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5 questions qu’on s’est tous posées après avoir vu Shutter Island

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5 questions qu’on s’est tous posées après avoir vu Shutter Island

Publié le

avec Antonin Gratien

Le plus énigmatique des films de Scorsese n’a pas fini de nous hanter.

5 questions qu’on s’est tous posées après avoir vu Shutter Island

Soyons francs. On a tous été un peu (beaucoup) largué en regardant Shutter Island pour la première fois. Pas de honte à ça. Qui ne serait pas perdu face à ce thriller à l’intrigue capillotractée, rythmé par une mise en scène jonglant entre réalité, flash-back et hallucinations. On a même droit à des flash-back DOUBLÉS d’hallucinations. C’est dire le bordel. Alors forcément, ce film puzzle au final ambigu soulève encore une foule d’interrogations, douze ans après sa sortie. Exemple :

1. D’où vient cette histoire dédaléenne ?

Le public avait de quoi être dérouté, à la vue du 21e long métrage de Martin Scorsese. Car, avec Shutter Island, celui qui nous avait jusque-là accoutumés à des intrigues plutôt linéaires (biopic, gangster movie…) s’est lancé dans un drame psychologique à la structure complexe. Peut-être que les aficionados ne seront donc pas surpris d’apprendre que le scénario du film ne provient pas de l’imaginaire de Scorsese, mais de celui du romancier Dennis Lehane, auteur du best-seller du même nom, Shutter Island.

2. Qu’est-ce que le pansement de DiCaprio fout là ?

Au début du film on découvre Teddy Daniels (DiCaprio) avec, sur le front, un pansement. On pourrait croire à un simple effet de style, mais non. Porté durant toute l’enquête que mène le (pseudo) marshal pour retrouver une patiente disparue, cet accessoire se volatilise à la fin de Shutter Island, lorsque Teddy apprend la vérité sur son passé. Seule conclusion possible : le pansement symbolise la protection psychotique, fragile et éphémère, élaborée par le personnage pour refouler la tragédie dont il a été victime.

3. Pourquoi y a-t-il des "erreurs" ?

Les yeux aguerris auront noté, dans le film, plusieurs fautes. À l’ouverture, les gardes de l’hôpital psychiatrique se la coulent douce, alors qu’ils sont censés chercher Rachel Solando – une résidente de l’hôpital psychiatrique volatilisée. Ailleurs, on voit à l’écran une patiente boire un verre d’eau… Qui n’existe pas. Quant à la rengaine des cauchemars de Teddy, "why are you wet baby", elle ne correspond pas à la version de ses souvenirs : "Baby, why you all wet ?" Faute d’inattention de la part de Scorsese ? Misons plutôt sur une mise en scène incohérente destinée à illustrer le trouble dans lequel est plongé Teddy.

4. Comment expliquer l’étrange attitude des patients ?

Bien sûr que les résidents de l’hôpital psychiatrique ont des comportements bizarres, sinon ils ne crécheraient pas là-bas, seriez-vous tenté de dire. Et vous auriez raison. Reste que plusieurs aliénés agissent de manière particulièrement louche vis-à-vis de Teddy. L’une esquisse un geste de doigt sur la bouche à sa vue (genre "chut"), tandis qu’une autre pouffe de rire en le croisant. D’autres murmurent entre eux à son passage, comme s’ils étaient dans la confidence d’un secret le concernant. Déroutants de prime abord, ces éléments sont en fait des indices de la mascarade chapeautée par le corps médical de l’hôpital. Pour guérir Teddy, des docteurs ont mis en scène ses délires en demandant à chaque résident (patient, militaire ou psychiatre) de jouer un rôle.

5. Teddy finit-il par retrouver la raison ?

C’est LA grande question. Après sa confrontation finale avec le docteur Cawley, Teddy – Andrew Laeddis, en réalité – reconnaît avoir tué sa femme, après que celle-ci ait noyée leurs trois enfants. Les médecins croient alors le "patient numéro 67" guérit. Mais voici que, alors qu’il allait recouvrer sa liberté, Andrew appelle le docteur Sheehan "Chuck". Et assure à ce "partenaire" fantasmagorique qu’ils vont bientôt s’échapper de l’île. Pensant son interlocuteur victime d’une rechute psychotique, le Dr Sheehan fait signe aux gardes pour qu’ils emmènent Andrew se faire lobotomiser.

Mais voilà. Scorsese met dans la bouche de DiCaprio une réplique qui n’apparaît pas dans le livre, et jette un doute sur l’état mental de son personnage. "Vaut-il mieux vivre comme un monstre, ou mourir en homme bon ?", demande Andrew au Docteur Sheehan. Incapable de supporter le poids de la culpabilité, l’ex-marshal aurait-il feint de sombrer à nouveau dans la folie afin d’être lobotomisé ? Ni Scorsese, ni DiCaprio ne se sont prononcés sur le sujet. À vous de juger !