Vos oreilles savent-elles faire la différence entre mp3 et son HD ?

Les audiophiles ont-ils raison d'être aussi méprisants envers le mp3 ? Peut-être pas. Grâce à une expérience menée par NPR, on se rend compte que même l'oreille la plus affutée pourrait tout à fait tomber dans le panneau du grand méchant son compressé. 

John Cusack est perplexe

John Cusack est perplexe (Crédit Image : Hight Fidelity)

Vous en conviendrez, le mp3, c'est pratique. Notre comportement "d'écoute nomade" désormais bien installé a intronisé partout ce format inventé à la fin des années 80 : dans l'iPod, dans la voiture et aussi à la maison. Mais honni des audiophiles, ce format audio mérite-t-il vraiment tout le mépris que votre oncle et sa sono à 10 plaques lui accordent ? Est-il si mauvais que le "beau son" en comparaison ? Mieux, vos oreilles savent-elles faire la différence entre ce format compressé et le format sonore haute définition ?

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Le site de la radio américaine NPR vous propose de répondre à un quizz : le sample d'une chanson est joué dans trois formats audio différents. A vous de reconnaître celui qui n'est pas compressé. On vous prévient : c'est dur. Très dur. Et on va tenter de vous expliquer pourquoi.

(Crédit Image : capture d'écran du site NPR)

Cliquez sur l'image pour accéder au quizz (Crédit Image : capture d'écran du site NPR)

"Des tas d'éléments à considérer"

En faisant cela, NPR trolle un peu ses lecteurs – et les nôtres du coup. Car comme les journalistes Tyler Fisher et Jacob Ganz l'expliquent en début d'article, lorsqu'il s'agit de déceler le meilleur son, tout n'est pas qu'une affaire de compression audio :

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Il y a des tas d'éléments à considérer, de la qualité de votre casque audio à la taille de la pièce dans laquelle vous vous trouvez, en passant évidemment par vos propres oreilles.

Étonnant, non ? Eh bien non, pas vraiment. Et cela explique le niveau de difficulté assez élevé du quizz de NPR. Et si parmi les samples proposés figure "Tom Ford", un morceau de Magna Carta Holy Grail de Jay Z, c'est pour une bonne raison : lorsque le rappeur/producteur/milliardaire/pote du Président Obama lançait sa plateforme de streaming Tidal le mois dernier, la qualité du son était l'un des principaux arguments avancés pour que vous lui lâchiez près d'une vingtaine d'euros par mois afin d'en jouir.

À lire : Pourquoi Tidal est un (énorme) flop

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Mais plus qu'un papier subtilement à charge contre le service de streaming des golden boys de la musique des années 2010, cette expérience menée par NPR donne à réagir. En commentaires, c'est la foire d'empoigne entre aspirants ingénieurs du son, audiophiles déclarés, musiciens et oreilles délicates. Mais ils donnent plusieurs indices afin de se rendre compte des différences.

Lorsque les chansons en comportent, une attention accrue au son des cymbales permet de relever la différence. Aussi, on vous conseille d'écouter non seulement attentivement, mais aussi un peu plus fort que d'habitude pour bien saisir le spectre sonore. Reste qu'au bout du compte, la plupart préfèrent être honnêtes et l'écrire sans honte : ils ont lamentablement échoué à discerner les différences.

mp3 superstar

Il faut l'admettre. En 2015, le public s'est habitué au mp3 au point que le format est devenu davantage qu'un standard : c'est un maître-étalon. De nombreux lecteurs de NPR confient avoir choisi à chaque fois la compression en mp3 320kbps parce qu'ils étaient persuadés d'écouter la meilleure version.

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Interrogé dans un excellent article du Monde sur le mp3 daté de 2008, Raoul Bellaïche, animateur de la "belle petite revue" Je Chante, sifflait déjà la fin de la récréation :

Je me souviens bien de cette période où la hi-fi coûtait assez cher mais où le grand public était prêt à des sacrifices financiers pour un bon équipement. Et puis tout a basculé en cinq ou six ans. Très peu de gens ont noté que l'arrivée du MP3 marque la première fois qu'un retour en arrière est présenté comme un progrès. Tout le monde s'est habitué, y compris moi, parce que c'est très pratique.

Eh oui, on vous a forcé à en bouffer, du son compressé : un acousticien cité dans ce même article explique que les "radios de jeunes" utilisent depuis longtemps la compression dynamique qui a tendance à "flouer" l'oreille, "comme une illusion d'optique". Les publicités radio et télé en sont les meilleurs exemples : "Prenez la publicité à la télévisionOn la perçoit comme plus forte, car elle est plus compressée donc plus agressive".

Nous n'avons même pas encore évoqué le simple niveau de compression dynamique, qui n'a cessé d'augmenter d'année en année. Ainsi, les deux chercheurs Yann Coppier et Thierry Garacino se sont-ils rendus compte que le morceau "Rock and Roll" de Led Zeppelin, enregistré en 1971, "n'est que faiblement compressé en comparaison de... "Quelqu'un m'a dit", premier tube de Carla Bruni", en 2002. Nul besoin de rappeler qu'à sa sortie, la chanson de hard rock, elle, était vue comme un des hymnes hard rock les plus violents jamais écrits.

Le débat entre son compressé et son naturel n'en finit pas de faire couler de l'encre. Mais si l'issue du débat est loin de se faire entendre, il fait naître de belles idées. Ryan Maguire, un étudiant de l'université de Virginie, s'est lancé dans une expérience d'audiophilie en creux : il a enregistré une piste constituée uniquement des chutes que la compression mp3 a exclu de “Tom’s Diner”, la première chanson de l'Histoire, selon la légende, à avoir subi le passage au mp3. C'est un test qui secoue.

Vive le live

Enfin, si vous voulez notre avis, entre tonton qui se la raconte avec ses vinyles joués sur son système son délicat et ceux qui s'envoient impunément des liens YouTube hyper-compressés à travers les enceintes rikiki de leur laptop à longueur de journée, personne n'a raison. Le seul endroit où vous serez certain d'écouter de la musique sans compression et vraiment vous en apercevoir, c'est en live. Alors bougez-vous et allez en concert.

L'expérience de NPR est à tenter ici. Si vous faites un mauvais score, ne vous en veuillez pas : à l'issue de cet article, vous avez tellement de prétextes pour trouver des excuses à vos oreilles.

Par Théo Chapuis, publié le 04/06/2015

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