© Carl Amiard

Découvrez Johnny Jane, le renouveau de la variété au spleen d'une jeunesse qui se cherche

Dans Warm Up, on réalise un focus sur des artistes dont vous allez (sûrement) entendre parler dans les mois à venir.

Une voix nonchalante mais caractérielle, qui porte avec justesse des textes aussi simples que puissants. Johnny Jane nous invite dans un univers mélancolique et intime dans son premier EP, Au pire c’est rien, sorti ce vendredi 27 mars. Du haut de ses 21 ans, le jeune homme chante son spleen, et les troubles d’une jeunesse qui cherche ses repères.

En puisant ses inspirations dans des genres aussi différents que le rap ou la musique classique, Johnny Jane crée une musique universelle, dont la résonance semble à l’épreuve du temps. Un projet qui touchera profondément les jeunes adultes, perdus entre les restes de l’adolescence et la responsabilité. La variété française a trouvé sa relève.

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Konbini | Qui es-tu ?

Johnny Jane | Johnny Jane.

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D’où viens-tu ?

J’ai grandi à Orléans, à mes 18 ans je suis parti vivre à Bruxelles, et maintenant je vis à Paris.

Où et quand es-tu né ?

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Je suis né le 14 avril 1998 à Orléans à 00 h 30, je suis donc Bélier ascendant Sagittaire !

Quand et comment as-tu commencé la musique ?

Mon père faisait beaucoup de piano à la maison, alors je voulais en faire aussi. À 6 ans, j’ai commencé la musique au conservatoire d’Orléans. Je rêvais de devenir un grand compositeur, mais je ne travaillais pas assez. Du coup, j’ai arrêté le conservatoire en 3e et j’ai appris la batterie et la guitare pour devenir rockeur. En première, on m’a dit "le rock, c’est fini", du coup j’ai voulu faire du rap mais je n’étais pas crédible, donc je fais de la variété !

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Que faisais-tu avant ?

Avant de me mettre à fond dans la musique, j’étais aux beaux-arts de Bruxelles, je faisais beaucoup de photos et vidéos.

Tu as vécu à Orléans puis à Bruxelles, c’était comment de venir à Paris ?

J’avais déjà passé pas mal de temps à Paris, j’avais ma grande sœur qui étudiait ici et pas mal de potes, mais j’ai quand même mis du temps à trouver ma place. J’ai beaucoup déménagé. En deux ans, j’ai connu cinq appartements différents, mais maintenant, ça va, je suis bien.

© Carl Amiard

Comment as-tu été découvert ?

Mes colocs m’ont parlé de l’accompagnement Variation(s) que propose FGO Barbara [un centre musical qui soutien les créateurs, ndlr], j’ai envoyé quelques chansons puis j’ai eu un entretien et j’ai été pris. J’ai eu beaucoup de chance, ils ont permis à mon projet de devenir ce que je voulais qu’il devienne. Par la mise à disposition de studios, les intervenants, de bonnes rencontres, mais aussi en approfondissant avec moi là où je voulais aller.

Quelles sont tes influences musicales ?

Je m’inspire beaucoup de la chanson française pour les textes, principalement Gainsbourg et Barbara. Après, j’aime bien m’inspirer du classique pour les harmonies comme Chopin ou Schubert. J’écoute aussi de plus en plus de rock, je me rends compte que je n’y connaissais pas grand-chose, les Pink Floyd, Queen, Radiohead. Harmoniquement et dans les constructions, c’est extrêmement riche. Sinon je suis fan de SCH.

Ton pseudo est un hommage à Gainsbourg, que représente-t-il pour toi ?

En effet, "La Ballade de Johnny Jane" est une chanson que j’ai beaucoup entendue quand j’étais petit parce que mon père la jouait au piano. Gainsbourg l’a écrite pour Jane Birkin suite à son film Je t’aime, moi non plus. Dans le film, Johnny est un personnage androgyne joué par Jane Birkin. C’est ce que j’aime dans ce pseudo, moitié homme, moitié femme. Après, en France, Johnny fait aussi référence à Johnny Hallyday, que j’adore.

© Carl Amiard

Dans ton EP, tu parles des potes, des meufs, etc. Le quotidien semble être une source d’inspiration pour toi...

Oui, absolument. Dans mes textes, je parle de moments que j’ai vécus ou d’émotions que j’ai connues avec les mots les plus simples possible. Au début, quand j’écrivais, c’était l’inverse, il n’y avait que des mots que je n’avais jamais utilisés auparavant et ça n’était pas sincère. Je crois que pour moi l’écriture est un exutoire, j’en ai besoin, c’est pour ça que je parle souvent de choses intimes.

Tu parles également beaucoup de toi-même, est-ce indispensable d’avoir du spleen pour écrire ?

Je ne peux pas écrire n’importe quand, c’est vrai, mais je ne dois pas forcément être mal pour ça. J’ai déjà écrit beaucoup de mauvais textes parce que je ne savais pas dès le début où je voulais aller, et parfois, inversement. C’est très aléatoire. Mais je dois reconnaître que le bonheur m’aide rarement.

Tu as un univers très mélancolique, l’es-tu dans la vraie vie ?

Non, pas tant que ça. Je suis souvent très joyeux. Mais parfois, j’ai des moments où je suis moins bien, et c’est la plupart du temps là que j’écris, parce que j’en ai besoin. Et quand tout va bien, je crois que je n’ai pas grand-chose à écrire, ou du moins ça ne me semble pas intéressant.

Au pire ce n’est rien : on se rend compte que c’est très cynique comme titre quand on écoute tes chansons. Ton projet est-il cynique ?

Je crois que j’ai choisi ce titre parce que j’avais besoin de légèreté, et peut-être un peu de provocation, c’est vrai, mais au fond, ça a beaucoup de sens. Parce qu’avec ce projet, je m’expose à des critiques, à des jugements, à un échec, et à d’autres choses. Ce titre est surtout là pour me rassurer.

T’es signé dans quel label ?

J’ai fait le choix pour l’instant d’être en indé, même si je suis bien aidé par Idol, mon distributeur.

Quelles seraient les meilleures conditions pour écouter ton EP ?

En marchant seul, c’est pas mal je pense. Le mieux, c’est de l’écouter en entier pour vraiment tout comprendre, c’est un peu comme une histoire. Sinon, en soirée pour virer les gens.

Si tu devais convaincre les gens d’écouter ta musique, tu leur dirais quoi ?

C’est chouette.

Tes futurs projets ?

Ça fait plusieurs mois que je travaille sur un plus long projet qui s’appellera JTM, j’espère pour la fin de l’année.

Le mot de la fin ?

C’est que le début.

Par Hong-Kyung Kang, publié le 30/03/2020