(© Valentin Giacobetti)

Warm Up : UTO, le duo qui mêle avec brio pop, hip-hop et trip-hop

Le bestial duo UTO débarque avec un nouvel EP prometteur.

(© Valentin Giacobetti)

Plus le temps passe, plus les artistes essaient, pour faire face à la croissance permanente du nombre d'individus se lançant dans la musique, de casser les barrières. Fut un temps, les musiciens aimaient qualifier leurs productions de rock, de pop, d’électro, de rap. Désormais, pour se démarquer, il faut rendre ces frontières floues et essayer de jouer sur plusieurs tableaux.

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C’est exactement dans cette démarche que se trouve UTO, ce duo dont on vous avait déjà parlé quand le clip de "The Beast" était sorti. Le groupe se complaît dans une dérive quelque part entre la pop, le hip-hop, le trip-hop et l’ambient. Les voix se mêlent aux nappes des synthés, le tout dans une mélancolie certaine.

On a posé quelques questions à Émile et Neysa, les deux artistes qui forment UTO, histoire de mieux cerner ces hurluberlus dont vous risquez d’entendre pas mal parler dans les prochaines semaines.

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Konbini | Qui êtes-vous ?

UTO | On est Émile et Neysa. Ensemble, on est UTO.

On a commencé en musique, puisqu’on s’est rencontrés à un concert de Suuns. Ensuite, on a décidé d’en faire ensemble assez simplement. Les instruments étaient branchés dans le salon, et on a fait notre premier morceau en reprenant une démo de Neysa.

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Rapidement, on a rencontré Pain surprises pour sortir l'EP Shelter for the Broken il y a un an, et tout s’est enchaîné.

D’où est-ce que vous venez ?

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On vient du haut de ces immeubles. L’un est à Fresnes, l’autre est à Paris.

Quand est-ce que vous avez commencé la musique ? Avec quel instrument ?

Neysa | J’ai commencé à prendre des cours de piano à 6 ans, que j’ai interrompus à cinq reprises. À 18 ans, j’étais toujours incapable de lire une partition. Après mon master II de lettres à Paris VIII, je n’ai pas trouvé de travail, mais j’avais des carnets un peu partout remplis de mes paragraphes qui n’étaient ni des poèmes, ni des essais, ni des débuts de roman. Alors j’ai "commencé" la musique avec ces carnets.

Émile | Toute ma famille est dans le théâtre donc, logiquement, j’aurais dû en faire, mais ça ne m’a jamais branché. Pour moi, ça a commencé par la guitare assez jeune, très vite le rock et la guitare électrique, et ensuite le jazz avec des potes de mon frère.

Un été, j’ai découvert Grizzly Bear et Radiohead et j’ai complètement lâché le jazz de papa pour entrer dans mon premier groupe de "pop" avec des gars plus âgés que moi. J’avais envie de faire de la musique très tôt. L’apprentissage, ça n'a jamais été mon truc. Le conservatoire m’a toujours ennuyé, mais je regrette un peu aujourd’hui.

Est-ce que vous avez eu d’autres projets musicaux avant ?

Émile | Oui. J’ai joué dans un premier groupe, Milestone, à 16 ans. J’ai appris plein de choses en jouant avec eux pendant trois ans. Ils étaient tous plus âgés et expérimentés que moi, j’étais vraiment le "petit" de la bande et j’en ai de super souvenirs.

Malheureusement, ça n’a jamais marché. Ça ressemblait sans doute un peu trop à Radiohead, mais on a fait deux très beaux EP qu’on peut sans doute encore trouver sur le Net. Ensuite, j’ai monté un groupe avec le chanteur Saint Michel, on fait un album et pas mal tourné. Ça a été une belle expérience.

Neysa | Au collège, Les Walrus, une bande de mecs aux cheveux longs, a traversé la cour de récré pour me demander de chanter les poèmes que j’écrivais sur mes feuilles de DST. Après, j’ai continué à écrire mais sans enregistrer, jusqu’à UTO.

Quelles sont vos inspirations/influences musicales ?

Neysa | En ce moment, c’est MF Doom, Roberta Flack (notamment son album First Take) et Nicolas Worms avec Worms Prestige – c'est un ami avec qui on collabore.

Même si on se retrouve sur tout ce qu’on écoute, on vient d’univers assez différents. Quand on s’est rencontrés, Émile était dans la musique électronique, seul sur son ordinateur. Moi, plutôt dans la folk anglo-saxonne. C’est certainement cette confrontation qui nourrit notre musique, l’acoustique vs l’électronique, la vulnérabilité de la voix vs la programmation des machines, les textes vs la production musicale.

Comment est-ce que vous composez ? Décrivez-nous ce processus.

Dans UTO, on compose comme on cuisine. On peut avoir de bons ingrédients dans le frigo et manger très simplement sans passer beaucoup de temps aux fourneaux. Il faut trouver la boucle du désir : quelque chose de simple qui se suffit presque à lui-même tout en rendant possible une infinité d’histoires.

Mais le frigo peut être vide. Presque vide. Ce qui fait que, si l’on y croit, on peut jongler et sauver la mise en filoutant. L’important, ce sont les herbes fraîches pour la cuisine, et d'éviter le surgelé dans la musique.

Quelles seraient les meilleures conditions pour écouter votre musique ?

On vient de sortir un disque qui prend corps dans la nuit : The Night’s Due"Le Dû de la nuit" en français. La nuit est sans doute un bon moment. On ne fait pas de la musique pour faire danser ou pour "ambiancer" en soirée, c’est une musique de solitaire, au calme.

On aimerait cependant croire que toutes les conditions sont bonnes pour écouter notre musique.

Comment définissez-vous votre projet ?

Une amie du groupe Cocanha nous a dit il y a quelques jours, en écoutant The Night’s Due, que ça lui faisait penser à une coloc entre Bach, Kendrick et Hope Sandoval. Ça nous a fait super plaisir, on parle ici de grands musiciens.

Nous, on aime bien définir UTO autrement que par la musique. UTO, c’est un recueil de poésie anglaise tournant dans une machine à laver, c’est une forêt cybernétique, des fleurs d’ordi, le cri d’une bête à 5 heures du matin, on ne veut pas être autre chose. Pas utiles, on est UTO.

Par Arthur Cios, publié le 12/03/2019

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