Ces artistes qui ont façonné le tatouage japonais

À l’occasion du Mondial du Tatouage, Konbini plonge dans les œuvres d'artistes qui ont influencé et perfectionné le tatouage japonais. Une pratique aussi riche qu’ancestrale, qui reste encore parfois controversée sur ses propres terres.

Horiyoshi III dans son salon à Yokohama (crédit image : Naomi Clément)

Le maître-tatoueur japonais Horiyoshi III dans son salon à Yokohama, en 2014 (© Naomi Clément)

Du 4 au 6 mars prochain, la Grande Halle de la Villette se transformera en temple de la culture tatouage, réunissant en son sein des artistes issus des quatre coins de la planète. De la France bien sûr mais aussi des États-Unis, du Royaume-Uni, de la Pologne ou encore du Japon.

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Pour cette quatrième édition du Mondial du Tatouage, l'archipel nippon est d'ailleurs mis à l'honneur à travers l'affiche de l'évènement réalisée par l'artiste Ichibay, qui offre une peinture au centre de laquelle prend lieu une session de tatouage traditionnel japonais. Mais également par Tin-Tin, fondateur de l'évènement. Celui-ci s'est associé au constructeur japonais Nissan pour personnaliser l'un de ses véhicules phares : le Nissan JUKE qu'il a habillé de son animal préféré : le dragon.

Le Japon est incontestablement l'un des pays où la pratique du tatouage est l'une des plus ancestrales, et donc l'une des plus riches. Mais il est aussi l'un des pays qui l'a le plus rejetée : plusieurs fois prohibé dans la société nippone, considéré comme une marque infamante puis finalement réhabilité, le tatouage était, jusqu'à il y a encore peu de temps, largement considéré comme l'apanage des Yakuza, la pègre nippone.

Depuis quelques années, sans doute grâce à la démocratisation global de cet art corporel, l'irezumi (le tatouage traditionnel japonais) retrouve grâce aux yeux des Japonais, grâce à une poignée de tatoueurs qui le colportent à travers le monde.

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Pour mieux saisir l'essence de cet art, nous vous proposons de plonger dans les œuvres d'artistes qui ont contribué, chacun à leur manière, à façonner le tatouage au pays du Soleil Levant.

Deux jambes réalisées par l'artiste-tatoueur japonais Shige © Instagram

Deux jambes réalisées par l'artiste-tatoueur japonais Shige © Instagram

Hokusai

Avec ses estampes délicates, que l'on nomme aussi les ukiyo-e (les "images du monde flottant"), ce dessinateur du 18ème siècle est considéré comme l'un des artistes les plus marquants de l'histoire du Japon, dont l'œuvre a influencé de nombreux peintres européens tels que Gauguin, Vincent van Gogh ou encore Claude Monet.

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Aujourd'hui, l'œuvre de Katsushika Hokusai (1760-1849) continue d'inspirer les artistes contemporains, particulièrement au sein de la communauté du tatouage. Les grands maîtres-tatoueurs japonais et les artistes-tatoueurs spécialisés dans le style japonisant vous citeront d'ailleurs très certainement son nom.

Les carpes, rivières et autres fleurs romantiques qui caractérisent ses estampes constituent, trois siècles après leur création, des motifs que l'on retrouve constamment dans le monde du tatouage. Ses œuvres les plus connues ? Les Trente-six vues du mont Fuji (1831-1833) et surtout La Grande Vague de Kanagawa  (1831), un mur d'eau féérique qui s'affiche très souvent sur la peau des tatoués (en témoigne ce récent tatouage signé Henbohenning).

"La Grande Vague de Kanagawa" © Hokusai

"La Grande Vague de Kanagawa" © Hokusai

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Kuniyoshi

Souvent resté dans l'ombre de son confrère Hokusai, ce dessinateur a pourtant lui aussi contribué à faire de l'estampe japonais un art qui a traversé le monde et les époques.

Du 1er octobre 2015 au 17 janvier dernier, le Petit Palais de Paris exposait les œuvres d'Utagawa Kuniyoshi (1797-1861) à travers une exposition baptisée "Fantastique ! Kuniyoshi - Le démon de l'estampe". Dans le cadre de cette exposition, le journaliste Pascal Bagot, spécialiste du tatouage japonais, donnait une conférence dans laquelle il expliquait toute l'importance de cet artiste pour le tatouage. Car non seulement les paysages et autres scènes présentés par Kuniyoshi continuent d'influencer les artistes-tatoueurs de cette époque, mais surtout, il est l'un des seuls artistes du 19ème siècle à avoir témoigné de l'existence du tatouage à cette époque.

En 1827, Kuniyoshi reçoit une importante commande : il doit réaliser une série d'illustrations pour le One hundred and eight heroes of the popular Suikoden all told, un livre basé sur un conte chinois très populaire, Au bord de l'eau ("Shuihu Zhuan" en chinois). À travers cette série, l'artiste fait naître des personnages virils et masculins sur les corps desquels s'enroulent serpents et autres dragons colorés. Des dessins qui ont beaucoup influencé la mode d'Edo, et qui l'ont fait entrer dans le cercle très fermé des artistes qui ont façonné les ukiyo-e japonaises.

Kyumonryo Shishin, Nine Tattooed Dragons Shi Jin) / Tzuzoku Suikoden goketsu hyakuhachinin no uchi © British Museum

Kyumonryo Shishin, Nine Tattooed Dragons Shi Jin) / Tzuzoku Suikoden goketsu hyakuhachinin no uchi © British Museum

Horiyoshi III

À 70 ans, Horiyoshi III est l'un des maîtres-tatoueurs les plus respectés du Japon. Formé par Horiyoshi I, dont il a hérité le nom, sa réputation a depuis longtemps dépassé les frontières de l’archipel nippon : grâce à son talent, il a largement contribué à populariser le tatouage japonais dans les années 80, redorant sur la scène mondiale le blason d’un art encore parfois controversé sur ses propres terres.

Preuve de son ouverture d'esprit en matière de tatouage, il est l'un des premiers tatoueurs traditionnels japonais à avoir abandonné le tebori (la technique traditionnelle, qui se pratique à l'aide de deux bâtons de bois au bout desquels est implantée une multitude de fines aiguilles) pour le dermographe, et a pris comme élève un Européen : Horikitsune, qui perpétue aujourd'hui l'héritage de son maître à Londres, où il a installé son studio, et plus largement en Europe.

Un "yokai" réalisé par Horiyoshi III il y a vingt-cinq ans © Instagram

Un "yokai" géant réalisé par Horiyoshi III il y a vingt-cinq ans © Instagram

Filip Leu

Basé en Suisse, Filip Leu est considéré par nombre de ses pairs comme le meilleur tatoueur au monde. Et pour cause : bercé dans le tatouage depuis son adolescence, élevé au cœur d'une famille quasiment entièrement composée de tatoueurs, Filip Leu a su développer une technique et un style japonisant qui forcent le respect – y compris au pays du Soleil Levant.

Ses bodysuits (c'est-à-dire ses tatouages recouvrant la quasi totalité du corps, ne laissant apparaître que les mains, les pieds et le visage) grâce auquel corps et tatouage ne forment véritablement plus qu'un, sont dignes de ceux réalisés par les plus grands maîtres-tatoueurs japonais.

Voyageant sans cesse, il a contribué à exposer le tatouage japonais à travers les pays aux quatre coins du monde. Il sera d'ailleurs présent au prochain Mondial du Tatouage, où il exposera à nouveau tout son talent.

Un bodysuit réalisé par Filip Leu © The Leu Family’s Family Iron

Un bodysuit réalisé par Filip Leu © The Leu Family’s Family Iron

Shige

Shige fait partie de la nouvelle garde des tatoueurs japonais. Autodidacte, il apprend à manier un deromographe seul, à partir de 1995, tout en travaillant dans un garage Harley Davidson à Yokohama. C'est d'ailleurs Filip Leu qui lui apprendra la majeure partie de son art, dans le style traditionnel japonais.

Bien qu'il ne tatoue par selon la technique traditionnel du tebori, Shige continue de perpétuer l'héritage du tatouage japonais tout en le modernisant, grâce à des œuvres impressionnantes, autant par leur taille que par leurs couleurs.

Surtout, ce jeune tatoueur se bat pour la reconnaissance de sa profession au Japon. Interrogé dans le documentaire Tous tatoués ! diffusé par Arte en 2013, il expliquait qu'il n'était pas toujours évident d'être bien vu au Japon lorsqu'on arbore un tatouage – et à fortiori lorsqu'on le tatoue. Malgré ces préjugés, Shige poursuit aujourd'hui sa route à la tête du Yellowblaze, le salon de tatouage qu'il a fondé avec sa femme à Yokohama.

Un des derniers tatouages réalisés par Shige © Instagram

Un des derniers tatouages réalisés par Shige © Instagram

Rendez-vous sur nissan.fr/jukebytintin pour gagner un tatouage “Tin-tin Tatouages”.

Par Nissan, publié le 03/03/2016

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