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Warm Up : si les jumelles de Shining faisaient de la musique, elles s'appelleraient Let's Eat Grandma

Publié le

par Théo Chapuis

Avec WARM UP, focus sur un artiste dont vous entendrez sûrement parler dans les mois à venir. Aujourd’hui, place au duo britannique Let's Eat Grandma et à son univers inquiétant, mais confortable et vaporeux. On vous a organisé un speed dating avec elles en dix questions et un clip.

Pénétrer l'univers étrange de Let's Eat Grandma n'est pas si simple, vous êtes prévenu.

"Mais qui c'est, ces deux-là ?", voilà, en gros la question que l'auteur de cet article s'est posée en tombant sur le clip à la fois macabre et douillet de "Deep Six Textbook". On y découvre les mystérieuses Let's Eat Grandma, deux inquiétantes jeunes filles tout en cheveux qu'on dirait jumelles. Elles se tapent dans les mains comme les fillettes dans les cours de récréation avant de tomber à la renverse, comme pour jouer à faire les mortes, sur le sable gris d'une plage déserte.

Seuls d'étranges synthés accompagnent les voix haut perchées de Rosa et Jenny, évoquant les timbres de Kate Bush ou de Björk. Un peu comme devant l'Ophélie du peintre John Everett Millais, c'est le malaise qui s'empare de nous face à cette musique au charme funèbre... Pourtant, admettez-le, c'est diablement attirant :

On a rencontré les deux très jeunes musiciennes, de passage à Paris le 28 avril pour une première date française aux Trois Baudets, en amont de la sortie, en juin, de I, Gemini. Bande-son lo-fi et réverbérée d'un Alice au pays des merveilles pour la génération Snapchat, cet album dépeint une traque inlassable de l'enfance perdue et de ses mystères. Let's Eat Grandma se joue des étiquettes et braconne allègrement sur les domaines pourtant très balisés du rap, du rock, du R'n'B, de la synthwave et même de la musique classique. Le seul fil rouge ? Une mélancolie douce et tenace, ce sentiment de ceux qui ne sont parfaitement à l'aise que dans l'univers qu'ils se sont créé pour s'échapper.

Avec leur singulier premier album, Rosa et Jenny ont-elles inventé le "post-goth" ? Aucune idée. Ce qui est certain, c'est que Let's Eat Grandma est à la musique ce que les deux jumelles de Shining sont au film de Stanley Kubrick : une apparition sinistre, mais terriblement magnétique.

Qui êtes-vous ?

On est Let's Eat Grandma et on fait de la musique bizarre. On s'appelle Rosa et Jenny, et on a 17 ans. En gros, on utilise plein d'instruments différents pour jouer de la musique qui combine plusieurs styles, on les échange beaucoup sur scène. On a un peu une relation de jumelles, aussi.

D'où venez-vous ?

De Norwich en Angleterre. C'est à peu près à 300 kilomètres au nord de Londres.

À part de la musique, que faites-vous dans la vie ?

De la musique ! On est dans une école de musique, mais on y est pas allées souvent ces temps-ci. On est en tournée alors on voyage, plutôt. Mais on aime bien l'école.

La musique, vous avez commencé quand ?

On fait de la musique depuis qu'on est enfants. Moi j'ai fait du piano quand j'avais huit ans, Rosa fait du saxophone depuis l'âge de 11 ans. Mais ça fait quatre ans qu'on joue ensemble, depuis l'âge de 13 ans. On s'est dit que Rosa avait une guitare, moi un ukulélé, on a voulu faire des chansons.

Ce n'est pas un peu jeune pour former un groupe ?

La plupart des gens veulent former un groupe parce qu'ils voient d'autres groupes et se disent qu'ils adoreraient être ce qu'ils voient sur scène. Mais nous on était déjà amies, on faisait déjà de petits films, on créait de l'art. La musique est venue parmi d'autres disciplines, mais c'est celle dans laquelle nous avons le plus progressé.

Les deux musiciennes de Let's Eat Grandma ne sont pas des jeunes filles de 17 ans comme les autres. (© Francesca Allen)

De combien d'instruments savez-vous jouer ?

On joue du clavier, de la guitare, du saxophone, du xylophone, de la batterie, de la mandoline, du violoncelle... On ne joue pas parfaitement de tout, mais on expérimente avec. On n'est pas des musiciennes très techniques mais montrer qu'on est fortes pour jouer d'un instrument, ce n'est pas ce qui nous intéresse.

Qu'est-ce que vous écoutez ?

Toutes les sortes de musique. C'est une question difficile, en fait... Récemment, on a écouté pas mal de vaporwave. C'est un microgenre assez neuf. Quand on était petites, on écoutait beaucoup de vieux trucs que nos parents passaient. En grandissant, on a écouté plus de pop music. C'est peut-être pour ça que notre musique sonne à la fois vieille et neuve à la fois.

De quoi parle votre musique ?

Il n'y a pas de message général, plutôt de nombreuses petites histoires dans chacune de nos chansons.

Et de quoi parlent ces petites histoires ?

Elles parlent de se construire son propre monde, parce qu'on est très proches toutes les deux et ça nous sépare des autres d'être si proches. Ça parle beaucoup de s'échapper, de créer pour s'échapper de la réalité. Ça marche mieux quand tu es plus jeune, c'est un truc que les enfants font mieux, quand ils jouent par exemple... En grandissant, nous ne perdons pas cette créativité, mais il faut admettre qu'elle change.

Quelles seraient les meilleures conditions pour écouter Let's Eat Grandma ?

Dans l'obscurité. Tu peux être accompagné pour nos chansons un peu rythmées, mais il faudrait que ce soit dans le noir quand même, tu ne devrais pas pouvoir voir les autres. Pour d'autres chansons, il faudrait être à la plage, mais pas une plage ensoleillée : il faudrait qu'il fasse gris. Un peu comme dans notre clip "Deep Six Textbook", en fait !

Suivez Let's Eat Grandma sur SoundcloudFacebook et Twitter. Leur premier album, I, Gemini, sort le 17 juin chez Transgressive.

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