On a demandé aux festivaliers de Garorock ce qu'être rock'n'roll veut dire

À une époque de plus en plus policée et encadrée, être rock’n’roll n’a vraiment rien de simple. Loin des bananes, des Perfecto à clous et des concerts de Gilbert Bécaud, on a demandé aux festivaliers de Garorock ce qu’ils en pensaient. Reportage.

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© Jean-Baptiste Bonaventure

Le rock’n’roll des highlands

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Le château Unite Your Pack

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Être rock'n roll sur Garorock c'est se frotter aux highlanders avec son pack de potes au château #UniteYourPack, qui a pour fournisseur officiel la marque de Whisky William Lawson's. Pour résumer, c'était un truc à mi-chemin entre l’oppidum gaulois et le fort de cowboys, on venait tester son courage au vrai faux fer rouge et sa force à la bûche à whisky. 

Entre deux sessions de headbang sur Rage Against the Machine, on pouvait aussi se commander des whisky-coca par litres entiers. Bien sûr, il faut faire ça avec modération. Sans pour autant oublier que Garorock est l'un des rares festivals français ayant une licence 4. Enfin, on pouvait se lancer dans une course d'enfilage de kilts. Se désaper n'avait rien d'obligatoire mais à partir d'une certaine heure pas mal de mecs avaient quand même décidé de le faire. Juste pour le plaisir des yeux et pour profiter de la fraîcheur de la nuit. Du coup, le festival a vite fini par ressembler à une grande reconstitution de la bataille de Braveheart. Enfin, sur fond d'électro véner quand même. 

Du rock un peu trash

© Nicolas Norblin

© Nicolas Norblin

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"Être rock’n’roll ? C’est faire du ventriglisse sur la boue de Garorock, c'est foutre le bordel dans un festoche et se foutre une race !", lance Quentin hilare et déjà bien chaud en ce samedi après-midi. Chaussures couvertes de boue, fringues aspergées jusqu'à la poitrine et regards en pleine vitrification,  ses amis et lui n’en affichent pas moins un sourire béat. Ils sont là pour passer un week-end de tarés et rien ne les en empêchera. Ni la pluie ni la boue et surtout pas la fatigue. Encore moins la sobriété ou la mauvaise humeur. 

Car malgré les trombes d'eau de la veille et le sol transformé en bain de boue pour retraités, rien n'a entamé la rage de vivre et la soif de bon son des festivaliers. Les corps sont fatigués, épuisés même, mais les âmes flamboient et continuent de faire vibrer tous les mecs et les nanas réunis sur les bords de la Garonne. Les éclats de rire résonnent, déjà la fête a commencé. Bien avant que le soleil ne décline. On se tourne autour, on crie, on s'embrasse et on saute au rythme des sets de DJs qui font pulser les gigantesques enceintes. 

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© Jean-Baptiste Bonaventure

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"Etre rock'n roll mon gars, c'est être liiibbbbbrrreeee ! Tu vois, c'est tout ça, c'est ici, c'est venir triper pendant trois jours sans que personne te fasse chier !" Porté par la véhémence de son message, Baptiste me tombe à moitié dessus. Il me supplie de dessiner dans mon carnet, il n'a pas assez de mots pour dire ce que ça représente pour lui d'être rock'n roll. 

"C'est même plus que ça", analyse Julie, 20 ans, visiblement très inspirée par la question.  Elle continue : "Être rock’n’roll, c’est un style, c’est une attitude, c’est s’habiller comme on veut et quand on veut".

Des costumes et des hommes

Tous ceux parmi vous qui ont déjà perdu des années de vie à dormir deux heures par nuit dans une tente trempée avec du sky en perfusion, savent que Julie a raison. Parce que comme dans tous les bons festoches, tous les allumés présents ce week-end avaient sorti leurs habits de lumière. Des harnais de cuir, des pyjamas Pikachu et Totoro comme s'il en pleuvait, des lapins playboy et des morphsuits multicolores - enfants monstrueux d'esclaves sexuels et d'un troupeau de licornes en rut.

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"Pour moi, c'est ça le kiff, c'est ça le vrai truc quand tu viens dans un endroit comme ça. C'est pas pour les habits, c'est pour se taper un gros délire entre potes, c'est tout. Ici, tout le monde s'en fout d'à quoi tu ressembles." Mini-short, chapeau panama et t-shirt contenant une blague que lui seul comprend, Yann lâche ça sans s'expliquer avant de repartir vers la scène Garonne. Ni photo ni autre question, dans le fond il a l'air de s'en foutre un peu. "Euh, c’est de ne pas porter une combinaison rose fluo", assène au contraire Benjamin qui, pour sa part, n'adhère pas tellement à cette partie là de l'"esprit rock'n roll 2017". 

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© Jean-Baptiste Bonaventure

"C’est avoir une crête rose sur le crâne, des têtes de mort tatouées sur les bras, tous les trucs comme ça, qui sortent de l’ordinaire", tente Marco, bandana sur le front et sourire taquin aux lèvres. Ok, la vision est un peu old school mais le gars ne s'arrête pas là. Comme pas mal d'autres, c'est de la liberté qu'il parle en sous-texte et explique dans un second temps que pour lui, il s'agit de ne pas se laisser faire, de porter sa foutue crête si on en a envie. "Ouais, ou même porter un piercing", lance son pote Jérémie à leur amie Léa dont le nez est traversé par un anneau. Marco le coupe : "Ah non, ça c’est punk !"

Etre unique comme seul principe

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© Jean-Baptiste Bonaventure

Mais pour Léa, on en a rien à foutre du percing. "Le but c’est d’être unique et de ne rien avoir à foutre de rien". Et tout le monde est d'accord : vivre libre et emmerder le reste du monde, en particulier les conventions. "Insouciance", "rien à carrer", "s’en battre les couilles", "imposer ses propres libertés", "être sympa avec tout le monde, adopter une cool attitude", "éviter les prises de tête"… chacun sa façon de le dire mais le constat est toujours le même : une puissante envie de liberté.

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© Jean-Baptiste Bonaventure

Et pour pas mal de monde à Garorock, la liberté c'est encore la musique. Pas mal de groupes ont fait des chansons plus ou moins pétées pour essayer d'expliquer ça. Mais finalement, c'est encore une famille plutôt cool qui le dit le mieux . En effet, pour Tristan, 20 ans, être rock'n roll c’est écouter de la bonne musique. Pour son frère de 13 ans, Paul, c’est faire la fête. Pour leur père, qui sort du simulateur de chute libre, c’est s’envoyer en l’air. Le message est clair.

Et si on n'est pas allé ouvrir des tentes au hasard, autant vous dire qu'une fois le soleil couché, il y avait de l'amour dans l'air. Un amour sauvage qui n'avait rien à foutre du romantisme, des vieux principes conservateurs ou de qui doit aimer qui pour faire plaisir au monde. A Garorock, on aime qui on veut et on s'en fout. Mais attention, on aime en musique parce que vu le niveau sonore, même les toiles de tente tremblaient. 

D’ailleurs, dans le fond, c’est peut-être ça l'esprit rock’n’roll : un gros headbang avec une jupe comme les highlanders du château #UniteYourPack. Vous n’y croyez pas ? Demandez à Freddie Mercury, les gars.

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© Jean-Baptiste Bonaventure

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© Jean-Baptiste Bonaventure

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© Jean-Baptiste Bonaventure

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© Jean-Baptiste Bonaventure

Par #Unite Your Pack, publié le 11/07/2017

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