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Voici la folle histoire de l’horrorcore, le rap version horrifique

Publié le

par Aurélien Chapuis

Ou quand 21 Savage rencontre la saga sanglante Saw.

Un mois après le trailer du nouveau film de la franchise Saw, Spirale : L’Héritage de Saw, le rappeur 21 Savage, qui est aussi le producteur exécutif de la bande-son du film, a sorti un clip pour la chanson "Spiral". Le film sera sur les écrans américains le 14 mai, accompagné donc d’un EP de 21 Savage.

Dans cette nouvelle version de Saw, on retrouve devant la caméra des stars comme Chris Rock, aussi producteur du film, ou Samuel L. Jackson. Et ce lien tendu entre rap et horreur en 2021 n’est qu’une suite logique d’une longue tradition dans le hip-hop depuis ses débuts : l’horrorcore.

Le rap a toujours été lié à l’horreur et à la violence, et donc aux films associés. Comme le rap, les films de genre ont envahi les cinémas de quartier américains dans les années 1970 : horreur, fantastique, arts martiaux, action violente, blaxploitation ou porno. Chaque production propose une vision codée à un public déjà conquis, sachant directement ce qu’il va y trouver.

La génération rap, qui commence à émerger au début des années 1980, est totalement immergée dans cette culture, les codes leur paraissent plus proches de leur quotidien, urbain et dur. Le cinéma et la musique se sont ainsi souvent rejoints et influencés tour à tour. Il n’est donc pas étonnant de voir dès les débuts du rap sur disque des références au genre horrifique. Michael Jackson y est pour beaucoup avec son "Thriller", mais dès 1983, Whodini sort deux morceaux dans ce thème, "The Freaks Come out at Night" et "The Haunted House of Rock".

Plus tard, The Fresh Prince alias Will Smith développera avec DJ Jazzy Jeff un morceau en hommage à Freddy Krueger, le méchant du film Les Griffes de la nuit de Wes Craven, véritable phénomène de société. Le style est plutôt festif, pour Halloween, mais le propos est déjà là.

La naissance de l’horrorcore

C’est surtout avec le label Rap-A-Lot qu’un véritable mouvement se développe : l’horrorcore. Les Geto Boys et Ganksta N-I-P sortent alors des morceaux dérangeants parlant de tortures, meurtres et esprits dérangés. Avec "Assassins" en 1988, Johnny C des Geto Boys assène les premières rimes d’un genre entre gangsta rap et films d’horreur qui sera noté comme le premier morceau d’un nouveau genre.

Le groupe va ensuite parfaire ce style avec Scarface, Bushwick Bill et Willie D notamment avec des morceaux comme "Chuckie" ou "My Mind Playin Tricks on Me". C’est d’ailleurs Ganksta N-I-P qui a écrit "Chuckie", preuve qu’il est sûrement le premier rappeur a vraiment écrire le genre horrorcore avec notamment son album The South Park Psycho en 1992 qui débute par un titre équivoque : "Horror Movie Rap".

Dans les années 1990, de nombreux groupes ajouteront un univers extrême et noir à leur musique. C’est le cas notamment avec la scène de Memphis, autour de la Three 6 Mafia qui multipliera les références à des cultes sombres et scabreux.

À la même époque, c’est une autre scène locale qui va en faire son credo : le Midwest. Ainsi, Insane Clown Posse, Bone Thugs-N-Harmony, Tech N9ne et surtout Esham vont proposer des paroles extrêmes et lugubres sur des rythmes sautillants avec des flows saccadés, parfois très rapides. Le tout reprenant très souvent des thèmes célèbres de films d’horreur.

Un courant qui imprègne le rap mondial

Mais les classiques côtes est et ouest rentrent aussi dans la danse de l’horrorcore. Côté Californie, le gangsta rap se transforme souvent en histoires à empêcher de dormir, avec Eazy-E, Cypress Hill, MC Eiht ou Spice 1. Même Ice Cube et Dr. Dre le touchent du doigt en 1994, avec un titre comme "Natural Born Killaz". Mais c’est surtout Brotha Lynch Hung et Insane Poetry qui vont donner ses lettres de noblesse à l’horrorcore californien. Les images sont fortes et difficiles à faire oublier, souvent autour de tueries de masse ou de meurtres en série. La mort plane partout.

À New York, l’horrocore est aussi extrêmement présent au milieu des années 1990 avec un groupe comme Flatlinerz, qui serait d’ailleurs à l'origine du terme "horrorcore" avec son album classique U.S.A. L’autre groupe vraiment exceptionnel dans le genre, c’est Gravediggaz, qui mélange le Wu-Tang de RZA avec l’énergie de Prince Paul du groupe De La Soul. Leur album 6 Feet Deep sorti en 1994 est un véritable classique du genre, entre cimetière, morts vivants et fantômes.

Une tendance toujours actuelle

Au début des années 2000, des rappeurs vont repousser les limites du trash pour emmener l’horrorcore vers une autre sphère. C’est l’avènement d’un circuit indépendant avec des rappeurs comme Cage, Non Phixion ou Necro, dont le rap pouvait être associé à de vrais films d’horreur. Mais le plus connu d’entre eux deviendra une énorme star en racontant des histoires horribles mélangeant famille, violence et manipulation : Eminem est né sur le terreau de l’horreur.

Actuellement, une nouvelle génération de rappeurs est aussi très proche de ses aînés d’horrorcore, avec un univers morbide et une esthétique extrême ainsi qu’une énergie proche du death metal. $uicideboy$, 21 Savage, Bones, Pouya ou City Morgue sont de dignes héritiers de Three 6 Mafia, Gravediggaz et Geto Boys. Avec une autre façon d’agir sur nos peurs et nos obsessions.

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