Warm Up : Swing de L’Or du Commun prend son envol avec l’EP Marabout

Dans Warm Up, on réalise un focus sur des artistes dont vous allez (sûrement) entendre parler dans les mois à venir. Alors que son premier projet solo, Marabout, vient de sortir, on a échangé avec Swing.

(© Pierre Vachaudez)

Swing a récemment fait parler de lui en dévoilant deux premiers clips léchés et cinématographiques qui mettaient en valeur son rap au croisement du old school et des influences contemporaines, son énergie vitale transcendante, et l’attention particulière qu’il porte aux visuels.

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S’il s’agissait de ses premières productions en solo, il est pourtant loin d’être un inconnu. Membre du collectif belge L’Or du commun, et backeur du désormais incontournable Roméo Elvis, le jeune rappeur de 26 ans s’est déjà rodé à l’exercice du studio et surtout de la scène durant ses tournées en Belgique et à travers l’Europe. Une expérience riche qu’il met désormais à profit de manière individuelle.

Aujourd’hui, le jeune homme dévoile son premier EP, Marabout. Au total, le rappeur nous présente dix titres sur lesquels il navigue et expérimente entre sonorités smooth jazz et digitale, mais aussi rap pur et chant. Alternant les atmosphères chill et les ambiances plus sombres, Swing s’épanche avec énergie sur sa volonté de s’écarter des chemins tout tracés et s’essaye à l’exercice du storytelling le temps d’un morceau des plus obscurs.

À l’occasion de cette sortie, on a échangé avec Swing sur son parcours, ses influences ainsi que sur les questionnements qui animent sa plume et son rap.

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Qui es-tu ?

Je suis Swing. Je suis un rappeur belge de 26 ans, membre de L’Or du Commun, backeur de Roméo Elvis, et je sors mon premier projet solo le 19 janvier.

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D’où viens-tu ?

J’ai grandi à Soignies, dans la périphérie de Bruxelles, et je vis actuellement à Bruxelles.

Quand est-ce que tu as commencé la musique et le rap ?

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Je devais avoir 17 ans. J’ai commencé la musique avec mon cousin Félé Flingue, ancien membre de L’Or du Commun. On était chez mes parents, on s’ennuyait un après-midi et on a eu l’idée de commencer à écrire.

Puis, en allant à l’université à Bruxelles vers mes 18 ans, j’ai rencontré des gens qui faisaient du rap. J’ai donc recommencé plus activement à ce moment, tout en continuant à en faire avec mon cousin. En 2012, j’ai rencontré les deux autres membres de L’Or du commun : Loxley et Primero. C’est comme ça qu’on a fondé le groupe.

(© Pierre Vachaudez)

Qu’est ce que ton expérience de backeur de Roméo Elvis a apporté à ton rap ?

Il faut savoir que le rôle de backeur c’est quelque chose de vraiment particulier. C’est très différent de juste faire de la scène en se représentant soi-même. Tous les mouvements que tu fais doivent conduire le regard vers l’artiste principal, et donc vers Roméo. C’est vraiment une autre manière d’appréhender la scène.

Vivre la tournée "Morale 2" avec Roméo m’a donné une idée très claire de ce qu’était la vie d’un artiste solo. J’ai pu observer les différences positives et négatives qui existent avec celle de groupe.

Ça m’a aussi motivé car j’ai été amené à rencontrer beaucoup de gens, à faire des grosses scènes où j’ai pu interpréter des morceaux solos – et donc avoir des retours directs sur certaines chansons de Marabout, avant même que je les sorte. Ça m’a donné envie de clôturer au plus vite le projet.

Quelles sont tes inspirations musicales ?

J’ai surtout été inspiré pour ce projet par des artistes américains comme Saba, Chance The Rapper, Isaiah Rashad, et Kendrick évidemment, surtout au niveau de ses visuels et de la complexité de ses arrangements. En rap francophone, je dirais MC Solaar, Ménélik et Les Sages poètes de la Rue.

Et si je devais citer des artistes contemporains francophones, je dirais les gars de mon entourage et du groupe, évidemment – car quand on bosse en groupe, on est inspiré directement par les gens avec qui on travaille, ce qui fait évoluer notre musique. Pour moi, il s’agit de Roméo Elvis, Isha, Népal…

Dans tes visuels, la danse et la gestuelle semblent aussi importantes.

La gestuelle est une chose que je n’ai pas encore réellement approfondie, mais avec laquelle j’aime bien m’exprimer. C’est venu graduellement en faisant de la scène. Cette expérience a débloqué chez moi une fluidité un peu corporelle. Au moment de faire le lipping pour le clip de "Cercle" – mais aussi pour les autres –, des mouvements ont été amenés par la musique de façon spontanée. Mais ce n’était pas travaillé et je n’ai pas l’ambition de dire que je suis un bon danseur.

(© Pierre Vachaudez)

Comment est-ce que tu composes ? Décris-nous ce processus.

Ça dépend des morceaux, mais j’écris toujours à partir d’un support musical. C’est la prod' qui va m’inspirer ce que je vais écrire et non l’inverse. Ça s’est passé comme ça pour tous les sons du projet. Il y a cependant des morceaux sur lesquels je voulais me plier à un certain type d’exercice. Par exemple, pour "Corbeaux", je voulais faire du storytelling.

Pour d’autres morceaux, comme "Le Cours de danse", je voulais faire quelque chose de plus léger et adapté à la scène. Ça dépend vraiment des envies et de l’humeur. Parfois, si j’écris plusieurs textes un peu tristes, je vais plutôt avoir envie de faire des textes plus joyeux (et inversement).

Les premiers extraits de Marabout sont assez sombres. Ça correspond à ton état d’esprit ?

Je pense que dans la vie de tous les jours, je ne suis pas quelqu’un de sombre. Pour ce projet, j’avais envie d’amener un aspect plus philosophique et spirituel et tous ces questionnements ont amené un côté un peu sombre. Ça vient d’une volonté d’exprimer des positionnements un peu froids et plus pessimistes.

J’ai essayé de poser des questions sans forcément donner de réponses et simplement faire des constats. Après, je pense que tout le projet n’est pas comme ça. Je peux dire que "Corbeaux" est le morceau le plus sombre du projet. Il n’y en a pas deux comme ça.

Un des questionnements du clip "Corbeaux", c’est la technologie.

Toutes les idées du clip de "Corbeaux" viennent du réalisateur Lenny Grosman. On s’est retrouvé dans cette volonté d’amener des questionnements. L’histoire du morceau constituait le terreau adéquat pour qu’il puisse venir broder cette histoire qui tourne autour des écrans, à la Black Mirror – et mettre en lumière certains abus de notre société.

J’avais aussi envie de rentrer dedans car ça m’intéresse de prendre des positions un peu marquées sur les vies qu’on mène et quitter ce côté enfant, un peu trop banal qu’ont certaines thématiques abordées dans le rap. Au moment de la création du morceau, je n’avais pas du tout pensé à ce sujet du téléphone et quand il m’en a parlé, j’ai été agréablement surpris.

Quelle est ta position sur ce sujet ?

Il y a un phénomène assez intriguant. Les réflexes ont un peu changé, car tout se passe désormais sur les écrans. Parfois, ça influe sur nos réactions premières, qui vont aller à l’encontre du bon sens. Aujourd’hui, on peut avoir l’impression que quand quelque chose n’est pas filmé, elle perd de son impact, ce qui peut pousser les gens à avoir des mauvais réflexes : enregistrer un événement, plutôt que s’interroger sur comment faire pour arranger la chose. Après, il s’agit de questionnements que je me pose moi-même. Je ne me positionne pas du tout en donneur de leçon à ce niveau-là.

C’est quoi les meilleures conditions pour écouter ta musique ?

Écouter avec l’esprit ouvert. Ma musique peut s’écouter un peu partout je pense, du moins je l’espère. Je pense qu’il ressort de ce projet un côté chill, il peut donc s’écouter en voiture comme à la maison. Ce n’est définitivement pas un projet qu’il faut écouter dans l’optique d’extérioriser physiquement. C’est plutôt quelque chose qui se digère à mon avis. C’est assez difficile de se prononcer car je n’ai pas encore le recul nécessaire à ce niveau-là.

Comment définirais-tu ton projet Marabout ?

C’est avant tout un projet humain, car il m’a permis de travailler avec plein de gens. Au total, j’ai taffé avec six producteurs différents pour dix morceaux – donc il s’agit vraiment d’un projet issu de rencontres humaines. Il m’a aussi permis de rentrer plus profondément dans le monde de l’adulte. Après, c’est de la musique : même s’il y a des thématiques sérieuses, ça reste de l’ordre de l’amusement.

Marabout, le premier projet solo de Swing est disponible depuis le 19 janvier.

(© Labrique)

Par Sophie Laroche, publié le 19/01/2018