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Taxi Driver, ou l’explosion du duo De Niro-Scorsese

Taxi Driver, ou l’explosion du duo De Niro-Scorsese

Publié le

par Antonin Gratien

Grâce à ce film culte éclatait à l’écran l’alchimie d’un des tandems les plus légendaires du 7e art.

Martin Scorsese est de ces réalisateurs aux acteurs fétiches. Avec, en tête de liste, Robert De Niro. La récente arrivée de Taxi Driver sur Prime Video constitue l’occasion de revenir sur l’étroite collaboration entre le cinéaste et son interprète favori. Un partenariat long de plus de 45 ans marqué par une profonde amitié, et ponctué de neuf films au succès parfois planétaire.

Mean Streets, révélation d’un alter ego

Les deux compères se rencontrent en 1971. Alors qu’ils discutent, Scorsese réalise que son interlocuteur a grandi dans le même voisinage que lui. Traîné dans les mêmes rues, fréquenté les mêmes dancehalls. La chose n’a rien d’anecdotique car, lorsque Scorsese réfléchit au casting de son troisième long métrage, Mean Streets, il est à la recherche d’un homme ayant connu, lui aussi, les rudesses du quartier de Little Italy, dans la New York interlope des années 1950.

En bref, le réalisateur veut un alter ego. Quelqu’un partageant ses origines italiennes, appartenant à la même génération que lui et ayant grandi parmi les mêmes tumultes que lui. Autobiographique, Mean Streets se veut le miroir de ce qui fût longtemps le quotidien de Scorsese. Le récit est celui d’un duo de caïds. Dévoré par l’ambition, le premier espère gravir les échelons à l’appui d’un oncle mafieux. Il sera interprété par Harvey Keitel.

Le second antihéros du film est une vraie pile électrique, impulsive et provocatrice. Après avoir envoyé sans succès son script à Al Pacino, Scorsese s’adresse à De Niro pour camper cet énergumène. Et – bingo ! – la sauce prend d’emblée sur le plateau. Auprès du magazine américain Deadline, le cinéaste confie avoir été ébloui par les talents d’improvisation de son acteur. Notamment dans cette scène, où De Niro débite un improbable verbiage justifiant ce pour quoi son personnage est incapable d’éponger ses dettes.

La consécration : Taxi Driver

Mean Streets sort en 1973. Tourné avec un modeste budget en une vingtaine de jours, le film est un succès et met sous les projecteurs un De Niro à la carrière jusque-là plutôt confidentielle. Alors que l’acteur vient de boucler le tournage du Parrain 2 (1974) de Coppola où il joue le jeune Vito Corleone, l’interprète convainc Scorsese de porter à l’écran le script de Taxi Driver, écrit par Paul Schrader au sortir d’une dépression.

D’abord réticent face à cette intrigue articulée autour de l’errance psychologique d’un vétéran de la guerre du Vietnam, le réalisateur cède finalement aux demandes de son acteur favori. Et, sur le plateau de tournage, le premier continue à s’en remettre au second. En chef d’orchestre avisé, Scorsese fait une confiance aveugle au talent de celui qu’il sait être son meilleur soliste.

En résulte une interprétation virtuose de bout à bout, notamment marquée par une scène passée à la postérité qui, comme dans Mean Streets, est le fruit d’une improvisation. Il s’agit bien sûr du moment où Travis Bickle (De Niro), torse nu, veste militaire kaki sur les épaules et pistolet à la main, balance son fameux :"U talking to me ?"

Carton au box-office salué par la critique internationale à sa sortie en 1976, le film est récompensé par le saint Graal la même année, la Palme d’Or du festival de Cannes. Et, au passage, De Niro rafle plusieurs distinctions. Dont l’Oscar du meilleur acteur. Comme jamais auparavant, sous la direction de son collègue et ami Scorsese, l’interprète crève l’écran.

Collaborations en cascade

Un an seulement après la sortie de Taxi Driver, le tandem remet le couvert, quoique dans un tout autre registre, avec le long métrage musical New York New York. Mais cette fois, le succès n’est pas au rendez-vous. Le film ne rapporte que 16 millions de dollars au box-office américain, alors qu’il en a coûté près de 14 millions. Cet échec plonge un peu plus Scorsese dans les abîmes de l’addiction.

À tel point que le réalisateur fait une overdose de cocaïne en 1978. De Niro, alors au sommet de son triomphe grâce à Jusqu’au bout de l’enfer, le visite sur son lit d’hôpital, puis le pousse à se remettre en selle en tournant Raging Bull. Une fois encore, le cinéaste s’en remet à l’intuition de l’acteur. Diffusé en 1980, le projet est loué par la presse, et sera (tardivement) reconnu comme un film culte.

Pour la 5e fois en dix ans, Scorsese et De Niro collaborent ensuite avec la comédie La Valse des pantins (1983). Puis le réalisateur retrouvera son partenaire sept ans plus tard, dans un monument du gangster movie : Les Affranchis. Devant la caméra de Scorsese, De Niro campera ensuite un psychopathe (Les Nerfs à vif, 1991), puis, plus traditionnellement, un mafieux désireux de s’imposer à Las Vegas (Casino, 1995).

DiCaprio prend le relais, un temps

Après cette collaboration, chacun va son chemin. De Niro effraye dans Heat, étonne dans Jackie Brown et égaye dans Mon Beau-père et moi. De son côté Scorsese récolte plusieurs succès avec, au casting, une autre vedette : Leonardo DiCaprio. Ce dernier deviendra le nouveau fidèle du réalisateur, en l’accompagnant sur cinq tournages depuis 2002. Dont celui de l’acclamé : Le Loup de Wall Street (2013).

Mais les retrouvailles du cinéaste et de son partenaire historique n’étaient qu’une question de temps – 22 ans, pour être précis. Sans grande surprise, c’est au travers d’une nouvelle histoire de mafiosi que les acolytes ont signé leur retour dans The Irishman (2019)

Décidément fidèle à ses vedettes, Scorsese a déjà annoncé que son prochain film, Killers of the Flower Moon réunirait sur une même affiche DiCaprio et De Niro. Une première dans sa filmographie. Adapté du roman éponyme écrit par David Grann en 2017, ce projet mettra en scène une enquête du FBI sur le meurtre de plusieurs Amérindiens.

Le tournage devrait s’étaler sur sept mois, pour une sortie en salles prévue à l’horizon 2022. De quoi alimenter un peu plus le mythe qui auréole déjà la dyade Scorsese-De Niro, dont ce film constituera une nouvelle étape. Sans y apporter, on l’espère, de point final.