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Harrison Ford : parcours cabossé d’un acteur de tous les dangers

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Harrison Ford : parcours cabossé d’un acteur de tous les dangers

Publié le

par Antonin Gratien

Retour sur la carrière en dents de scie de celui qui, presque par erreur, est devenu le baroudeur chéri de Hollywood.

On l’a adoré en flibustier intergalactique, admiré en archéologue intrépide et applaudi en chasseur de réplicants désabusé… C’est Harrison Ford, bien sûr. Avec une soixantaine de films au compteur ponctués de collaborations avec les plus grandes signatures du cinéma, rarement le visage d’un interprète a autant incarné le rêve d’aventures auprès de générations entières.

Aujourd’hui, l’égérie des rôles casse-cou souffle sa 79e bougie. L’occasion de passer à la loupe le cheminement forcément accidenté de cette icône pop, depuis la galère des débuts jusqu'à sa récente traversée du désert, en passant par la décisive (et improbable) rencontre avec George Lucas.

Rien ne laissait présager que l’acteur pourrait un jour jouer cette scène culte, dans le film également culte qu’est <em>Star Wars : Un nouvel espoir</em>

Mésaventure hollywoodienne

Elle n’a pas été innée, la passion de l’interprétation. Harrison Ford découvre les arts dramatiques en s’inscrivant à des cours universitaires, moins par goût des planches que pour sauver sa moyenne annuelle. Et... Bingo ! L’adolescent rate son diplôme, mais découvre une vocation.

Décidé à poursuivre cette voie, notre acteur en herbe emménage dans la ville phare du cinéma américain, Hollywood. La déception est au rendez-vous. Sur place, les propositions sont rares et les castings se soldent souvent par des échecs cuisants.

Toutefois, grâce à un contrat avec la puissante Columbia Pictures, il parvient à décrocher quelques petits rôles télévisés, puis apparaît pour la première fois, en 1966, dans un long métrage pour lequel il ne sera même pas crédité au générique, Un truand. Harrison Ford a alors 24 ans. Il court derrière un cachet de misère, cumule les petits boulots pour joindre les deux bouts et s’endort des rêves plein la tête.

De charpentier à contrebandier dans "une galaxie lointaine, très lointaine"

Les mois passent et Harrison Ford ronge son frein – sa carrière ne décolle pas. Pire encore, la Columbia rompt son contrat avec l’acteur. Officiellement, on lui explique qu’il n’a pas l’étoffe d’un grand comédien, officieusement beaucoup lui reprochent ses critiques répétées sur la qualité des scénarios qu’on lui soumet.

Il s’engage alors auprès d'Universal Pictures. Mais les modestes rôles TV qu’il décroche ne suffisent pas à subvenir aux besoins de sa femme et de son premier né. L’acteur se lance donc, un peu par hasard, dans la charpenterie pour s’assurer un revenu et continue de faire, ici et là, quelques apparitions au cinéma (Zabriskie Point, en 1970, notamment).

Coup de pot – c’est le moins qu’on puisse dire –, Fred Roos, le directeur de casting d'Universal chez qui il opère souvent des travaux, l’introduit à un jeune réalisateur encore inconnu : George Lucas. Le courant passe si bien que ce dernier emploie Harrison Ford pour aménager son domicile, puis lui propose un petit rôle dans le prochain film qu’il dirige, American Graffiti.

Harrison Ford porte déjà le chapeau avec panache dans <em>American Graffiti</em>

Il présente ensuite l’acteur à une autre figure de proue du "Nouvel Hollywood", Francis Ford Coppola, qui lui confie une importante partition dans ce qui deviendra la Palme d’Or 1974 du festival de Cannes, Conversation Secrète. Le nom de l’acteur commence à circuler, mais sa carrière ne s’envole pas – pour l’instant.

Harrison Ford continue de naviguer entre chantiers et plateaux et, alors qu’il effectue à nouveau des travaux chez George Lucas, le cinéaste lui demande de le dépanner : il a besoin qu’un comédien donne la réplique durant les castings pour le rôle de Han Solo. Amusé, Harrison Ford accepte. La suite est bien connue. Tandis qu’il observe le ton décontracté de l’acteur, George Lucas réalise soudain qu’il tient devant lui le comédien idéal pour incarner le plus désinvolte des délinquants de l’espace.

Solo, Jones, Deckard… Les rôles cultes

Star Wars IV : Un nouvel espoir débarque avec la puissance d’un raz-de-marée dans les salles américaines en 1977. En engrangeant plus de 530 millions de dollars au box-office, ce soap space devient l’un des films les plus rentables de l’histoire. Et révèle au grand public un acteur dont la gouaille restera fameuse : Harrison Ford. À 35 ans, l’acteur est enfin une star.

Et ce n’est que le début. Il confirme son nouveau statut avec une suite en 1980, L’Empire contre-attaque, puis endosse, seulement un an plus tard et pour la première fois, ce qui deviendra l’un des rôles les plus iconiques du cinéma dans Les Aventuriers de l’arche perdue. Harrison Ford y campe à nouveau le rôle d’un aventurier sans peur (les serpents mis à part…), mais cette fois en arborant un chapeau de feutre, et sous la direction d’un autre titan du cinéma, Steven Spielberg.

Dans une course audiovisuelle auréolée de succès, après Han Solo et Indiana Jones, Harrison Ford interprète en 1982 son troisième rôle culte, celui du cynique détective Rick Deckard dans Blade Runner, de Ridley Scott. Le public découvre une nouvelle facette de l’interprète, plus ambiguë. Pour le meilleur : Harrison Ford crève l’écran, et le film s’impose comme une référence du genre SF.

Harrison Ford (encore !), un flingue futuriste à la main dans<em> Blade Runner</em>

Nouvelle idole de l’action movie, dégringolade et résurrection

Devenue une figure incontournable, et un nom particulièrement bankable, Harrison Ford enchaîne les tournages dans son registre de prédilection : l’action. En parallèle des sagas mastodontes Star Wars et Indiana Jones, il s’illustre dans des rôles musclés. Un ancien analyste de la CIA avec Jeux de guerre (1992), puis un chirurgien injustement accusé de meurtre dans Le Fugitif, l’un des titres ayant dynamité les records du box-office en 1993.

Mais, lorsqu’il tente de diversifier son registre en faisant des incursions vers la comédie ou des rôles à contre-emploi, l’acteur peine à convaincre. Sa côte chute vertigineusement durant les années 2000 ; il tourne de moins en moins, et dans des productions de plus en plus codifiées. Même son retour – pourtant très attendu – dans les chaussures montantes d’Indiana Jones pour le 5e volet de la saga ne lui permet pas de redorer son blason. Sorti en 2008, le film est accueilli froidement par la critique.

Indy, quelques rides mais (presque) toujours aussi intrépide dans <em>Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal</em>

Après plusieurs interprétations aux retentissement limité, et une apparition oubliable à l’affiche d'Expendables 3 en 2014, aux cotés d’ex-gros bras de Hollywood, l’acteur revient en grâce en rempilant pour deux de ses rôles mythiques. Han Solo, avec les 7e et 8e volets de Star Wars ainsi que Rick Deckard dans Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve. Jamais fatigué, ce Harrison.

Besoin d’une autre preuve que notre septuagénaire en a encore sous le capot ? L’acteur s’armera une nouvelle – et probablement dernière – fois du fouet d’Indy dans le prochain volet de la saga. De manière inédite dans l’histoire d’Indiana, Steven Spielberg cède sa place à un autre réalisateur pour ce projet, James Mangold. L’aura de Harrison Ford permettra-t-elle, malgré tout, de rester fidèle à l’esprit d’origine de la franchise ? Rendez-vous en juillet 2022 pour le savoir.