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Les conseils de Pio Marmaï pour réussir son film court

Cette année, le comédien français intègre le jury du Nikon Film Festival, qui récompense le meilleur de la création dans le domaine du film court. Rencontre.

Entravé par l’industrie du long-métrage durant l’âge d’or du cinéma au XXe siècle, le film court a toujours dû utiliser des parcours alternatifs pour se faire une place au soleil. Aujourd’hui, il est la vedette des nouvelles plateformes de visionnage avec la professionnalisation du mouvement.

En télé comme en digital, le film court devient monnaie courante. À l’occasion du Nikon Film Festival, précurseur dans cet exercice depuis maintenant presque 10 ans, nous avons posé des questions à Pio Marmaï pour obtenir les meilleurs conseils d’un pro pour réussir son film court. On découvrira également ce qu’il attend d’un court-métrage pour aller loin dans le Nikon Film Festival.

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"J’aime bien les trucs un peu chaotiques"

Konbini | Qu’est-ce qui tu attends des candidats du Nikon Film festival cette année ?

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Pio Marmaï | Je n’ai aucune idée de ce qu’il va se passer, mais j’attends juste qu’il y ait de la sauvagerie et de l’insolence. Même si c’est raté, je veux sentir qu’on me propose vraiment quelque chose. La normalité, la gentillesse, c’est du bullshit ! En tout cas, moi, ça ne m’intéresse pas. J’aime bien les trucs un peu chaotiques.

Les films courts en compétition doivent durer moins de 2 minutes 20. C’est un vrai challenge…

Il faut réussir à développer une pensée. Et une histoire, dramaturgiquement. Je trouve que moins il y a de cadre, plus c’est difficile. Moi, j’ai besoin d’un cadre hyper fort quand je travaille. J’ai besoin d’être drivé. Un film court n’est pas un exercice facile. Il faut avoir le sentiment de maîtriser ce qu’on fait, ne serait-ce que par rapport à l’équipe. Ce qui n’est pas évident sur un temps court. C’est plus délicat que pour un long-métrage, où les choses ont le temps de se mettre en place.

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Si tu devais leur donner un seul conseil, ce serait quoi ?

Il faut avoir un peu de distance et d’humour sur soi-même. Et puis il faut s’autoriser un peu tout ce qu’on veut. Il ne faut pas avoir peur d’essayer. Sinon, le risque, c’est de tomber dans un truc un peu prétentieux ou mou du cul. La mollesse, c’est la pire des choses. Ça me rend triste.

"Il ne faut pas tomber dans la démonstration technique"

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Quel est ton rapport au film court en général ?

Je me méfie beaucoup de l’efficacité. Ce n’est pas évident de faire exister une identité visuelle artistique sans être dans l’efficacité du temps court. En deux minutes, je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Mais j’espère être touché par des objets assez singuliers, davantage que par des choses très efficaces dans la drôlerie ou dans la dureté, par exemple.

Il faut présenter quelque chose avec une identité, mais il ne faut pas tomber dans la démonstration technique de tout savoir faire en deux minutes. L’inefficacité, je trouve ça toujours plus touchant. Il faut savoir être un peu nul. L’épaisseur des gens se mesure beaucoup à leur capacité à rater. Et rater, ce n’est pas grave.

Cette année, le thème du Nikon Film Festival est le partage…

Ah bon ?

Oui.

Je plaisante. Je le savais !

Ça t’évoque quoi, cette notion ?

Dans une vision un peu politico-contemporaine, on peut dire que c’est quelque chose qui se fait rare, non ? La gratuité, l’aide, le rapport aux biens… On a tendance à penser : "Ce n’est pas grave si je ne le fais pas, d’autres le feront." Mais c’est faux. Il faut faire gaffe aux autres au quotidien. Même avec des petites choses.

Avec l’avènement des réseaux sociaux et de l’économie collaborative, c’est aussi une idée qui est en train de transformer le monde d’une nouvelle façon. Tu es à l’aise avec cette modernité ?

J’ai le sentiment d’être à l’aise avec ce monde et cette époque, mais le partage, moi, ça ne m’évoque pas les réseaux sociaux et ce genre de choses. Ça m’évoque des choses plus simples, plus humaines. Peut-être parce que je vais bientôt avoir 35 ans et que je suis moins là-dedans… J’ai un rapport au monde qui est très concret, très dans la matière. Mais je n’ai pas l’impression que ça m’isole pour autant de la modernité.

 

© Laurent Humbert

"Il faut savoir faire plaisir aux gens"

Quelle est selon toi la spécificité du Nikon Film Festival ?

C’est un festival qui prend une ampleur assez importante. Il y a beaucoup d’accompagnement pour les gagnants. C’est une sorte de tremplin, qui est en plus gratuit et avec une grosse visibilité ! Et puis il y aura une fontaine de chocolat au buffet. C’est la seule demande un peu exigeante que j’ai faite. J’ai demandé une fontaine de chocolat. N’importe quelle fontaine de chocolat. Cinq ou trois étages, avec des fruits ou sans fruits, peu importe. Mais il y aura une fontaine de chocolat. Il faut savoir faire plaisir aux gens. Bah ouais.

Ça fait quoi d’être dans un jury, et donc de juger le travail des autres ?

J’évite de faire des jurys d’habitude, ce n’est pas toujours ma came… Et puis je me suis renseigné sur le Nikon Film Festival et j’ai vu qu’il y avait des jeunes, que c’était dynamique. Je suis curieux par nature, donc j’ai dit oui. Et puis là on sort du restaurant, j’ai réussi à manger une saucisse de Morteau gratos, donc ça démarre hyper bien !

Tu te sens marqué d’une responsabilité particulière en observant une nouvelle génération de réalisateurs ?

Non, parce que c’est quand même un travail collectif. La vérité, c’est que je vois très peu de films courts en temps normal. Là, il y a quand même 1 400 films courts qui vont arriver, pour 50 sélectionnés qu’il faudra regarder…

Tu as déjà échangé avec les autres membres du jury ? Il y a beaucoup de jeunes acteurs et actrices comme toi.

Pas encore. Mais j’ai déjà fait un film avec François Civil. Ce mec est une raclure. Je suis très triste de le retrouver… C’est quelqu’un avec qui je n’ai pris aucun plaisir à vivre pendant un an… Tu écris tout ça mot pour mot dans l’interview, hein ? Peut-être qu’il me présentera ses excuses pour les horreurs qu’il m’a faites ! Les autres membres du jury, je les connais un peu moins. Alice Isaaz, un peu. Et j’ai très envie de rencontrer Marjane Satrapi.

© Laurent Humbert

"Mon propre festival imaginaire"

Quelle est ton expérience du film court en tant qu’acteur ?

Je crois que je n’en ai fait qu’un seul, une fois… Très mauvais. Pas catastrophique, mais mauvais, pour diverses raisons. C’était un truc avec des zombies… J’avais envie de jouer un zombie une fois dans ma vie.

Et passer à la réalisation, un jour, ça te plairait ?

Probablement, ouais. Mais je crois que je préférerais faire un clip. C’est un exercice qui m’intéresserait davantage en ce moment. Je vais sans doute en faire un bientôt. Je me pose beaucoup de questions. Il y a un truc esthétique que j’aime beaucoup dans le clip, c’est le côté un peu abstrait. Et en même temps, il y a un autre truc très concret : il faut qu’on comprenne que la personne est en train de chanter. En vrai, pour l’instant, je n’ai aucune idée de ce que je vais faire ! Mais c’est dans un coin de ma tête.

Et… tu penses que tu gagnerais au Nikon Film Festival ?

Je pense que je pourrais gagner dans mon propre festival imaginaire. Un festival très pratique, vu qu’il n’y aurait qu’une seule proposition : la mienne. Tu regardes et hop, je gagne. Mais au Nikon Film Festival, je ne pense pas que je gagnerais !

Avec ces conseils précieux d'un membre du jury, il ne vous reste plus qu'à participer au Nikon Film Festival.

Par Nikon Film Festival, publié le 26/11/2018