Logic revient aux sources du hip-hop, et ça fait du bien

Sous les traits de son alter ego Young Sinatra, Logic a fait de son dernier album YSIV une véritable pépite boom bap pour les amoureux de hip-hop.

À l’instar d’un J. Cole ou d’un Kendrick Lamar, Logic fait incontestablement partie de ces artistes "new school" qui ont su redonner aux textes de rap, une place qui leur revenait de droit, à l’heure où la trap et le mumble rap commençaient à inonder les charts. Pourtant, contrairement à ses homologues de Compton et de Caroline du Nord, le rappeur du Maryland est resté dans l’ombre et a été quelque peu boudé par la critique spécialisée. La faute sans doute à une personnalité un poil trop lisse, une image de "bisounours" qui lui colle à la peau, et à des albums conceptuels parfois difficiles à appréhender.

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Pourtant, Logic a quelque chose d’unique : au fil des projets, il n’a cessé de se renouveler et a montré qu’il était un artiste aux multiples talents, capable de briller dans tout style de rap. Du hip-hop brut de ses premiers albums à la trap développée dans ses mixtapes Bobby Tarantino, en passant par le style plus pop, propre à son dernier LP Everybody. Cette fois, l’ami Logic a décidé avec ce dernier opus YSIV, de rendre sa grandeur au boom bap, comme en témoigne le dialogue introductif entre Thaila, Kai et Thomas, personnages récurrents de ses albums précédents. Sa formule ? Donner suite et fin à sa série de mixtapes Young Sinatra initiée en 2011. Soyez prévenus et c’est lui qui le dit : "vous regardez un maître à l’ouvrage".

Make Boom Bap Great Again

Tha Carter V de Lil Wayne a fait grand bruit, mais ce n’est pas une raison pour passer à côté du dernier album de Logic, sorti lui aussi le 28 septembre. Plaisant de la première à la dernière track, ce disque est purement et simplement une invitation au voyage vers les racines du hip-hop. Un projet boom bap rafraîchissant sorti des cartons d’un artiste nerd qui respecte et aime sa culture, inconditionnellement. Pour l’épauler dans sa démarche, toujours la même équipe. L’écrasante majorité des productions est signée par son producteur maison 6ix, toujours capable de s’adapter en toutes circonstances à l’éclectisme musical de son acolyte.

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On peut néanmoins reprocher à 6ix de proposer des beats trop souvent similaires les uns des autres. Un écueil inévitable lorsqu’un artiste fait le choix de se cantonner à un producteur quasi-unique depuis sept ans. Fort heureusement, cela n’enlève rien à la brillante qualité instrumentale de ce disque. D’autant que le beatmaker s’autorise quand même quelques variations sonores, notamment avec le titre funky à souhait "100 Miles & Running" ou encore le morceau plus pop "One Day" coproduit avec Ryan Tedder.

Les samples également sont tous parfaitement utilisés et apportent chacun une vraie valeur ajoutée aux seize titres de l’opus. Le meilleur exemple n’est autre que le morceau éponyme de l’album, "YSIV" qui sample "Life’s a Bitch" de Nas. Dieu sait que ce n’est pas chose aisée de détourner un classique comme celui-ci, mais Logic a réussi son pari. Côté rap, Logic maîtrise parfaitement son sujet. Techniquement impeccable de bout en bout, et même parfois étincelant sur certaines phases supersoniques, il prouve une nouvelle fois, s’il en était besoin, qu’il est l’un des meilleurs rappeurs de sa génération.

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Fuck a mumble, let’s make America rap again” (Logic - "The Return")

Mais le morceau que tout le monde attendait, c’est "Wu-Tang Forever", titre qui se vantait de réunir l’intégralité du Wu-Tang Clan de la grande époque. Et comme on pouvait s’y attendre, là voilà la plus grosse claque musicale de cet opus ! Ghostface Killah, Raekwon, RZA, Method Man, Inspectah Deck, Cappadonna, Jackpot Scotty Wotty, U-God, Masta Killa & GZA. Ils ont tous répondu à l’appel et pendant plus de huit minutes, les rimes et les punchlines s’enchaînent. Si les regards sont forcément braqués sur le supergroupe new-yorkais, la prestation de Logic est bien à la hauteur de celle de ses aînés. Pour lui, faire partie des meilleurs n'aurait aucune valeur s'il ne reconnaissait pas l'héritage de ses pairs. Ainsi, Logic n’oublie pas de saluer dans ses textes tous les artistes qui l’ont inspiré et qui ont fait du hip-hop ce qu’il est.

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Logic n’oublie pas de saluer dans ses textes tous les artistes qui l’ont inspiré et qui ont fait du hip-hop ce qu’il est. Nas, Biggie, Gang starr, NWA, The Roots, Big L et j’en passe… Clin d’œil sympathique aussi, il salue la mémoire du regretté Mac Miller et remercie Eminem de l’avoir nommé dans son titre "Lucky You". Signe que les grands reconnaissent les grands.

Peace, Love and Positivity

Bien avant de devenir le rappeur qui a sauvé des vies grâce à son hymne anti-suicide "1-800-273-8255", Logic était déjà d’une simplicité et d’une humilité sans pareil. Proche de son public et portant haut et fort un rap positif avec le slogan "Peace, Love and Positivity". Malgré une enfance difficile où il a dû composer avec les drogues et les conflits familiaux, il n’a jamais cessé de rapper sa joie de vivre et son humanité. Après tout, pourquoi vouloir se mettre en scène dans une vie factice faite d’excès quand on a conscience de sa vraie valeur et qu’on sait se contenter de ce que l’on a ?

"I’m not dropping stacks I’m dropping knowledge" (Logic - "Last Call")

Et que serait Logic sans ses fans, les dénommés Rattpack ? Des supporters toujours fidèles qui l’aiment pour ce qu’il est et rien de plus. Pour les remercier une énième fois de lui avoir permis d’en arriver là où il est, l’artiste leur dédie carrément le morceau introductif de son disque, "Thank You". Comme si cela ne suffisait pas, il a même permis à certains d’entre eux de poser quelques mots en clôture du titre. Le tout sur une instru toujours aussi enivrante et sublimée par les backs de la chanteuse Lucy Rose. Une bien belle entrée en matière qui en dit long sur ses intentions.

Mais cela n’a rien de surprenant. Ceux qui l’écoutent le savent bien : Logic est loin d’avoir la folie des grandeurs. Depuis ses débuts, il n’a jamais eu autre prétention que de faire la musique qu’il aime, avec ceux qu’il aime et pour ceux qui l’aiment.

Enfin, comment ne pas parler de "Last Call", ultime track de l’album ? Pour clôturer à la fois son disque et sa saga Young Sinatra, il a choisi de reprendre le concept du morceau éponyme bien connu de Kanye West. Pendant plus de dix minutes et sur de somptueuses notes de piano, il fait le point sur sa vie et sa carrière. Entre les difficultés de son enfance, sa vie familiale tumultueuse et son parcours dans la musique, il affirme surtout son bonheur d’être en vie et termine son long speech en remerciant tous ceux qui de près ou de loin le soutiennent. Habile de reprendre l’outro de The College Dropout de la part de celui qui se considère comme le "New Kanye", surtout à l’heure où l’original s’enfonce toujours plus dans la tourmente.

Pendant que Ye porte fièrement une casquette "Make America Great Again" et n’est toujours pas foutu de sortir ses albums en temps et en heure, Logic quant à lui, avec YSIV, rend sa grandeur au hip-hop et assume pleinement son statut de "good guy" du rap. Plus que jamais en paix avec lui-même et au sommet, artistiquement parlant, il est temps pour lui d’obtenir enfin la reconnaissance critique qu’il mérite.

Par Jérémie Léger, publié le 03/10/2018

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