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Un album rap de Kobe Bryant refait surface… et il fait grave plaisir !

Publié le

par Aurélien Chapuis

En 2000, le regretté basketteur croisait les rimes avec 50 Cent, Black Thought de The Roots ou encore Destiny’s Child.

Visions, c’est ainsi que s’appelle l’album rap que le regretté Kobe Bryant a enregistré entre 1999 et 2000. Ce devait être alors son premier album en tant que rappeur, mais il n’est jamais sorti malgré un contrat chez Columbia. Un peu par hasard, cet album Visions a refait surface en ligne plus de deux décennies plus tard.

À l’époque, Kobe Bryant veut devenir rappeur et propose un morceau vraiment dans l’air du temps. "K.O.B.E.", avec Tyra Banks, ressemble aux productions des Trackmasters ou des Hit Men, très en vogue à la fin des années 1990. Sa reprise du tube "Everlasting Bass" de Rodney O et Joe Cooley rappelle alors le "Can Nobody Hold Me Down" de Puff Daddy & Ma$e et son interprétation de "The Message". D’ailleurs, Kobe Bryant a prévu le même genre de clip avec Hype Williams mais une prestation catastrophique au All Star Game 2000 coupe court à tous les espoirs.

Malgré tous les efforts, c’est un gros flop. Kobe Bryant veut égaler son collègue des Lakers, le Shaq qui a déjà quatre albums très solides à son actif, avec la crème du rap américain. Mais ça ne prend pas, malgré ses couplets plutôt cool avec les légendes R’n’B Brian McKnight et les Destiny’s Child (Kobe fait même une apparition dans leur clip "Bug-A-Boo"). Shaq l’invitera même en 1998 sur son album Respect et, franchement, Kobe est vraiment plus technique que lui. On donne peu d’amour pour les albums du Shaq alors qu’ils ont toujours leur lot de surprises.

Kobe Bryant lâche tout et se concentre sur le basketball. Il fera très bien au vu de sa carrière exemplaire. Mais à côté de ce single, "K.O.B.E.", un album était déjà en route, et Internet vient de nous le rendre. La bonne surprise se trouve sur les featurings. Il y a déjà sur de nombreux morceaux le rappeur Broady Boy, son pote de collège avec qui il a monté le groupe Cheizaw, en référence à un film de kung-fu. Mais Kobe Bryant y invite aussi Nas et un 50 Cent alors quasi inconnu sur le très bon titre "Thug Poet". Nas n’est là que pour quelques phrases, mais 50 Cent y est déjà vraiment impressionnant, quelques années avant son incroyable premier album.

Mais surtout, Kobe fait honneur à sa ville d’origine, Philadelphie. Pour le superbe titre "Philly Live", il invite Black Thought, rappeur du groupe The Roots, et Beanie Sigel, excellent rappeur peu connu à l’époque, fraîchement signé chez Roc-A-Fella, le label de Jay-Z avec "The Truth" – tellement peu connu que le tracklist le nomme "Beenie Segal"… La même année, les deux rappeurs Black Thought et Beanie Sigel se sont déjà croisés sur "Adrenaline", un classique du genre extrait du superbe album Things Fall Apart de The Roots. On se met à rêver que Kobe était présent pendant cette session.

L’autre surprise de Visions, c’est que Kobe est vraiment intéressé par la technique et l’écriture (il citait Canibus en référence à ses débuts). À l’écoute de l’album, on sent qu’il cherche à se mesurer aux meilleurs rappeurs de cette génération : Jay-Z, Nas, Juvenile mais surtout DMX, dont on sent l’inspiration rythmique. Les productions sont très bien réalisées, proches de l’esprit des labels Bad Boy, Ruff Ryders, Roc-A-Fella mais aussi Cash Money.

Toute une époque est contenue dans ces 16 titres. D’ailleurs, c’était peut-être le problème de cet album, très exigeant au niveau des schémas de rimes et de la technique, alors que le label voulait un album de pop star. La rencontre de deux mondes qui venaient de se découvrir. En tout cas, la plongée dans cet album offre une autre facette du regretté Kobe Bryant, avec une discipline hors norme entre rap et basketball comme J. Cole de l’autre côté du spectre. Tout est technique comme la faute.

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