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Football Leaks : une académie africaine liée à Manchester City accusée d'avoir maltraité des enfants

"Il y avait une punition qui consistait à forcer un étudiant à se tenir contre le mur, les genoux pliés. Parfois c’était pendant des heures."

"Right to Dream" est une académie de football basée au Ghana. Mais contrairement à ce que son nom laisse penser, elle n'a clairement pas permis à tous les jeunes qui y sont passés de rêver.

Les médias qui révèlent les Football Leaks, l'EIC, dont nous vous expliquions le fonctionnement ici, ont enquêté sur cette académie, après avoir étudié des documents les mettant sur la piste. Les journaux danois et norvégiens Politiken et VG ont rencontré des témoins passés par Right to Dream. Ceux-ci ont raconté la pression et les mauvais traitements subis lors de leur séjour dans cette académie, entre humiliations corporelles et dommages psychologiques. 

Collins Tanor a été un des élèves de l'académie. Il raconte par exemple que, la nuit, ils se faisaient taper à coups de canne : "(Une nuit), ils nous ont fait grimper des collines, puis nous sommes revenus et sommes allés directement au lit avec les mêmes vêtements. Puis ils nous ont réveillés le matin et nous avons dû suivre le programme normal. Nous ne savions jamais quand ils nous réveilleraient au milieu de la nuit. Les anciens élèves plus âgés, qui travaillaient à l’académie, étaient chargés de nous punir."

Un jour où lui et ses camarades étaient arrivés en retard, dans les premières années, "nous avons été alignés et battus physiquement pour notre retard". D'autres élèves, toujours pour des retards, recevaient moins de nourriture.

Les jeunes élèves étaient aussi parfois punis et forcés à se tenir agenouillés pendant de longues heures, dehors, raconte un autre témoin, Amoah Francis Dominic, qui a débarqué à l'académie à 11 ans : "Ça pouvait être pendant une heure ou plus. Parfois, on nous disait de nous mettre au soleil pendant les heures d’école, pendant environ deux leçons."

Un troisième témoin, Kamal Sowah, lui aussi explique aujourd'hui les mauvais traitements reçus : 

"Il y avait une punition qui consistait à forcer un étudiant à se tenir contre le mur, les genoux pliés. Parfois c’était pendant des heures. (...) On m’a giflé plusieurs fois. Mais j’étais dur avec eux : à chaque fois qu’ils me giflaient, j’essayais de leur dire ce que j’avais en tête et je me plaignais. Ils m’ont giflé au visage."

Mais alors qui se cache derrière cette académie ? Selon Mediapart"Right to Dream est en réalité un satellite de Manchester City, qui finance l’académie via une société offshore du propriétaire aux îles Vierges britanniques. En échange, le club anglais a l’exclusivité sur le recrutement des élèves." Ces élèves, après leur formation, se retrouvent soit directement à City, où ils sont dans la plupart des cas prêtés, soit au club danois FC Nordsjælland qui appartient au boss de Right to Dream, Tom Vernon. 

L'académie a démenti ces accusations par mail à l'EIC, même si elle a reconnu des débordements dans le passé : 

"Right to Dream n’autorise pas la maltraitance de ses élèves. Les accusations sont fausses, exagérées ou sorties de leur contexte. (...) Au cours de nos vingt ans d’histoire, il y a eu un petit nombre d’incidents, qui sont survenus il y a plusieurs années et allaient à l’encontre de notre politique de non-maltraitance des élèves. Ces incidents ont été signalés aux autorités. Les salariés concernés ont été licenciés, sanctionnés, ou ont reçu une formation supplémentaire."

Relire -> Entretien avec Yann Philippin, journaliste à Mediapart, qui nous raconte les coulisses des Football Leaks

Par Lucie Bacon, publié le 10/12/2018