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Ce qu’Eternal Sunshine of the Spotless Mind nous a tous (ré)appris sur le couple

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Ce qu’Eternal Sunshine of the Spotless Mind nous a tous (ré)appris sur le couple

Publié le

avec Antonin Gratien

L’amour pour les nuls, version ciné.

Ce qu’Eternal Sunshine of the Spotless Mind nous a tous (ré)appris sur le couple

Aïe. Qu’elle est amère, la leçon inculquée par Michel Gondry sur le sentiment amoureux dans son deuxième longmétrage, Eternal Sunshine of the Spotless Mind. À travers un déroulé fragmentaire, on y observe le déchirement du couple incarné par Jim Carrey et Kate Winslet – l’un des plus fameux du cinéma, sans aucun doute. Alors que la saison des tourtereaux pointe le bout de son nez, il paraît nécessaire de se replonger dans ce récit au lyrisme morose. Histoire de se remettre les idées en place question relations affectives, étape par étape. Pour les bons comme pour les mauvais côtés.

Allez, haut les cœurs !

Le coup de foudre existe, sous bien des formes

Certains expliquent qu’à la première rencontre avec leur moitié le ciel leur est "tombé sur la tête", d’autres qu’ils ont eu des "papillons dans le ventre". Why not. Joel (Jim Carrey) ne le verbalise pas de manière aussi fleurie – normal, il est du genre taiseux. Son crush a ceci de particulier qu’il cible… Un dos. Oui, oui, un dos. Emmené un peu malgré lui à une beach party, il s’isole puis observe celle dont il ne sait pas encore qu'elle sera son grand amour, Clémentine (Kate Winslet) qui, elle, se tient face à l’océan. "Je me rappelle avoir été tout de suite attiré par toi, je me suis dit – whaouuu –, comme c’est curieux, je suis attiré par le dos de quelqu’un." C’est beau.

Les opposés peuvent s’attirer…

Joel et Clémentine, c’est un peu le jour et la nuit, le chaud et le froid, le chien et le chat et… Tout ce que vous voulez d’autres comme cliché de tandem antagoniste. Monsieur est introverti, pondéré, peureux (certains lui prêtent un trouble de la personnalité anxieuse, on vous laisse juge). De son côté, Madame cache son insécurité sous une cape déjantée. Elle est impulsive, taquine, intense (certains l’estiment atteinte du trouble de la personnalité borderline, mais, là encore, à vous de trancher). Le premier trouve dans la seconde l’occasion de s’arracher à un quotidien qu’il ne cesse de qualifier "d’inintéressant". Clémentine découvre – enfin – en Joel une force tranquille sur laquelle se reposer. Bingo, dites-vous ? Minute.

Mais les complémentarités se muent parfois en incompatibilités.

C’est un phénomène bien connu des psychologues. À l’orée de la relation, que certains appellent la phase "lune de miel", chacun découvre avec émerveillement l’univers de l’autre. C’est nouveau, c’est excitant. Une terre nouvelle s’étend à perte de vue. Et puis soudain, sans trop savoir pourquoi, quand, ni comment, on en a marre. Les mêmes petites habitudes qui avaient un temps séduit deviennent insupportables. Voire remettent en question l’avenir de la relation. Au bout de plusieurs mois, l’impulsivité de Clémentine fait par exemple craindre à Joel qu’elle ne puisse jamais être mère. Et ne lui parlez même pas du penchant pour la boisson de sa partenaire, ni de ses sautes d’humeur…

Dans le pire des cas, ça vire au carnage

L’irritation semi-constante suscitée par votre moitié fait clairement partie des signes avant-coureurs d’une catastrophe à venir. Concernant Joel et Clémentine, ça ne manque pas. Après l’ère des petites piques quotidiennes, ou du mutisme (cette scène du restaurant, terrible, où ils ne peuvent plus s’échanger que de glaçantes platitudes), point l’heure de l’engueulade à couteaux tirés. Avec des atrocités du calibre de "T'es qu’une ivrogne", "Tu es pathétique", "Tu couches avec des gens pour les faire t’aimer". Après cette passe d’armes, Clémentine gomme Joel de sa mémoire. Il emploiera le même procédé peu après. Et au moment de détailler au Dr. Howard Mierzwiak (chargé de l’opération) les raisons de cette décision un brin radicale, chacun parle de l’autre avec une haine qu’on pourrait croire réservée aux pires ennemis. Badant.

On est ingérable pour nos potes, post-rupture

Être là dans les meilleurs moments comme dans les pires naufrages. Principe de base des amitiés pérennes, on est d’accord. Reste qu’il faut assumer. Prenez Joel par exemple. Après que Clémentine l’ai next, il squatte non stop chez les copains. "Je comprends pas", "Comment a-t-elle pu ?" etc., etc. Face à ces plaintes (bien compréhensibles, personne n’est là pour jeter la pierre), plus personne ne sait trop quoi dire. Alors, entre deux paroles plus ou moins réconfortantes, ses amis se font à manger, ou construisent des maisons pour oiseaux. Bah quoi ? Si le monde devait s’arrêter de tourner à chaque fois que Joel entrait en mode lamentation…

Après le deuil il reste (parfois) du bon

C’est un peu la morale du film. Alors que Joel vit en live l’évaporation de son passé dans les bras de Clémentine, rapidement, il se révolte. "Laissez-moi au moins ce souvenir-là", implore-t-il, impuissant, au moment de revivre un moment particulièrement attendrissant de leur intimité. Tout remonte à la surface. Avant l’âpreté des dernières semaines, il y avait les rires. Les galipettes sur le lit, les mots tendres au réveil. La complicité, le jeu – l’amour, quoi. Malgré tout, Joel réalise que cette relation valait d’être vécue. Plus encore : qu’elle mérite une seconde chance. Après avoir découvert l’un et l’autre comment ils se sont rayés de leurs vies (et surtout, pour quelles raisons), les désunis décident de retenter le coup. Vous appelez pas ça un happy ending, vous ?