©Charlotte Rutherford

Avec sa voix unique, Asakura est définitivement le rappeur le plus ASMR du game

Dans Warm up, on réalise un focus sur des artistes dont vous allez (sûrement) entendre parler dans les mois à venir.

Plus les années passent, plus le rap se démocratise. Logiquement, il se nourrit de nouvelles influences pour ne jamais cesser de créer des sonorités nouvelles. D’autant plus que la mentalité des acteurs du milieu évolue, et ils acceptent désormais des artistes avec des profils différents, ainsi que des voix que l’on n’avait pas forcément l’occasion d’entendre auparavant. On peut notamment citer Koba LaD, Gambi ou encore Diddi Trix, qui traduisent à eux seuls cette tendance. C’est aussi le cas d’Asakura, jeune artiste qui nous vient du Sud de la France.

Rapophile français par excellence, il va lui-même tenter de percer par ses propres moyens. Véritable autodidacte, il balance son premier morceau clippé sur YouTube en août 2018. Immédiatement, il sort du lot. Avec sa voix ultra-grave et sa façon de poser absolument unique sur le beat, le jeune artiste attire l’attention des auditeurs – son clip cumule aujourd’hui plus de trois millions de vues – mais aussi celle des labels. Un mois plus tard seulement, il signe avec Mercury. Désormais, il est prêt pour conquérir le game avec ses sons entêtants, sa voix singulière et un second degré à toute épreuve. Rencontre avec un nouvel expérimentateur de la scène française.

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© Charlotte Rutherford

Qui es-tu ?

Je suis Asakura, j’ai 22 ans.

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D’où viens-tu ?

Du Sud de la France, mais je suis à Paris depuis 2015. Je suis monté pour pouvoir faire les cours Florent.

Où et quand es-tu né ?

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Je suis né le 6 juillet 1997 à Cahors.

Quand et comment est-ce que tu as commencé la musique ?

J’ai commencé la musique en janvier 2018, c’est assez récent. J’ai sorti mon premier clip pendant les vacances d’été 2018, le 5 août pour être précis. Mon pseudo vient du nom du personnage principal d’un de mes mangas préférés : Shaman King. Le personnage s’appelait Yoh Asakura. Comme je m’appelle Yohann, ça tombait sous le sens.

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Qu’est-ce que tu faisais avant la musique ?

La musique est vraiment le virage le plus inattendu de ma vie. J’étais sur un tout autre domaine durant les dix dernières années. Je me voyais comédien au théâtre, acteur. Je rêvais de monter sur scène. C’est sans doute pour ça que j’ai fait du stand-up de mes 13 ans à mes 19 ans. C’était une expérience incroyable, et honnêtement, c’était mon premier rêve, de percer dans ce domaine. Mais les aléas de la vie ont fait que je me retrouve aujourd’hui derrière un micro, non plus pour faire des vannes mais pour chanter.

© Charlotte Rutherford

Quelles sont tes influences musicales ?

C’est assez compliqué de répondre. Je ne sais pas si c’est une chance, sûrement pas d’ailleurs, mais je ne suis pas du tout influencé par la musique qui vient des États-Unis. Je suis complètement néophyte dans ce domaine. Par contre, je suis incollable dans ce qu’il se fait ici, en France.

Avant de moi-même faire du son, j’avais une vraie passion pour le rap français. Ce qui fait que je regarde et que j’écoute tout ! Les clips, les albums, les émissions sur YouTube, les podcasts spécialisés, les reviews d’albums. J’aime aussi la scène urbaine hollandaise (Yung Felix, Dopebwoy, Poke…) et je suis de plus en plus en train de me prendre la musique de Burna Boy.

Comment as-tu été découvert ?

Pour mon premier clip, "Karaba", j’ai principalement utilisé YouTube et mes propres réseaux. Grâce à ça, j’ai rapidement pu dépasser le million de vues sans l’aide d’aucun label, ni média, ni partage extérieur. En 100 % organique.

Comment tu décrirais ton univers artistique ?

Je pense que je suis encore en train de me chercher et de découvrir ce dont je suis capable ou pas. C’est comme si j’étais autour d’une table de poker et que je regardais mon jeu. "OK, j’ai cette carte en main, je peux poser sur des instrus club. OK. Quoi d’autre ?"

Comment t’est venue l’idée de rapper de cette manière si singulière ? Comment tu fais sur scène, du coup ?

C’était un accident lors de mon premier morceau, "Karaba". Quand j’ai posé la topline avant d’écrire, j’ai rappé avec une voix toute douce, presque murmurée. Si je me souviens bien, c’était au mois de juillet 2018, j’étais en vacances chez mes parents. J’étais en train d’enregistrer dans ma chambre et ma mère et ma sœur n’étaient pas loin, et je n’avais pas envie qu’elles m’entendent. Donc j’ai posé cette topline à la limite du chuchotement.

Puis, en réécoutant, j’ai trouvé ça frais et j’ai laissé. Je ne me suis pas posé plus de questions que ça. Honnêtement, pour moi, ce n’était vraiment pas important, mais les gens m’en ont tellement parlé que j’ai décidé de poursuivre dans cette recherche de ma voix, jusqu’à découvrir que je pouvais descendre très loin dans les graves.

C’est qui Skuna Boi ?

La maison de disques est venue me chercher en septembre, un mois après ce premier morceau. Le problème, c’est que je n’avais aucun son en stock, vraiment rien. Lors de notre premier rendez-vous, Jim, qui est aujourd’hui l’un de mes DA, m’a proposé d’aller trois jours en studio bosser avec un compositeur.

C’était assez effrayant, car je n’avais jamais travaillé avec personne, "Karaba" étant un type beat que j’avais trouvé sur YouTube. Donc je me retrouve trois jours avec ce mec, Skuna, et on fait le morceau "Tekale", qui est je crois le morceau que les gens aiment le plus de mon répertoire. Depuis un an, c’est un des mecs avec lesquels j’ai le plus taffé.

Je trouve que ce mot est souvent galvaudé, mais Skuna, c’est vraiment un génie. Il sait vraiment tout faire : de l’afro, du club, du banger, de la trap, de la zumba, de la pop, du rock… du rock, quoi ! Il a les toplines les plus folles du game, et puis humainement, je l’aime beaucoup. C’est vraiment un très bon gars avec qui j’espère pouvoir continuer à travailler longtemps.

Tu penses que c’est indispensable d’avoir de l’autodérision dans le game aujourd’hui ?

Ça dépend de ce que tu proposes, ton univers, ton personnage. Après, globalement, oui, aujourd’hui avec Twitter, tu peux te faire terminer à la vitesse lumière. Sur Internet, il y a vraiment des gens marrants qui peuvent faire de toi un meme juste pour une phrase, une parole, un mouvement bizarre dans un clip. Si tu n’as pas de recul sur toi-même, ça risque d’être compliqué.

Tu réalises toi-même tes clips ? Pourquoi tu les sous-titres ?

Les premiers, oui, car je n’avais pas d’équipe. Je faisais ça avec mon photographe et cadreur Léo Odekerken, qui s’est occupé de toute mon image avant ma signature, des clips à mes photos sur Insta. Les sous-titres, c’est pour une raison simple. À cause de ma manière très spéciale de poser, le mix est une étape importante. Quand je donne très peu de volume, c’est compliqué d’avoir de l’intelligibilité. Et comme à l’époque de "Karaba", je n’avais ni la possibilité de faire un mix, ni un mastering, j’ai trouvé ce stratagème pour que les gens puissent suivre. Par la suite, c’est resté, car j’aime le délire esthétique.

Pourquoi avoir fait un rap en "ASMR" ?

Il n’y a pas vraiment de raison. J’étais dans le bureau de mes DA, j’ai dit : "Tiens j’ai une idée." Ils m’ont dit : "Ah ouais, c’est marrant." Trois semaines plus tard, c’était disponible sur YouTube.

Tu es signé sur quel label ?

J’ai signé sur le label Mercury, chez Universal. Je suis le collègue de bureau de Louane et Kendji… Tu as ça toi ? [Rires.] En vrai, ça m’a apporté une structure, des équipes que je n’avais pas. Après, ça peut être compliqué par moments pour moi. Je suis passé de bosser tout seul à une grosse équipe qui englobe plusieurs dizaines de personnes. Comme je suis une vraie tête de pierre, quand j’ai une idée, c’est compliqué de me faire changer d’avis.

Avec qui tu bosses pour les prod' ?

Pour le moment, j’ai bossé essentiellement avec Skuna, Le Side et Ever Mihigo. J’ai aussi pu faire pas mal de choses avec Julio Masidi ou Andrei Mihai, la moitié du duo roumain Shoeba.

© Charlotte Rutherford

Selon toi, quels sont tes axes de progression ?

J’ai envie d’aborder plus de thèmes, et d’améliorer encore mes mélodies.

Artistiquement, à quoi va ressembler la suite ? Tu as commencé à vraiment chanter sur "DOPE" et "DOUMESAL"…

Dans les mois à venir, je vais continuer à développer mon univers : mon but principal est d’ambiancer les gens. Il y aura aussi des ouvertures, que ce soit au niveau du texte ou de la musique. J’ai notamment plusieurs titres entièrement chantés, mais que je garde pour l’instant. Quand ce sera le bon moment, on les sortira.

Quelles seraient les meilleures conditions pour écouter ta musique ?

Avec des grosses enceintes, entre potes, en soirée ou dans une voiture.

Si tu devais convaincre les gens d’écouter ta musique, tu leur dirais quoi ?

Allez streamer mes sons s’il vous plaît, j’ai besoin de rembourser mon avance à la maison de disques.

Tes futurs projets ?

Mon objectif numéro un actuellement, c’est de fournir du contenu à mon public, pour l’élargir. J’ai pas mal de sons en stock. Mixtape, EP… Je ne sais pas encore quelle forme prendra le projet, on est en train d’y réfléchir. Ce qui est sûr, c’est que je vais mettre à disposition du contenu beaucoup plus régulièrement.

Pour moi, le mot album est important. C’est pour ça que je ne veux pas me précipiter, je veux pouvoir l’écouter dans plusieurs années et en être fier. Il arrivera en temps et en heure, quand ce sera le meilleur moment pour moi. J’ai déjà des thèmes de côté pour ce projet, j’y pense beaucoup. Mais une chose après l’autre. D’abord, je veux faire découvrir mon univers au public. 2020 sera aussi l’année de mes premiers pas sur scène en tant que musicien, j’ai tellement hâte.

Le mot de la fin ?

A… S… K… GANG…

Par Guillaume Narduzzi, publié le 13/11/2019

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