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Warm Up : voici Myra, la touche de soul qu’il manquait au rap français

Publié le

par Joséphine de Rubercy

©Rayan Nohra

Dans Warm Up, on réalise un focus sur des artistes dont vous allez (sûrement) entendre parler dans les mois à venir.

Lorsqu’elle fait de la musique, Myra flirte avec la soul, le rap et R'n'B, et vagabonde entre acoustique et digital, entre intimité et universalité. C’est ce qui fait d’elle une artiste à part entière, unique en son genre. Cette chanteuse de 23 ans aime parler des gens, de ce qui l’entoure et l’inspire, tout en restant toujours très connectée aux sentiments humains. Car ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est interpréter des textes qui ont du sens à ses yeux.

Influencée par le rap et la soul, Myra s’imprègne aussi d’afro, de bossa et de samba. Avec un univers artistique intimiste et chaleureux, elle tient à s’entourer de la simplicité de la guitare et du piano, et à se sentir proche des gens. Ses racines soul se marient harmonieusement avec son affection pour la musique urbaine. La jeune artiste décrit elle-même sa musique comme un mix d’organique et d’autotune. Et ça fonctionne. 

On vous laisse découvrir la prometteuse Myra.

Konbini | Qui es-tu ?

Myra | Je m’appelle Myra. Je suis née le 7 septembre 1997 et j’ai grandi en région parisienne. Maintenant, j’habite dans le 10e, à Paris.

Quand as-tu commencé la musique et pourquoi ?

J’ai découvert la musique pendant mon enfance, grâce à mon papa. Il joue du piano depuis qu’il est petit, et c’est lui qui m’a appris à en jouer. Ensuite, à l’adolescence, je me suis mise à apprendre la guitare toute seule. Et depuis que je suis toute petite, je chante, j’écris, je compose. Jusqu’à mes 15 ans, c’était des choses assez simples. Faire de la musique, ça me fait du bien, ça canalise mes émotions, mon énergie. À partir de mes 15-16 ans j’ai décidé de concrétiser tout ça en studio donc je me suis mise à développer mes projets par moi-même.

©Margaux Birch

Qu’est-ce que tu faisais avant ?

J’étais et je suis toujours comédienne. J’ai commencé l’acting très tôt, à 12 ans. En parallèle, j’ai fait un bac pro mode au lycée, "métiers de la mode et du vêtement", et dès que j’ai eu mon bac, j’ai enchaîné les petits boulots. J’ai été vendeuse, animatrice dans les supermarchés, pour Noël, je vendais du foie gras (rire), j’ai été standardiste, ouvreuse... Ensuite, mon métier de comédienne m’a pris plus de temps donc j’ai arrêté les petits boulots. Aujourd’hui, la musique a dépassé l’acting, progressivement ça prend de la place.

Quand est-ce que tu as été découverte ?

Du côté de l’acting, j’ai commencé par faire des castings, j’ai eu un agent et ça s’est fait tout seul. Au bout d’un moment, on connaît ton nom, on te rappelle pour des projets, etc.
En musique, j’ai été découverte le jour où j’ai atterri dans un studio. C’était en 2016 au studio Goldstein, à Montreuil. J’ai rencontré le producteur Johnny Ola et on s’est très vite lié d’amitié artistique. On a bossé sur un EP de sept titres qui s’appelle Pictures. Ça a été ma première expérience de travail et de vie en studio. On a bossé sur le projet pendant un an ou deux, avant de le sortir en 2018. C’est aussi là-bas que j’ai rencontré Mazout, qui est aujourd’hui mon bras droit et producteur musical.

Quelles sont tes influences musicales ?

J’ai une énorme passion depuis que je suis gamine pour toutes les grandes chanteuses des années 1950 à 1970. Mes reines, c’est Nina Simone, Cesária Évora, Sade mais aussi Erykah Badu. Ces quatre nanas-là m’inspirent énormément dans la manière qu’elles ont de livrer leur voix, d’interpréter, de chanter pour les autres. Je me retrouve dans la façon dont elles racontent des histoires à travers leurs textes. J’apprécie aussi énormément The Internet, que j’écoute à n’importe quel moment. Sinon je me nourris de plein de choses, j’écoute beaucoup de soul, d’urbain, de rap, d’afro et même de la samba, de la bossa.

Peux-tu nous décrire ta musique, ton univers artistique ?

J’essaie toujours de donner un univers intimiste à ma musique, quelque chose de chaleureux. Dans l’interprétation et dans la voix, j’essaie toujours de rester proche des gens. Sinon, je dirais que je suis entre la soul et l’urbain. J’ai une école assez urbaine, dans laquelle je viens mettre des touches plus organiques, des guitares, des pianos. J’aime bien mêler l’organique et le digital.

Comment trouves-tu l’inspiration pour ta musique ?

Je me concentre d’abord sur mes propres ressentis, mes souvenirs, mes émotions spontanées… Mais je la trouve aussi au travers de tout ce qui m’entoure, que ce soit au studio ou dans la rue. Je peux m’inspirer des gens, d’une conversation dans la rue, d’un lieu, d’un trajet, d’un film, d’une prod, d’une lecture…

©Lealyze

C’est toi qui écris tes textes ? Quels thèmes aimes-tu aborder ?

C’est moi qui écris mes textes, oui. Honnêtement, j’écris en permanence et les idées viennent toujours de moi. Parfois, j’écris des textes complets, parfois j’arrive au studio avec des bouts de puzzle… Je travaille beaucoup avec Mazout, j’aime bien qu’il vienne apporter sa lumière et son regard sur mes textes. Mon sujet préféré, ça reste toujours les sentiments au sens large. C’est universel, c’est ce qui nous rassemble tous. Mais j’adore aussi parler du quotidien, de questions un peu plus deep, comme la solitude ou le sens de la vie.

Tu as sorti un EP en solo en 2020, Projet 7, tu peux nous en parler un peu ?

Avant Projet 7, je venais de sortir un premier EP, Pictures, avec un producteur de rap. Mais j’avais très envie de revenir à mes sources, un truc plus intime avec des guitares, du piano… J’ai donc sorti Projet 7, parce que 7 est mon chiffre fétiche et que je voulais montrer que c’était un projet personnel.

Ton dernier titre, “Sur l’écran”, est sorti le 12 mars, quelle est l’histoire de cette chanson ?

L’histoire est plutôt cool. On s’est confinés ensemble avec Mazout, histoire de bosser à fond. Il me dit "tu veux pas essayer de rapper vite", parce que je parle vite dans la vie. C’est parti comme ça, en exercice de style. Adolescente, j’écoutais beaucoup de rap français, même si je ne suis pas de cette école, donc je me suis dit "allez, je suis partante pour le challenge". Et le titre est né comme ça.

Pourquoi être passée de l’anglais au français ?

J’ai toujours écrit en anglais, c’est une langue que je maîtrise bien. Je n’avais pas envie d’écrire en français, il n’y avait rien qui me venait. Et puis un soir, en Camargue, je suis dehors, en train de regarder les étoiles, et le moment de vie est fou. J’ai eu besoin de me vider la tête donc j'ai posé mes pensées sur papier, en français. J’ai fait tourner le truc en rimes et en deux secondes ça m’a débloquée, ça m’a ouvert un champ des possibles. J’ai eu l’impression de me trouver dans mon style d’écriture et depuis, je me régale en français, c’est une langue très riche et ma langue maternelle.

Parmi tous tes morceaux, duquel es-tu la plus fière et pourquoi ?

Je vais dire "Blue People" sur mon EP Projet 7, parce que c’est celui qui fait le plus honneur à mes racines musicales. C’est un de mes titres qui met le plus en avant la voix et c’est un des textes qui me tient le plus à cœur. Il parle des gens malheureux et c’est un sujet très important pour moi.

Ça fait quoi de débuter sa carrière en temps de pandémie ?

J’ai jamais autant bossé que depuis la pandémie. Vu que j’ai plus de temps, j’en profite pour avancer sur mon projet musical – car je produis tout ce que je fais. Après, c’est sûr que ça me limite en termes de production, mais j’ai une belle équipe autour de moi et on arrive à rendre encore possible certaines choses, donc on est heureux. On sort des projets, on tourne des clips… On ne va pas se plaindre.

Tu as déjà pu faire de la scène et rencontrer ton public ? Comment un jeune artiste comme toi aborde-t-elle la scène en ces temps de Covid ?

J’ai fait un concert une semaine avant le premier confinement. C’était vraiment de la balle. On a passé un bon moment et j’ai hâte de pouvoir remettre ça, de partager un vrai moment avec les gens. L’énergie des concerts me manque. En attendant, on essaie de rester au maximum connectés avec le public et on prépare à fond la sortie de pandémie. Là, on est en train de réfléchir à faire un concert en live sur les réseaux.

Tu es signée sur quel label et depuis quand ?

Je suis, pour l’instant, en autoproduction depuis quatre ans. J’ai tout financé moi-même et j’ai toujours travaillé avec mon équipe. On verra pour la suite.

Quels sont tes projets ?

Je prépare un nouvel EP qui va sortir cette année, on n’a pas encore de date. Je compte sortir quelques singles d’ici là.

Un petit mot pour Konbini ?

Force à vous et force à nous tous en ces temps difficiles… À tous ceux qui ne me connaissent pas, passez nous voir les gars, on passe un bon moment tous ensemble ! Et merci Konbini !

Lui aussi à un petit mot pour Konbini. Spinnup, le distributeur de Myra a rapidement accroché à la plume engagée, l'univers artistique si particulier et le talent incontestable de celle qui n'était alors qu'une graine d'artiste :

Nous l’avons tout d’abord repérée avec sa voix de velours lorsqu’elle a distribué son premier EP en anglais via Spinnup. Mais c’est avec ses nouveaux titres en français qu’elle se révèle davantage aujourd’hui et renforce l’intérêt de sa communauté : plus de 70 % des personnes qui écoutent sa musique sur les plateformes de streaming sont des femmes. Son dernier titre "Sur l’écran" vient confirmer ces statistiques : ce n'est pas pour rien qu’on voit un gang de meufs hyper cool dans le clip.

Spinnup permet aux artistes émergents et autoproduits de distribuer leur musique sur les plateformes de streaming et tenter de se faire repérer par les directeurs artistiques des labels d’Universal Music.

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