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Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, ou quand un Paris cliché décrochait un premier rôle

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Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, ou quand un Paris cliché décrochait un premier rôle

Publié le

par Antonin Gratien

Oubliez Tautou et Kassovitz, la vraie star du bijou romantique de Jeunet c’est Paname ambiance eau de rose.

Ah, le Paris d’Amélie. Un Montmartre pittoresque, des bistrots au charme kitsch, une esthétique d’après-guerre… Passez tout cela au shaker, et vous obtenez la Ville Lumière fantasmée par Jean-Pierre Jeunet dans ce qui demeure à ce jour son plus grand succès – et l’un des triomphes majeurs du cinéma français à l’international –, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain.

Conte enchanté et fable radieuse, le 4e long métrage du réalisateur a récolté près de 174 millions de dollars au box-office, et raflé une multitude de récompenses, dont 4 Césars. Les raisons d’un tel succès ? La performance iconique d’Audrey Tautou, bien sûr. Les ressorts surréalistes du récit, évidemment. Mais aussi et surtout la présence d’une vedette phare : notre capitale, format carte postale.

Pérégrination montmartroise

La discrète bienfaisance d’Amélie Poulain a un terrain de jeu : Paris. Ange gardienne improvisée, cette serveuse de 23 ans déambule, interfère, puis communique à qui le veut bien son goût immodéré des "choses simples". Et chacune de ses mignonnes intrigues est prétexte à exhiber une capitale aux atours sublimés.

La butte de Montmartre de 1997 – année où se déroule le film – n’est plus un nid touristique, mais un village champêtre dans lequel chacun s’appelle par son prénom. Les rames du métro des Abbesses sont désertes, le canal Saint-Martin où Amélie se plaît à faire des ricochets n’a jamais été aussi clean, et notre Sacré-Cœur national resplendit de mille feux.

Après la sortie du film en 2001, les lieux iconiques qu’elle visite (le square Louise-Michel, Notre-Dame, la foire du Trône…) ont été si associés à ses déambulations que de nombreux sites touristiques recensent tous les endroits qu’elle a foulés. Histoire de proposer aux fans un moyen de s’immerger dans l’univers féerique du Fabuleux Destin.

La capitale, figée dans une boule à neige

Mais pourquoi avoir fait le pari de mettre un Paris éthéré dans le rôle-titre ? Après une escapade hollywoodienne (Alien, la résurrection, 1997), Jean-Pierre Jeunet avait à cœur de porter sur grand écran le Paris rêvé qu’il disait avoir découvert avec éblouissement en déménageant de sa Lorraine, à l’âge de 20 ans.

Pour les beaux yeux d’Amélie – et le régal du public –, le cinéaste a gommé toutes les imperfections de la capitale afin d’accoucher d’une ville dont les contours empruntent au cinéma du tandem Carné-Prévert, ainsi qu’aux photographies de Robert Doisneau. Jean-Pierre Jeunet s’est ainsi imposé, à son tour, comme l’un des artisans du fantasme qui auréole la capitale, aujourd’hui encore.

Au royaume d’Amélie, il fait beau, il fait bon. Bye bye la grisaille coutumière. Pas de tags sur les murs, ni de ventes de cigarettes à la sauvette. Par un coup de baguette magique s’appuyant, entre autres choses, sur l’usage novateur d’un étalonnage aux teintes chaudes, Jean-Pierre Jeunet a fait de Paris une utopie.

Paris "trop moche" pour tourner une suite ?

La saillie avait tour à tour choqué, indigné, et stupéfait. De passage à Los Angeles en 2019, Jean-Pierre Jeunet avait accordé une interview au site américain Indiewire dans laquelle il avait expliqué qu’il n’offrirait pas de suite au Fabuleux Destin en qualifiant, au passage, Paris de "moche".

Il n’en fallait pas plus pour que de nombreux médias titrent en faisant le lien entre l’utilisation de cet adjectif, et la décision du réalisateur concernant un éventuel second volet – ou adaptation en série – des aventures d’Amélie. En réalité, Jean-Pierre Jeunet avait spécifié qu’il s’agissait d’une "mauvaise idée" car Audrey Tautou ne pourrait plus figurer au casting, que le budget mis à sa disposition ne serait pas à la hauteur du projet… Et que trop de chantiers étaient en cours à Paris, ce qui le rendait "moche désormais".

Que les amoureux de la Ville Lumière se rassurent donc : non, celui qui a offert à Montmartre l’une de ses plus belles odes ne méprise pas la capitale. Autre bonne nouvelle, toujours auprès d’Indiewire, le cinéaste a déclaré qu’il écrivait actuellement un faux documentaire sur le tournage du Fabuleux Destin. Aucune information sur une éventuelle date de sortie n’a filtré depuis. Mais que Paris y soit à nouveau mis sous les feux de la rampe ou non, on a hâte, forcément.