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Warm Up : P.R2B redonne du souffle à la chanson française

Publié le

par Valentin Després

© Marie Stéphane Imbert

Dans Warm Up, on réalise un focus sur des artistes dont vous allez (sûrement) entendre parler dans les mois à venir.

Pauline Rambeau a deux passions : le cinéma et la musique. Après une formation de réalisatrice à la Fémis, elle a décidé de se concentrer sur le son. Celle qui a grandi entre les cours de clarinette et le blues de son père guitariste est fascinée par la musique classique et les images fantasques que dégagent ses modèles de la chanson française.

Elle considère la musique comme son jardin secret, mais la sortie de son premier morceau "Océan Forever" ne passe pas inaperçue. Tristan Salvati, producteur et artisan des succès d’Angèle, de Louane ou de 47Ter, rentre en contact avec la jeune chanteuse et l’aide à faire naître son premier EP Des rêves. Konbini s’est entretenu avec la prometteuse P.R2B pour discuter de son rapport à l’image, son amour de la scène et ses secrets de composition.

Konbini | Bonjour P.R2B, qui es-tu ?

Je m’appelle Pauline, j’ai 29 ans. Je fais de la musique et du cinéma.

D’où viens-tu ?

Je viens de Bourges mais j’habite aujourd’hui à Paris.

Que faisais-tu avant la musique ?

J’ai suivi un cursus d’études à la Fémis, une école de cinéma. C’était beaucoup de travail mais j’y ai appris énormément de choses. J’étais entourée de personnes qui voulaient faire la même chose que moi et, forcément, ça crée une forte émulation. Beaucoup des personnes que j’ai rencontrées à l’école sont aujourd’hui des compagnons qui continuent de travailler avec moi, sur les clips par exemple.

Comment as-tu commencé la musique ?

Mon père était musicien et il y avait toujours beaucoup de musique à la maison. À 7 ans, j’ai commencé à apprendre à jouer de la clarinette. J’avais vu un clarinettiste jouer comme un dingue en concert et j’ai immédiatement trouvé cet instrument à vent très beau. Raconter des histoires en musique est quelque chose qui est en moi depuis très longtemps. Les gens qui me connaissent savent que je suis un peu monomaniaque (rires). Cela fait longtemps que je n’ai pas changé de cap.

Quand est-ce que tu as commencé à composer tes propres morceaux ?

Je m’en souviens très bien, c’était en cinquième. À l’époque, comme beaucoup de gens qui en ont suivi des études classiques d’apprentissage d’un instrument, je n’en pouvais plus de la rigueur. Je voulais aussi chanter, ce qui est très difficile en jouant de la clarinette (rires). Je m’ennuyais en cours de latin, alors j’ai commencé à écrire des chansons sur ma vie : mon ennui en cours, mes rêves… Très vite, je me suis enregistrée avec un petit micro que j’étais allée acheter à la Fnac. Je le branchais à la prise mini-jack de mon PC et je travaillais les chansons avec Audacity. Je gravais des CD vierges que j’achetais à la sauvette au Printemps de Bourges et je les distribuais dans ma famille.

Es-tu animée par ce désir de chanter et de ne pas seulement être instrumentiste depuis le début de ton parcours dans la musique ?

Oui, raconter des choses et écrire des histoires a toujours été essentiel pour moi, d’où ma passion pour le cinéma. Jouer de la clarinette avec les autres a été un grand plaisir mais au bout d’un moment, j’ai ressenti le besoin de prendre le stylo pour écrire ma propre musique.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’y lancer à corps perdu ?

Plusieurs choses. Même si j’écrivais des chansons depuis longtemps, tout cela restait confidentiel. Je les faisais écouter à des amis de temps en temps, mais je revenais toujours à ma chambre afin de continuer à écrire. Mes chansons étaient intimes mais je n’y voyais pas encore quelque chose qui pouvait m’appartenir : une identité, un son. Je me suis mise à écrire activement à la fin de mon école de cinéma, puis "Océan Forever" est arrivé. Cette chanson a été le déclic. C’est difficile à expliquer mais j’ai senti qu’elle me ressemblait, que c’était vraiment moi. Après on a tourné un petit clip qu’on a posté sur YouTube et Facebook. Le rappeur Hyacinthe a eu vent du morceau et m’a proposé de le mettre sur la compilation de La Souterraine. À partir de ce moment, j’ai senti que j’avais suffisamment de chansons, que j’étais prête à me livrer et à y aller.

Tu composes depuis longtemps, mais "Océan Forever", sorti il y a huit mois, est ton premier morceau "officiel". À l’ère d’Internet, les artistes ont tendance à diffuser leur musique rapidement mais toi, tu as préféré attendre. Pourquoi ?

Au début, je voyais mes chansons comme des trésors, comme mes bébés. Je n’avais pas encore envie de les donner au regard des autres et à la critique. La musique est restée mon jardin caché jusqu’à ce que j’estime qu’elle soit assez forte pour la faire découvrir.

Tu réalises tes propres clips et ton identité visuelle semble déjà particulièrement affirmée. D’après toi, qu’apporte l’image à la musique ?

Je pense qu’elle permet d’ajouter du contraste à la chanson. Par exemple, "Des rêves" est un titre belliqueux, très chaud, presque dancehall. J’ai choisi de le placer au contraire dans une imagerie noire et blanche, en caméra portée, pour signifier le côté nerveux et politique que je voulais lui donner. Ce que j’aime avec l’image dans les chansons, c’est qu’elle peut révéler quelque chose d’autre.

Est-ce qu’à l’inverse ton parcours dans le cinéma et l’image influence ta façon de faire de la musique ?

Oui, profondément. C’est drôle parce que le cinéma est un processus très long. Il faut des années pour faire un film, parfois trois ou quatre ans. Dans la musique, je passe pour une personne très patiente : je prends le temps de sortir mon EP, puis mon album… Le cinéma m’a aussi appris à écrire beaucoup pour ne conserver que l’essentiel.

Comment trouves-tu l’inspiration ?

Je passe du temps à "ingérer les choses". C’est comme si je mangeais le quotidien, je regarde autour de moi et je vis. Parfois, cela prend du temps. Quand une phrase sort, je déploie l’idée et je m’enferme trois ou quatre jours avant de repartir vers la vie extérieure. Je ne reste tout de même pas le nez au vent le reste du temps. De manière générale, j’écris beaucoup parce que je pense qu’il faut toujours un peu sculpter ses outils.

Pourquoi avoir choisi ce nom, P.R2B ?

Je ne l’ai pas choisi, ce sont mes initiales : Pauline Rambeau de Baralon. Mes proches m’appellent comme ça depuis longtemps. Il y a ce côté droïde et énigmatique qui me plaît. On a l’impression que c’est un blaze de rap ou un projet électro, mais en fait non, c’est une fille qui chante. Ça peut paraître très bizarre et froid mais, en fin de compte, c’est plutôt intime.

Ta voix fait penser à celle de Clara Luciani, tes chansons se rapprochent parfois de celles d’Isabelle Adjani et il y a quelque chose de très rap dans ta façon d’écrire, avec beaucoup d’images. Quels sont les artistes qui t’influencent ?

Mes goûts musicaux sont très éclectiques. J’ai écouté pas mal de chanson française, notamment de grandes figures féminines telles que Brigitte Fontaine, Barbara ou les Rita Mitsouko. Cet alliage entre langue et folie et ce pouvoir d’amener les gens à danser sur des choses pas forcément drôles me plaît beaucoup. J’aime aussi la musique américaine, plus produite, comme celle de Kanye West, et j’écoute beaucoup de musique brésilienne, d’Amérique latine, avec des instruments à vent, du saxophone et de la clarinette.

Tu as travaillé sur ton premier EP Des rêves avec le producteur Tristan Salvati [qui a déjà travaillé avec Angèle, Julien Doré, Louane, ndlr]. Peux-tu nous raconter l’origine de votre collaboration ?

Je savais qu’il avait écouté "Océan Forever" et je commençais à avoir quelques maquettes de morceaux dans mon ordinateur. J’ai invité Tristan à l’un de mes concerts parce que j’avais envie qu’il me voie en live. Nous avons discuté et décidé de faire de la musique ensemble. Selon moi, ça n’a pas de sens de se demander "qui a fait quoi ?" dans la musique. La question est plutôt de savoir si le courant passe ou pas. Avec Tristan, ça a été une vraie rencontre musicale. Nous sommes restés un mois au studio et avons enregistré 17 morceaux.

Pochette de l’EP "Des rêves".

À quel moment sais-tu que des paroles sont bonnes et qu’il ne faut plus y toucher ?

C’est une question passionnante et difficile. Je n’aime pas quand les phrases ne cessent de s’expliquer et de se justifier. Je trouve, au contraire, que les chansons les plus simples sont les plus belles. "Le Jardin d’hiver" d’Henri Salvador, par exemple : si on enlève un mot, ça ne tient plus. Au début, il y a toujours une flopée de mots qui arrivent mais il faut ensuite en conserver l’essence. Il y a toutefois des chansons plus bavardes et on ne peut pas toujours aller au degré d’essentialité ultime.

Comment décrirais-tu ton univers artistique ?

Il est à la fois lyrique et enragé, ce sont les deux pendants de ma personnalité.

As-tu déjà fait des concerts ?

Quelques-uns. Plusieurs dates en solo quand j’ai sorti "Océan Forever", puis lorsque j’ai participé à un projet de reprises de Léo Ferré. La scène est l’endroit où j’ai rencontré la plupart des gens qui m’entourent à présent. Dommage qu’il y ait un ventre mou aujourd’hui…

Comment vis-tu cette période de pandémie ? Dans quelle mesure affecte-t-elle ton travail d’artiste ?

C’est très violent parce que nous vivons dans un pays où la culture était autrefois particulièrement fastueuse : c’est moins le cas aujourd’hui. C’est triste de se dire qu’elle ne fait plus partie des "essentiels". En ce qui concerne mes projets personnels, je devais commencer une tournée, mais elle a été mise en pause comme plein d’autres choses. Je continue de composer en vue d’un premier album, qui sortira peut-être en 2021. C’est une période bizarre mais j’espère que nous continuerons tous à nous battre pour trouver des solutions.

Sur quel label es-tu signée ?

Je suis signée chez Naïve.

As-tu des axes de progression ?

J’en ai plusieurs. J’adore apprendre et je suis une adepte de l’école "plus tu sais, plus tu peux faire avec les autres". En ce moment, j’apprends plein de choses sur la production. Je travaille sur Ableton comme une grosse geek mais cela ne veut pas dire que j’ai envie de produire moi-même ma musique. Je suis heureuse de voir que lorsque j’atteins un objectif, il y a toujours d’autres portes à ouvrir pour aller plus loin.

Quelles seraient les meilleures conditions pour écouter ta musique ?

Deux endroits me viennent en tête. La voiture, car j’ai toujours voulu écrire des chansons pour les écouter en roulant et en chantant les paroles à tue-tête, ou la plage, ambiance océan Atlantique. J’ai passé pas mal de temps, à des moments charnières de ma vie, près de l’océan, pour relancer la machine. J’aime écouter de la musique dans ces endroits-là.

Que dirais-tu aux lecteurs de Konbini pour les convaincre d’écouter ta musique ?

Je leur dirais que j’aimerais les inviter à un concert, pour qu’ils puissent vivre cette expérience avec moi. Ce que j’aime le plus, c’est chanter mes morceaux les yeux dans les yeux. S’ils veulent qu’on leur raconte des histoires et qu’on aille les chercher jusqu’aux tréfonds de leur âme, ils seront les bienvenus.

Quels sont tes projets futurs ?

Je travaille sur de nouveaux clips et sur mon premier album ! Autrement, je fais aussi de la musique à l’image, je travaille notamment sur des projets de documentaires.

Un mot de la fin ?

Ça fait un bien fou de parler de musique ! J’espère qu’on pourra bientôt en entendre partout et danser dessus…

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