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Parasite : la Palme d'or du festival de Cannes est sortie ce mercredi

Présenté à Cannes et sorti sur Netflix en 2017, Bong Joon-Ho revient avec Parasite qui a fait sensation sur la croisette.

Chaque film de Bong Joon-Ho est un évènement. Son 7elong métrage Parasite est un incroyable thriller hitchcokien qui mêle avec maestria la satire politique, la comédie noire, le drame et l’horreur. Monsieur Bong est passé maître dans l’art de la ruse et il le prouve une nouvelle fois.

 

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1/ Le maître de la satire sociale  

© PARASITE

En réalisant Parasite, Bong Joon-Ho revient à ses basiques avec un film coréen qui se joue avec des acteurs coréens. Deux familles prises au cœur d’une arnaque savamment orchestrée : d’un côté, les Ki-Taek, pauvres, sans emploi, vivant dans un sous-sol chaotique, de l’autre les Park, riches et perdus dans leur maison d’architecte avec leur gouvernante. La première famille va entrer au service de l’autre et enterrer un peu plus toutes ses chances d’échapper à sa condition. Les deux s’observent dans un miroir déformant et finissent par devenir dépendantes l’une de l’autre, scénario fascinant. Bong Joon-Ho a fait des études de sociologie avant de se lancer dans le cinéma, ce qui explique son observation fine des stigmates de classes et des petits détails au cœur de l’intimité d’une maison. Comme dans Memories of Murder (2003) ou Mother (2009), le cinéaste explore le thème de la ruse et de la servitude en mêlant pauvreté et désespoir.

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2/ Un cinéaste de la famille

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© PARASITE

La force de Bong Joon-Ho est de faire rencontrer des mondes que tout oppose. La cellule familiale apparait dans tous ses films comme un refuge qui protège les personnages autant qu’il les condamne. C’est notamment vrai dans Mother (2009) qui raconte l’histoire d’un fils, élevé seul par sa mère dans la campagne coréenne, jusqu’au jour où ce dernier est accusé d’avoir tué une jeune fille. Bong Joon-Ho centre son film sur la dynamique mère-fils, bien plus que sur l’enquête policière, et révèle la détermination d’une femme pour innocenter son fils. Comme dans Parasite, le réalisateur choisit d’alterner humour et noirceur pour montrer les luttes absurdes et contradictoires d’une mère pour son enfant.

 

3 / Une œuvre politique dissimulée sous un film de genre 

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© PARASITE

 À l'instar des réalisateurs hongkongais les plus populaires des années 90, tels que John Woo et Tsui Hark, le réalisateur sud-coréen a su exporter son talent à l’international sans perdre son identité. Le réalisateur débarque à Hollywood pour tourner Snowpiercer (2013) avec l’intention de garder sa méthode et son éthique. Librement inspiré d’une bande dessinée française de Jean-Marc Rochette, le film raconte l’histoire d’un train qui tourne dans l’espace, rempli de survivants après le passage d’une ère glaciaire. Il n’y a plus de Terre, ni de gouvernement, mais les hommes sont toujours enfermés dans une logique d’exploitation. Les pauvres s’entassent dans le wagon de queue, une révolte éclate  et de wagon en wagon, ils tentent  de reconquérir leurs droits et leur liberté avant d’atteindre l’ultime compartiment. Même si on sent les moyens de production hollywoodienne, avec les codes divertissants du blockbuster, le cinéaste ne perd pas son objectif : dénoncer le changement climatique, un pouvoir tyrannique et la hiérarchie des classes.

 

4/ L’art du fantastique

© PARASITE

Bong Joon-Ho distille du fantastique et du surnaturel dans tous ses films pour le plus grand plaisir des spectateurs. Le réalisateur a souvent expliqué qu’il aimait les films de genre, mais pas les « conventions » et le prévisible. Ainsi, Parasite débute comme une satire sociale, plutôt réaliste, mais très vite des changements s’opèrent… Le film continue de se transformer, il mute comme un vrai parasite qui tente de s’accrocher à son hôte. C’est le même process dans the Host où une étrange créature vit dans les égouts de Séoul. Celle-ci finit par sortir au grand jour en capturant la fille de la famille Park qui part à sa recherche. Avec Okja, le fantastique est mis au service de l’écologie et de la dénonciation de l’élevage intensif. Les films de Bong ne sont jamais aussi schématiques qu’ils le paraissent avec subtil mélange d’humanisme et d’allégories. Même si le décor devient irréel ou catastrophique, on reste toujours encré dans la psyché des personnages.

 

5/ Une esthétique éblouissante 

© PARASITE

Le cinéaste est un grand plasticien avec un sens du cadre inouï et l’utilisation de panorama assez bluffante dans Parasite. Obsédé à l’idée de montrer comment un monde, construit sur des préjugés et des attentes, nous pousse à changer sans cesse de comportements, Bong Joon-Ho est par la force des choses obligé de faire preuve d’ingéniosité stylistique pour que la forme colle au fond. Son œuvre est en état de changement permanent, alternant avec des prises de vue rapides et des plans panoramiques qui campent les personnages dans une atmosphère étouffante de désespoir. On pense à la scène mythique de course poursuite sous la pluie dans Memories of Murder  où les personnages finissent par disparaître dans un décor de fin du monde. Même chose dans Snowpiercer où la caméra ne quitte jamais l’espace clos du train, épouse le rythme de la machine en jouant sur les codes du jeu vidéo : une progression par niveaux, variation des points de vue… Le train, les personnages et le spectateur sont soumis à une multitude d’épreuves très rudes pour nos nerfs !

 

 

Par Parasite, publié le 28/05/2019