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Warm Up : Supa Dupa, le groupe hip-hop groovy qui réchauffe les cœurs

Dans Warm Up, on réalise un focus sur des artistes dont vous allez (sûrement) entendre parler dans les mois à venir. À l’occasion de la sortie de leur premier album, nous avons échangé avec le groupe lyonnais Supa Dupa.

(© Hugo Siclier)

L’hiver, c’est nul, il fait froid. Pour ceux qui rêvent de prendre un aller simple à destination du soleil californien, nous vous invitons à découvrir les Supa Dupa. Avec leur formule à la croisée des genres entre hip-hop, jazz et néo-soul, ce groupe originaire de Lyon nous offre un cocktail de black music pétillant et chaleureux.

Après l’EP High on Life sorti en 2016, les voilà de retour avec un album bien plus ambitieux : Rise and Fall. Une aventure musicale et cinématographique en dix titres. L’histoire d’un couple interprété par les voix du MC NotaBene et de la chanteuse soul, Macy Lu. Mais que serait leur idylle si elle n’était pas harmonieusement habillée par les productions somptueuses de NuTone, et l’accompagnement instrumental de toute une clique de musiciens ?

Pour célébrer leur dernier bébé, Supa Dupa s’est prêté au jeu du Warm Up et a accepté de répondre à nos questions. De quoi se plonger un peu plus dans leur univers musical avant de s’envoler avec eux dans l’espace.

Qui êtes-vous ?

On est Supa Dupa, groupe de hip-hop lyonnais. On sort de la formation classique MC/DJ. Notre truc, c’est le hip-hop avec des instruments, et une touche soul et jazzy.

On s’est réunis autour de NuTone, le batteur/compositeur depuis près de 3 ans. Il y a dans le noyau dur Corentin aux claviers, Eliott à la guitare, Olaf au saxophone et Noé à la basse. Il y a aussi Thomas et Cyril, trompettiste et tromboniste. Après plusieurs formes différentes on a conçu deux EP et un album avec deux feats vocaux, le rappeur NotaBene et Macy Lu qu’on retrouve sur l’album Rise and Fall qu’on vient de sortir.

Qu’est-ce que vous faisiez dans la vie avant la musique (études, travail) ?

Le noyau dur est issu plus ou moins du conservatoire à Lyon et Villeurbanne, en jazz pour la plupart. NuTone par exemple a été baigné depuis tout petit dans la musique, il a par exemple eu l’occasion de jouer sur la grande scène du Transbordeur à 14 ans. Ce n’est pas rien.

Le noyau du groupe vient de Lyon. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

On s’est rencontrés au rayon sandwichs triangles du Carrefour City de Villeurbanne. Mais cette légende n’est pas assez glamour désormais, il va falloir qu’on trouve autre chose.

Comment est né le projet Supa Dupa ?

Corentin | Le projet est né à l’initiative de NuTone, il souhaitait faire évoluer son projet perso. Donc il est venu nous chercher un par un pour former cette clique, un peu comme George Clooney dans Ocean Eleven. On est devenus tous meilleurs potes avec le temps, et nos vies tournent autour du groupe, on mange du Supa Dupa tous les jours.

Quelles sont vos inspirations/influences musicales ?

Musicalement, on a une shortlist d’influences qui met tout le monde d’accord en cas d’embrouille : Jay Dee, The Roots, Snarky Puppy, Kendrick Lamar, The Internet. Après, on bouffe tout ce qui sort dans le registre soul, jazzy, jazz rap : Tom Misch, Anderson .Paak, Mac Miller, Karriem Riggins, évidemment le renouveau de la scène jazz qui lorgne du côté du hip-hop comme Glasper, Alfa Mist ou Kamasi Washington. On chine pas mal du rap indé dans cette vibe organique comme Caleborate ou Blimes Bixton mais aussi la scène rap française de kickeurs comme Jazzy Bazz ou Alpha Wann.

Avant cet album et les deux EP précédents, aviez-vous d’autres projets ?

Corentin | On pensait devenir banquiers ou traders, mais vu le climat insurrectionnel actuel, on s’est dit qu’il était plus raisonnable et sage de devenir musiciens, une voie bien plus safe et pérenne.

Vous faisiez aussi des covers.

Corentin | On adore ça. Il y a souvent eu un tabou chez les zicos dans le fait de reprendre le répertoire d’autres musiciens, et encore plus dans le hip-hop, mais on a grandi en décortiquant les classiques de jazz ou de soul, on s’est forgé une oreille comme ça. Ça fait partie de notre training musical on va dire, et ça nous vient aussi des nombreuses jams soul funk qu’on anime à Lyon. Quand t’as un mec qui débarque et te demande de jouer “Doo Wop” de Lauryn Hill, t’as intérêt à être opérationnel au niveau du groove !

Pourquoi ce choix de rapper en anglais ?

NuTone | Ça s’est fait naturellement en collaborant avec nos deux feats vocaux sur l’album, le rappeur NotaBene et la chanteuse Macy Lu, qui étaient des gens de notre entourage. NotaBene a grandi au Canada, il est bilingue et rappait en anglais quand NuTone l’a rencontré pour travailler avec lui. C’est un des rares MC à avoir un accent crédible à Lyon, on ne s’est du coup pas posé la question tant ça nous semblait naturel. Quelque part, c’est aussi vouloir sonner comme ce qu’on écoute le plus : même si on adore plein d’artistes français, on bouffe de la musique anglo-saxonne à longueur de journée. La langue française a plus de nuance mais en anglais il y a un côté presque abstrait qui est intéressant, et puis ça swingue d’une autre façon !

NuTone, tu es un véritable digger. Comment as-tu abordé la composition et la teinte de ce projet ? Musicalement, c’est une ambiance très chaleureuse.

NuTone | C’est vrai, tu sais, mes parents m’ont éduqué avec beaucoup d’amour et dans le respect d’autrui, jusqu’à ce que je découvre la drogue et la musique de J-Dilla. Plus sérieusement, ce n’est pas forcément quelque chose de calculé, mais ça reflète ma personnalité. Je suis quelqu’un qui regarde souvent au loin, qui essaie d’être positif.

Quelles seraient les meilleures conditions pour écouter votre musique ?

NuTone | Avant un braquage. Ou sinon dans une coloc de 20 m2 avec un seul abo Spotify pour 4 personnes. En fait on est tout terrain, mais le mieux c’est aussi de nous voir en live !

Comment se passe la cohabitation en studio ?

Corentin | C’est un bordel sans fin… Imagine une bande de singes à qui on offre un océan de cacahuètes dans un endroit fermé. Heureusement on se supporte depuis trop longtemps pour s’embrouiller sur des trucs à la con. Chacun connaît son rôle et l’importance d’être réunis là pour tout défoncer !

Si je vous dis : "hip-hop is the new jazz", qu’est-ce que ça vous inspire ?

NuTone | C’est un peu parti d’une vanne qu’on se faisait souvent quand on essayait de casser une ambiance trop sérieuse. On finissait nos mails par “Et tout ça grâce au jazz ! ” comme une punchline. C’est devenu une joke récurrente entre nous, d’essayer de placer le mot “jazz” partout, au point que notre manager a voulu en faire une sorte de slogan, une marque de fabrique nous concernant.

Corentin | On trouvait que c’était une bonne façon de définir notre musique. Au-delà de nos petites personnes, il y a aussi l’idée d’affirmer la place actuelle qu’occupe le hip-hop et le renversement de tendances qui s’est passé depuis quelques années. Sur l’échiquier musical, cette culture a enfin la place qu’elle mérite, dans les festivals, les plateformes d’écoute, les plateaux télé, etc. comme si elle avait gagné enfin des galons de respectabilité.

Il y a un vrai storytelling sur votre album. Rise and Fall, c’est le récit d’une histoire d’amour. Vous pouvez nous en dire plus sur le concept ?

NuTone | C’est une idée de NotaBene donc. C’est un gros fan de série, un cinéphile, il y a une écriture assez imagée qui se dégage de ses influences. C’est lui qui est arrivé avec cette idée de storytelling développé sur dix titres, dans laquelle lui et Macy Lu joueraient un rôle. Raconter une histoire d’amour moderne, de son étincelle au déclin ("Rise and Fall"). On pense que notre génération a un côté “romantiques désabusés”. Chaque morceau est pensé un peu comme une séquence ou une scène, voire un épisode. Toutes les tracks ont des titres simples, courts, inspirés du champ lexical de l’exploration, du voyage, pour coller à ce concept.

Quelques dates de prévues prochainement à Lyon et ailleurs ?

NuTone | On a pas mal écumé la région avec des rendez-vous notables comme Jazz à Vienne ou Musilac. Là, dans notre planning, on joue au festival Winterrock le 18 janvier à Bonneville, avec le MC australien Nelson Dialect. Depuis peu, on collabore avec Cartel Concerts, le tourneur de Dillon Cooper ou Deluxe. On réfléchit à la meilleure tactique pour envahir les scènes de France et de Navarre avec une nouvelle formule live qui sera prête pour 2019. Attendez-vous à nous voir débouler chez vous très prochainement…


Quelles sont vos ambitions avec ce projet ?

NuTone | Quand on met autant d’énergie dans ce genre de projet, on essaye de voir le plus loin et haut possible, c’est ce qui nous fait autant avancer depuis le début. On veut que notre nom tourne, évidemment, mais avant tout que les gens ressentent notre musique, et selon nous ça passe par cramer un maximum de scènes. En 2018, sortir un disque, c’est un prétexte pour pouvoir tourner, c’est tout, en tout cas pour un groupe comme Supa Dupa.

Corentin | On ne vise pas le million en streaming, on est réalistes. Par contre se taper une bonne grosse tournée, ça nous émoustille. Des groupes avec une belle audience comme Deluxe par exemple nous font rêver.

Un mot de la fin ?

“Et tout ça grâce au jazz !”

Par Jérémie Léger, publié le 10/12/2018

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