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Vidéo : quand Thomas Bangalter foutait la merde en studio avec le 113 et DJ Mehdi

Publié le

par Joséphine de Rubercy

Thomas Bangalter et le 113 ©Youtube

Alors que Daft Punk vient d’annoncer sa séparation, retour sur l’histoire de la collaboration entre Thomas Bangalter et le 113.

Fin 2002, le groupe de rap 113 sort son second album, 113 fout la merde. Parmi les quinze titres du projet, une collaboration avec… Daft Punk ! Plus précisément avec Thomas Bangalter, la moitié du duo casqué. Cette collaboration sur le morceau "113 fout la merde", mêlant rap et électro et produite par DJ Mehdi, est pour le moins inattendue.

Elle est d’autant plus unique qu’elle est l’une des seules accordées par le duo de DJ au début des années 2000, bien avant les légendaires featurings avec Pharrell Williams sur "Get Lucky" et avec The Weeknd sur "I Feel It Coming". À une époque où mixer les genres musicaux était inhabituel et où le rap n’avait pas encore son succès actuel, cette association entre un des fondateurs de la French touch et les tontons du bled du rap français Rim’K, AP et Mokobé en a surpris plus d’un. Retour sur l’histoire de ce feat insoupçonné.

En 2002, les Daft ont sorti leur album Discovery un an et demi auparavant, en mars 2001. Fondé en 1993, le duo français connaît enfin le gain de notoriété qu’il attendait avec ce second projet, quatre ans après Homework. Portés par le succès des tubes "Harder, Better, Faster, Stronger", "One More Time" et "Digital Love" notamment, les DJ Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo s’imposent en véritables emblèmes de l’électro et, surtout, comme les pionniers de la French touch.

Au même moment, le groupe du 113, composé des rappeurs de Vitry Rim’K, AP et Mokobé, surfe lui aussi sur une belle vague de popularité. Leur dernier album Les Princes de la ville, paru fin 1999, est une vraie réussite commerciale. Les membres du 113 en profitent pour faire parler d’eux, comme lors de cette cérémonie des Victoires de la musique de l’an 2000 où ils ont débarqué sur scène à bord d’une Peugeot 504 Break. Ils ont reçu le prix de la Révélation de l’année devant un public ébahi et des artistes, majoritairement de variété française, eux aussi déboussolés. Le 113 est alors le groupe de rap à succès de ce début des années 2000.

Bref, deux univers plutôt éloignés, que personne n’aurait imaginé collaborer à l’époque. Comment les Daft, Rim’K et ses acolytes en sont-ils alors arrivés à faire "113 fout la merde" ?

C’est une idée du regretté DJ Mehdi, producteur du groupe de rap, beatmaker de génie et sorte de "quatrième membre du 113", comme nous le confiait Rim’K récemment. Alors qu’ils viennent de faire connaissance, Thomas Bangalter des Daft Punk et DJ Mehdi tissent des liens. "Thomas appréciait le taf de Mehdi et kiffait Les Princes de la ville", explique Rim’K dans une interview accordée à Vice en 2016.

Un jour, alors que DJ Mehdi et les membres du 113 sont en studio, Thomas Bangalter va tout simplement débarquer alors que rien de tout ça n’était prévu. "Mehdi avait fait ce morceau pour le 113 et il nous disait 'j’aimerais bien mettre un vocodeur, est-ce que tu penses qu’on pourrait demander à Thomas ?'", raconte le manager de Daft Punk, Pedro Winter, dans un entretien avec Clique en 2015.

Après un coup de fil, "Thomas a déboulé au bout de deux heures au studio avec son petit synthé, son petit Yamaha, et on a enregistré ça aux Studios de la Seine à Bastille", poursuit-il. "Il est passé au studio à l’improviste", confirme Rim’K à Vice. Avant d’ajouter :

"Ce n’était vraiment pas calculé. Cette spontanéité, c’est d’ailleurs ce qui a permis à ce titre d’être un gros coup : il y a tellement d’autorisations à avoir pour pouvoir figurer aux côtés de Daft Punk que si on avait voulu le faire de prime abord, ça aurait fini par capoter. En revanche, là, c’est un vrai partage musical et un vrai moment de studio : on peut même se dire qu’on a devancé Pharrell sur ce coup."

Finalement, "Thomas a repris le refrain du '113 fout la merde', mais il a rajouté une petite mélodie qui rend le morceau catchy", conclut Pedro Winter. C’est cette petite touche robotique à la Daft Punk qui a donné au morceau tout son éclat. Il sera accompagné d’un clip bien funky dans lequel on voit Thomas Bangalter (casqué bien sûr) en train de mixer, et les tontons du bled qui ne font rien d’autre que… foutre la merde.

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