© Elisa Baudoin

Warm Up : Schérazade, la nouvelle perle de la chanson française

Dans Warm Up, on réalise un focus sur des artistes dont vous allez (sûrement) entendre parler dans les mois à venir. Alors que son premier EP s’apprête à sortir, on a questionné Schérazade, nouvelle figure de la chanson française.

(© Elisa Baudoin)

Vous ne la connaissez sûrement pas encore. Cependant, Schérazade s’est déjà construit un petit bout de carrière assez prometteur. À la manière des chanteuses d’autrefois, la jeune femme originaire de Béziers a écumé les pianos-bars parisiens avant de se faire repérer par quelques-uns des plus grands musiciens actuels comme Stromae avec qui elle composera "Ave Cesaria", titre extrait du désormais mythique Racine carrée.

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La chanteuse aux sens artistiques surdéveloppés a mille et un univers qui se bousculent dans son esprit et ils transparaissent notamment dans ses clips, tantôt sensuels et nocturnes, tantôt colorés et décalés. On devine chez elle un penchant pour les arts visuels et le cinéma à l’ancienne. La jeune femme explique d’ailleurs être fan de John Waters dont l’esprit transgressif du film Pink Flamingos se retrouve dans son dernier clip (ayant presque le même nom) qui met en scène le périple d’un noctambule parisien.

Son nouvel EP Pink Flamingo sortira le 30 novembre prochain, l’occasion pour nous d’essayer de sonder la jeune chanteuse qui a accepté de répondre à nos questions.

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Qui es-tu ?

Je suis Schérazade (et c’est mon vrai prénom). Musicienne, Chanteuse.

D’où viens-tu ?

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D’une petite contrée du sud, la plus vieille de France, pour être plus précise, de Béziers. Je ne sais pas si c’est la ville ou ce que j’y ai vécu, en tout cas je l’ai quittée très jeune (juste après le bac). Je me sentais le besoin de m’exprimer différemment et ailleurs.

Comment as-tu commencé la musique ?

J’ai formé mon oreille et mon corps au Conservatoire de musique et de danse classique, de mes 5 ans à mes 15 ans. C’était un univers incroyable, on y dansait sur du Chopin, cela me fascinait, j’y ressentais une sorte d’évidence et de provocation. Mes parents m’ont toujours soutenue : ma mère a eu une brève mais prometteuse carrière de chanteuse. C’était l’Algérie des années 1970 : lors d’un repas de famille, une de ses chansons passe à la radio, c’était une chanson d’amour et l’animateur avait cité son nom… Son père, très strict, a appris qu’elle chantait de cette façon. Ça l’a tellement contrarié qu’il ne l’a jamais laissée refaire de la musique.

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As-tu eu différents projets avant ?

Oui, j’ai fait très jeune la tournée des pianos-bars de Paris, j’ai eu plusieurs groupes, j’ai rencontré énormément de musiciens et de compositeurs… Notamment Stromae avec qui j’ai composé le titre "Ave Cesaria" (sur son dernier album Racine carrée), et Thomas Azier avec qui je prépare pas mal de nouvelles choses… À l’époque, je chantais en anglais, je n’arrivais toujours pas à écrire et poser ma voix en français, j’ai eu un déclic lorsque j’ai découvert "L’Amour à plusieurs", de Ann Sorel. Ce morceau m’a fascinée, là je me suis dit "OK !", il est possible de groover en français. C’est d’ailleurs cette reprise de "L’Amour à plusieurs" qui m’a permis de la rencontrer, ainsi que Brigitte Fontaine et Christophe Miossec…

Quelles sont tes inspirations/influences musicales ?

Je me souviens de mon premier frisson musical, "Gloomy Sunday" de Billie Holiday. Tant de force, tant d’émotion et d’authenticité dans ses mélodies, dans sa voix et ses interprétations, quand on connaît sa vie, on ne peut que l’admirer. Et Oum Kalthoum… que dire sinon, grandiose ! C’est là le fameux "tarab" oriental. Il y a aussi Christophe… Ah que j’aimerais vivre une journée de cette époque ! On dira que ce sont mes bases !

Sinon mes influences sont très variées, des BO de films (Riz Ortolani, Michel Legrand, Vladimir Cosma) aux personnages de femmes fortes : Nightclubbing de Grace Jones est un album qui m’a marquée, elle était vraiment fascinante, un vrai personnage ! Kate Bush s’est battue pour ses idées et reste originale, cette femme m’a beaucoup inspirée pour ce qu’elle a apporté à la pop music.

Sans oublier un amour inconditionnel pour Lee Hazlewood et l’album The Very Special World, les arrangements de violons, sa voix ! Cet homme me transporte.

Évidemment, il reste beaucoup d’artistes plus récents que j’admire comme Björk, Portishead, Connan Mockasin, Travis Scott, etc.

Pourquoi avoir choisi de reprendre le morceau d’Ann Sorel "L’Amour à plusieurs" ?

La première écoute de ce morceau a été un déclic. Artistiquement, ce titre m’a en quelque sorte "débloqué" : les arrangements de violons par Jean-Claude Vannier, ce côté oriental, la voix lascive et nonchalante d’Ann Sorel sont à tomber… On ne peut pas occulter son texte sulfureux qui, à la sortie du titre en 1972, déclenchait à chacun de ses passages, des bagarres dans les boîtes de nuit qui le jouaient…

Cette chanson m’a beaucoup apporté, j’ai essayé de garder cette candeur que l’on distingue derrière son côté vaporeux.

Comment est-ce que tu composes/écris ? Décris-nous ce processus.

Dans un premier temps, ce sont les mélodies qui me viennent en tête, souvent à travers des rêveries… Je les matérialise en les fredonnant sur le dictaphone de mon iPhone. La suite consiste à essayer de les habiller via des accords au piano pour pouvoir avoir très vite un support musical… Dès ce stade, encore assez brut, j’aime les montrer à mon entourage, mes musiciens, ma famille musicale en somme…

Par exemple "L’Amour à plusieurs" a été fait avec Renaud Letang (Feist, Micky Green) et Rory McCarthy (Connan Mockasin) ainsi que Mocky au somptueux studio Ferber. C’était il y a 2 ans déjà et c’est une partie de mon histoire avec mon ancienne maison de disques…

Pour le morceau "Simple", tu choisis d’écrire/chanter en anglais. Pourquoi ?

Oui "Simple" est une chanson où je me mets plus à nu que sur les autres titres. Ici, je ne me mets pas dans la peau d’un personnage, dans "Simple" c’est moi, ma vision de la vie, une sorte de catharsis, la recherche de simplicité et de sincérité qui se perd peu à peu dans notre société matérialiste.

Ce titre était une réponse à "Crise humaine" du même EP, une sorte de jour et nuit. "Crise humaine" était le jour, "Simple" la nuit… Les clips de ces deux morceaux soulignent cette ambivalence… Pour le texte, se mettre à nu en anglais est toujours plus simple qu’en français, mais dans mes prochains morceaux je ne souhaite interpréter que du français.

Tu as déjà sorti pas mal de clips, tous très esthétiques, quelle est l’importance des visuels dans ton travail ?

Je suis férue du cinéma, l’esthétique visuelle a donc une importance toute particulière dans mon projet.

J’ai été marquée par l’esthétique des années 1950-1960 au cinéma, l’époque Nouvelle Vague, le cinéma italien de Fellini, la musique de Riz Ortolani… Mon idole reste Samia Gamal, je regardais ses films "comédies musicales égyptiennes" des années 1950 avec ma mère et il y avait des histoires d’amour, de la danse et de l’alcool. Tout ça m’a marquée et m’a influencée esthétiquement mais aussi en tant que femme. Je suis toutes ces femmes à la fois mais en restant moi-même.

Ce sont ces personnages que je m’amuse à jouer dans mes clips, que ce soit dans "Crise humaine" (réalisé par Elsa & Johanna), "Simple" (que j’ai réalisé moi-même) ou "Pink Flamingo" (hommage au film de John Waters). Dans ce dernier clip, je ne fais physiquement qu’un caméo, l’idée étant de suivre, à la façon d’un Paris dernière, le périple d’un noctambule parisien du crépuscule à l’aube. C’est réalisé par Jéronimo Acero qui est justement en train de finaliser son premier moyen-métrage sur le même principe de tournage à la première personne…

Si tu avais un conseil aux auditeurs pour écouter ta musique, quelles seraient les meilleures conditions ?

Pour certains titres : de se mettre nu avec un bon verre de cognac [rire], plus sérieusement je pense que ma musique s’écoute plutôt le soir mais toujours avec un verre de cognac ou un bon verre de vin.

Comment définirais-tu ton projet ?

Définir mon projet, c’est me définir : j’essaye d’être la plus sincère possible dans mes choix et dans mes goûts. Mon projet, c’est ce que je suis, c’est aussi mon histoire, ce que je porte en moi. Une sorte d’exutoire nécessaire ; sans ça, je pense que je serais folle ou du moins plus folle que je ne le suis déjà. [rire]

C’est à travers ma musique que je me dévoile peu à peu…

L’EP Pink Flamingo sortira le 30 novembre prochain.

Par Sophie Laroche, publié le 15/11/2017

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