À la découverte de Jäde, la nouvelle sensation du R'n'B français

On a posé quelques questions à la prometteuse artiste originaire de Lyon qui sort ce vendredi son EP Première fois.

Le R’n’B français a connu un joli regain de forme ces dernières années, porté notamment par des artistes telles que Bonnie Banane ou Enchantée Julia. Une tendance dans laquelle s’inscrit Jäde, nouvelle venue qui vient de lâcher un EP très convaincant, intitulé Première fois ce vendredi 15 mai sur les différentes plateformes de streaming.

Un projet tout en relief alliant un R’n’B langoureux et une pop sensuelle, tout en s’aventurant parfois dans une trap bien plus brute. Après des collaborations avec le collectif Lyonzon, Lala &ce mais aussi Nelick, la jeune chanteuse était prête à prendre son envol. De ses débuts sur SoundCloud à son nouveau projet, en passant par ses textes empreints de légèreté, entre humour et amour, Jäde vous présente son charmant et délicieux univers.

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Konbini | Qui es-tu ?

Jäde | Salut ! Je m’appelle Jäde et je fais du son sur mon ordi. 

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Où et quand es-tu née ? 

Je suis née dans les années 1990, une nuit d’été à Lyon.

Quand et comment est-ce que tu as commencé la musique ?

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J’ai commencé vers dix ans avec ma sœur, elle jouait de la guitare et je l’accompagnais.

©Pictures and Motion Studios

Qu’est-ce qui t’as donné envie de faire de la musique ?

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Rien en particulier. Créer des chansons c’est comme une évidence pour moi, j’ai l’impression de ne rien savoir faire d’autre.

Qu’est-ce que tu faisais avant ?

Avant, je m’ennuyais en cours. Je faisais des plans pour échapper à la vie "lambda" et atteindre mes rêves. Je faisais des études dans le multimédia, puis j’ai travaillé dans une salle de réalité virtuelle pendant quelque temps. C’est marrant au début de s’amuser dans un monde virtuel, tu peux être qui tu veux, faire ce que tu veux. Puis je me suis dit que ce serait quand même mieux de s’amuser dans la vraie vie. J’ai toujours été passionnée par le digital. J’ai trouvé ma place quand j’ai ouvert Logic Pro X.

Quelles sont tes influences musicales ?

Au lycée j’écoutais énormément The Weeknd ou FKA twigs. C’est un R’n’B à la fois très doux et brutal, qui dégage une forte sensibilité. Quand j’étais plus jeune, mon père mettait souvent dans la voiture les disques de Barbara, Alain Bashung, etc. J’ai pris goût à la chanson française. Aujourd’hui, je m’inspire pas mal de la scène rap actuelle. 

Comment as-tu été découverte ? 

Je pense que tout a démarré via SoundCloud en 2017, quand je poste ma première chanson en français "Miel". Soundcloud est un super réseau social, ça m’a vite permis de construire une mini-communauté. Ça m’a aussi permis de rencontrer et travailler plus facilement avec d’autres artistes. Je m’y sens comme à la maison. Avant je faisais très attention à ce que je postais, aujourd’hui je réfléchis moins, c’est plus par spontanéité. C’est la version brute de ma musique. Je vais poster des sons que j’ai la flemme de travailler en studio mais que je trouve cool. Encore aujourd’hui, je découvre des artistes pas connus du tout mais qui sont trop chaud, c’est rempli de diamants bruts. C’est pour les diggers comme moi. 

Comment tu décrirais ton univers artistique ?

Éclectique. 

Qu’est-ce que tes textes disent de toi ?

Je parle principalement de ma vie, de mes expériences. Ce sont des histoires parfois très personnelles. Je parle d’amour, de mes aventures avec les garçons. Je parle beaucoup de mes émotions. Mes chansons disent de moi que je suis à la fois une fille fragile et une femme forte.

©Fifou

Tu te considères comme une romantique ? 

Ouais, j’ai trop regardé de films dans mon enfance, mais aujourd’hui j’ai compris que la vie c’est pas Disney. Je n’ai pas besoin qu’on m’offre des roses pour me sentir bien ou aimée.

Le clip de "Docteur", c’est une ref à Première consultation ? 

Un peu oui, la chanson ne raconte pas la même chose mais j’ai beaucoup écouté Première consultation. J’aime énormément les storytellings surtout quand c’est raconté avec humour.

Comment est-ce que tu composes ?

Soit je commence une prod' chez moi, soit j’écoute ce que des beatmakers m’envoient. Je commence par topliner, j’enregistre les premières mélodies qui me viennent en tête directement. Ensuite je vais dans "Note" et j’écris par-dessus. Je pense à un thème, j’aime bien écrire avec beaucoup d’images et de métaphores. Je peux aussi parler d’un fait personnel qui m’a marquée et que j’ai besoin d’extérioriser. 

Comment as-tu appris à jongler entre R’n’B et trap ? 

Je suis une fille de la chanson à la base, mais j’ai toujours écouté du rap et de la trap. J’avais envie de faire quelque chose dans ce délire-là, mais je n’osais pas trop. Je pensais ne pas pouvoir être crédible dans ce style. C’est con, mais quand t’es une fille et que t’arrives avec un délire "rap", vu que c’est pas trop commun en France, on va vraiment te regarder et être plus sévère sur le jugement. Finalement, c’est mon entourage qui m’a poussée et soutenue dans cette direction. Notamment le rappeur Gouap de Lyonzon, qui a produit mon premier son dans ce style "Lundi mardi". Comme j’ai eu des retours sympas, ça m’a grave motivée à continuer. C’est une trap féminine, je chante toujours avec ma petite voix aiguë, ce sera jamais très différent de mes chansons. C’est juste les prod' qui tabassent un peu plus. 

Comment vous avez bossé les prod’ avec les différents producteurs ?

Sur cet EP, j’ai travaillé à plusieurs reprises avec Schumi1 avec qui j’ai un bon feeling musical. J’aime bien passer du temps chez lui, on démarre généralement ensemble les prod'. Il fait tout et moi je donne mon avis à côté. Il a ce côté multifacette comme moi, on ne se prend pas la tête. On fait de la musique avant tout pour s’amuser. Je lui ai dit : "Viens on fait une trap de gogole" et ça a donné "Longtemps" (rires). Si demain je lui dis : "Prends ta guitare on fait de la country", je sais qu’il va me suivre dans mon délire.

Il y a aussi Kofie bae sur "Satin" et "Docteur". J’aime beaucoup ses prod parce qu’il a une couleur très particulière. C’est très "sucré vintage". Je suis tombée par hasard sur sa chaîne YouTube et ensuite je lui ai envoyé un DM pour collaborer. Ça matche bien quand je fais des chansons à l’eau de rose. Enfin il y a Negroide, il m’envoie souvent des prod très R’n’B cloud, et je pense que c’est le style que je maîtrise le mieux.

Tu penses quoi de la scène R’n’B française d’aujourd’hui ?

Il y a de plus en plus d’artistes féminines dans ce genre "new R’n’B", je trouve ça super cool. Ça ramène de la fraîcheur ! Aujourd’hui on sait très bien qu’il n’y a plus de barrières musicales, un rappeur peut poser sur de la pop, une chanteuse de R’n’B peut faire de la trap… Moi je garde l’étiquette de "chanteuse de R’n’B", je trouve ça plutôt stylé en vrai. C’est la même étiquette que pour Aaliyah ou Cassie, je ne vais pas me plaindre.

Tu as sorti un autre projet il y a deux ans.

C’était une mixtape un peu faite maison avec les moyens du bord. Je parlais déjà (trop) d’amour, c’était un peu timide mais j’en garde un bon souvenir.

Comment abordes-tu la scène ?  

Comme sur mon projet, il y a des musiques de rap et des chansons françaises. Ça fait un peu "une scène, deux ambiances" (rires). On commence par des choses un peu mielleuses, pour finir en turn-up. Je suis accompagnée d’un DJ et de deux musiciens pour garder une certaine musicalité.

T’es signée sur quel label ?

Je suis signée sur le label indépendant Entreprise qui bosse avec le label ALSO chez Sony.

Quelles seraient les meilleures conditions pour écouter ta musique ?

Avec des écouteurs… (oui, voilà mon humour)

Si tu devais convaincre les gens d’écouter ta musique, tu leur dirais quoi ?

Peu importe ce que tu aimes dans la musique, tu trouveras au moins une chanson qui va te plaire dans le projet. Il y en a vraiment pour tous les goûts.

Tes futurs projets ? 

J’aimerais bien faire encore plus de studio et de collaborations à l’avenir. J’essaie de m’ouvrir un peu plus aux autres. J’ai encore pleins de choses à raconter, je continue d’écrire chaque jour. 

Le mot de la fin ?

J’espère que tu vas kiffer l’EP, bisous.

©Pictures and Motion Studios

Par Guillaume Narduzzi, publié le 15/05/2020