas. Ils s’écoutent, se conseillent. Bref, ils se respectent.

Jusqu’alors, ce sont des comportements et caractéristiques que l’on associait, dans la société, plus généralement aux femmes. Attention, on ne va pas aller jusqu’à prétendre que A Million Little Things est révolutionnaire, elle ne l’est pas. Cependant, elle peut se targuer d’être constante dans sa représentation – trop rare, j’insiste – de l’amitié entre hommes.

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En parallèle, les femmes de la série ne sont pas lésées, gagnant en visibilité et en profondeur d’épisode en épisode. Si elles ne passent pas toujours le Bechdel Test (et c’est déplorable, of course), c’est surtout parce que les personnages, féminins comme masculins, sont intrinsèquement liés les uns aux autres. Les hommes parlent des femmes, les femmes parlent des hommes : rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est que ces discussions ne sont étonnamment pas toujours d’ordre amoureux.

Les potes de A Million Little Things ont beau connaître leur lot de coucheries (occasionnelles, on n’est pas face à un soap discount tout de même), la série s’évertue à mettre en lumière la dimension platonique de leurs relations. On pense par exemple à Maggie, la psy du groupe, qui prend sur son temps libre pour aider Rome, un des mecs du groupe, à appréhender sa dépression pour mieux la terrasser. La série montre d’ailleurs à quel point il est délicat pour un homme aux États-Unis de parler d’un tel trouble mental, la dépression étant tristement considérée comme incompatible avec la notion de virilité qu’a érigée la société.

En clair, si vous avez un faible pour les séries qui présentent la vie comme elle est, en se focalisant sur le relationnel plutôt que le sensationnel, A Million Little Things est peut-être celle qui manquait à votre collection. Ses personnages sont loin d’être archétypaux et continuent d’être creusés encore davantage au fur et à mesure que la saison se dévoile. À l’heure où le terme de masculinité toxique trouve sa place au cœur des débats sociétaux, A Million Little Things représente une réponse salvatrice, où hommes et femmes partagent librement leurs ressentis sans crainte de représailles. En ça, on n’est pas très loin d’une vision utopique.

A Million Little Things est diffusée sur ABC depuis le 26 septembre, et reste inédite en France.

Par Florian Ques, publié le 11/12/2018