Vidéo : l'inclassable pianiste LAAKE dévoile le clip de "Melancholia"

Héraut du mélange des genres musicaux, le musicien et producteur dévoile un court-métrage du même acabit, qui zigzague entre sensualité et hystérie.

LAAKE, ou Raphaël Beau à la ville, est une entité double, qui semble parfaitement incapable de décider dans quel univers musical élire domicile. Piano classique, techno hardcore ? Les deux, mon capitaine. Depuis ses premiers singles, en 2016 et 2017, et jusqu'à la sortie de son deuxième EP Piaano, en 2018, ses créations restent obstinément en équilibre entre les genres, sans qu'on sache trop comment tout ça tient ensemble. Mais rien à dire, la structure résiste, set après set, scène après scène, et on est toujours aussi emmerdés quand il s'agit de comprendre les lois de son aérodynamisme.

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Allez, tentons une expérience de pensée : si un Chopin dans la vingtaine avait un jour été englouti par un trou de ver pour atterrir dans le Cardiff jungle de Human Traffic, s'était rasé le crâne, avait troqué la redingote contre le survêt' Adidas, s'était mis à gober des ecstas et avait composé ses Nocturnes en tête-à-tête avec une TR-909 réglée à 160 BPM, éventuellement, ça aurait pu donner du LAAKE. Ou du bruit. Ou un œdème cérébral. Le risque de l'inaudible n'est jamais loin, et c'est ce qui fait toute la préciosité de l'exercice lorsqu'il est réussi. Il nous promet un album symphonique en 2019 ? Pourquoi pas, après tout. À ce stade, tout pronostic serait vain.

Puisque l'époque fait la part belle aux producteurs-couteaux suisses (Thylacine, The Blaze et al.), le Pictavien use d'ubiquité pour contrôler ses propres clips. Rien d'étonnant, donc, que celui de "Melancholia", sorti le 5 novembre, transpose à l'image l'alliage musical que nous propose habituellement le bonhomme. De la sensualité, d'abord, avec de lentes ondulations charnelles qu'on croirait tombées d'une bande-démo de Gaspar Noé, tandis que le piano déploie ses arpèges lugubres. C'est triste et languide comme un songe de Julien Sorel, machine à fumée et lampes à UV en plus.

Puis les deux paumés du clip, déjà abrutis par on-ne-sait-quelles substances, s'essaient à une nouvelle drogue, la Melancholia, et tout s'anime. Sans prévenir, ça se fout sur la tronche, ça dégrade du mobilier urbain comme dans un rêve humide de Gavras et ça baise comme deux gabbers en retour de free au petit matin. Poids, contre-poids, équilibre des forces répulsives : l'ensemble visuel et sonore tient.

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À force de jouer les Janus, le musicien crée une drôle d'expérience musicale, qu'on n'arrive plus à lier à une humeur particulière d'écoute. Même en y réfléchissant bien, on ne voit pas dans quelles conditions (dans la rue ? en faisant la cuisine ? en bossant ? en démolissant des parpaings avec le front ?) écouter un titre comme Melancholia, qui érige une atmosphère sonore pendant près de deux minutes avant de la faire voler en éclats avec la fureur d'un déséquilibré. Et puis les images viennent se greffer aux sons, et le mobile retrouve son équilibre. Quand LAAKE dégoupille, c'est encore plus beau avec les yeux.

Sur scène, c'est très bien aussi, et ce sera le 16 novembre au Badaboum.

Par Thibault Prévost, publié le 06/11/2018

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