Interview : pourquoi Roman Polanski s'est lancé dans la comédie musicale

Rencontre furtive avec Roman Polanski, qui nous raconte les dessous de son adaptation du Bal des Vampires version Broadway, où même Bonnie Tyler a sa place.

Tiré de son film culte Le Bal des Vampires, le musical éponyme de Roman Polanski investit le théâtre Mogador après dix-sept années de représentations en Europe. Sur scène on retrouve la parodie loufoque de vampires mélancoliques, à la recherche de sang neuf dans un village perdu en Transylvanie. Roman Polanski nous raconte les dessous de son adaptation du Bal des Vampires.

Konbini | Votre film réalisé en 1967 portait déjà les prémices de son adaptation au théâtre, en témoignent les décors, les dialogues châtiés et les bruitages. Quels sont les outils pour adapter un film au théâtre, et surtout comment le transformer en comédie musicale ?

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Roman Polanski C’est un « medium » totalement différent, il faut essayer de garder la même histoire, les mêmes personnages. Mais il fallait « physiquement » leur donner une raison de chanter, pour chanter il faut une musique et surtout des paroles. Pour les paroles, il faut avoir une espèce d’illusion de leur psychologie et des liens qu’ils entretiennent entre eux.

Concernant l’adaptation au théâtre, on ne prend que des éléments superficiels du film, il n’y a pas de profondeur dans Le Bal des Vampires, c’est un peu un dessin animé, fait pour s’amuser, il n’y a pas de message profond. Quand vous racontez une histoire à un enfant, vous essayez aussi de créer l’illusion d’une réalité, vous faites des grimaces, vous changez de voix, il faut que l’enfant croit à votre histoire même si c’est complètement absurde. Nous faisons ici la même chose avec des adultes.

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K | Votre film a été adapté en musical en 1997 à Vienne, pourquoi avoir attendu 17 ans avant de la produire en France ?

Trois ans ont été nécessaires pour créer ce spectacle et finalement, on a démarré avec un grand succès. J’avoue que j’avais certaines craintes, dont la peur de la langue, je ne savais pas comment ça allait se traduire, le français est plus difficile à chanter que l’allemand ou l’anglais.

Le Bal Des VampiresMogador Teatre Paris

Crédit photo : Brinkhoff/Mögenburg

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Dès le début, quand j’ai découvert le premier texte, je me suis rendu compte que ça fonctionnait et que l’humour était « sauvegardé ». L’autre peur que j’avais concernait les chanteurs, comment trouver des chanteurs du même niveau que ceux de Vienne, Berlin ou Hambourg. Même en Pologne, je fus agréablement surpris par la performance des chanteurs.

K | Fallait-il garder l’aspect « branque » et le côté loufoque du Bal des Vampires ?

Bien-sûr, c’était l’idée, faire une parodie des vampires. Bien avant de faire le film, lorsque je traînais aux côtés de mon ami Gérard Brach (scénariste et réalisateur), avec qui j’ai fait plusieurs films, on fréquentait les salles de cinéma du quartier latin où étaient diffusés des films d’horreur britanniques des Hammer Productions, avec Christopher Lee qui jouait souvent un vampire. Plus c’était atroce, plus les gens riaient dans la salle.

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Gene Gutowski, Roman Polanski et Gérard Brach.

J’ai dit à Gérard : « Un jour, j’aimerais bien qu’on fasse un film qui soit délibérément comique, un film d’horreur drôle ». Et quand j’ai eu la possibilité de le faire, deux films plus tard, j’ai réalisé Le Bal des Vampires.

K | Fan d’opéra, la musique est essentielle dans vos films. Vous avez souvent collaboré avec le compositeur Wojciech Kilar (La jeune fille et la mort, La Neuvième porte, Le Pianiste). Dans le cas présent vous avez fait appel à Jim Steiman qui a composé pour Céline Dion, Bonnie Tyler. Pourquoi ?

C’est une musique qui va avec le sujet. Si vous écoutez For Bat Out Of Hell, vous comprendrez le ton de ses compositions qui mélangent Wagner avec du rock’n’roll. On a donc pensé à lui. Il est aussi très connu en raison des nombreuses chansons qu’il a écrites pour Barbara Streisand. D’ailleurs, la plupart du répertoire de Barbara Streisand a été composé par Steinman.

bonnie tyler

Pour le Bal des Vampires, il a voulu introduire un thème réalisé pour Bonnie Tyler « The total eclipse of the heart », mais ça se fait souvent dans les comédies musicales. Par exemple, beaucoup de gens pensent que « Singing in the rain » a été écrite pour le film, mais non, cette chanson célèbre existait bien avant.

K | Aimeriez-vous faire une autre comédie musicale ?

Oui mais c’est un boulot énorme, les gens ne se rendent pas compte. Ça glisse, ça swingue. Personne ne voit ce qu’il se passe derrière le rideau. Cette organisation ressemble à une montre suisse. On bouge des décors au millimètre près et on tremble à l’idée que ça puisse déconner.

polanski

Polanski dans les coulisses de Mogador (Crédit photo - lespapotagesdenanas.com)

K | Pensez-vous que les vampires soient redevenus à la mode, par le biais des séries, de la télévision et du cinéma ? C’était le bon moment pour sortir votre pièce ?

Certainement. C’est devenu très à la mode, les vampires. Mais ce qui me surprend, c’est qu’une grande partie de livres, films ou autres sur les vampires, traite ce sujet sérieusement, ce qui me fait déjà beaucoup rire.

Par Le Bal des Vampires, publié le 21/10/2014

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