Troye Sivan, la gueule d’ange de la pop indé, se met à nu dans un album intimiste

Avec Bloom, le vingtenaire australien délivre un solide deuxième album, cette fois-ci plus mature et abouti, mais toujours profondément ancré dans son expérience en tant que jeune homosexuel assumé. On l’a rencontré pour parler de son processus créatif, sa collab' inattendue avec Ariana Grande et sa passion ardente pour les documentaires.

© Danielle DeGrasse-Alston / Universal Music.

C’est à tout juste 20 piges que Troye Sivan a pondu son premier disque, Blue Neighbourhood. Une dizaine de morceaux éthérés où le jeune Australien explorait les méandres de l’âge ingrat comme les premiers sentiments amoureux, le tout à travers le prisme de son homosexualité déjà assumée. Le pronom masculin de la troisième personne est employé à maintes reprises, ses clips sont plus explicites que suggestifs quant à son attirance pour le même sexe. "J’ai fait mon coming out juste avant de signer chez mon label afin qu’on ne puisse jamais me dire de rester dans le placard", nous avoue-t-il. En clair, Troye joue volontiers la carte de la transparence, et ça paye.

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À l’hiver dernier, de passage dans notre ville lumière alors enneigée, le chanteur n’a pas bronché lorsqu’on s’est installés dans son hôtel, au chaud, pour parler de sa discographie. Même là, emmitouflé sous un pull épais et une salopette XL - un combo qu’Anna Wintour approuverait sûrement -, fraîchement remis d’un rhume, Troye se montrait déjà enthousiaste à l’idée de sortir Bloom. Il se penche alors sur son deuxième album, qu’il décrit lui-même comme étant "plus mature" aussi bien sur le plan technique qu’au niveau des sujets effleurés.

Le 31 août 2018, comme un cadeau pour clôturer la saison estivale, ledit album débarque en streaming légal sur toutes les meilleures plateformes. Cette fois-ci encore, ce sont dix titres, assurément pop mais aux atmosphères disparates, qu’ont créés Troye et ses fidèles collaborateurs, qu’il préfère qualifier de "meilleurs amis". Parmi ces contributeurs, on retrouve des noms comme Leland, compositeur américain dont la cote grimpe en flèche, ou encore Allie X, star canadienne de la scène indé. "J’ai écrit cet album à Los Angeles où je me sens vraiment chez moi maintenant, évoque le principal intéressé. Je pense qu’il est plus léger et moins mélancolique que mon premier".

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Là où Blue Neighbourhood exsudait un côté anxiogène en dépit des vocalises sirupeuses de Troye, Bloom est un disque plus solaire, davantage feel good même quand le fond du morceau n’est pas nécessairement synonyme de célébration. On pense par exemple à "Seventeen", premier titre de sa tracklist, où le chanteur nous replonge dans son adolescence, à la période où il découvrait les applis de rencontres et enchaînait les rendez-vous hasardeux avec des hommes plus âgés. Sur un tempo aérien, Troye dépeint le côté prédateur de ces inconnus tout en soulignant sa candeur de l’époque.

Si les paroles peuvent paraître alarmantes, l’artiste, lui, est plus détaché, comme il le concède auprès du magazine Attitude :

"Je me sentais en retard parce que je ne connaissais pas de personne gay, je ne savais pas où les rencontrer. […] J’ai réussi à avoir une fausse carte d’identité, puis j’ai mis Grindr sur mon téléphone et j’ai commencé à essayer de rencontrer des gens comme moi. Mais tu te retrouves un peu forcé à fréquenter des environnements hypersexualisés. […] Quand je vois des photos de moi, à cet âge-là, et que je repense aux hommes que je rencontrais et à qui je parlais, je me dis que j’avais vraiment l’air très, très jeune. Néanmoins, je ne considère pas ces expériences sous un bon ou mauvais jour."

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Take a trip into my garden

Mais, si la majorité de ses titres trahissent volontairement son orientation sexuelle, il y a bien une chanson plus cryptique dans son album qui est pourtant la plus connotée. Sur "Bloom", qui n’est donc pas que le nom de son deuxième disque, Troye Sivan semble décrire un Eden, mélangeant jardins, fontaines et montagnes russes. La portée du morceau devient plus claire aux alentours du refrain, tandis que la voix suave de l’artiste énonce des phrases comme "J’éclos juste pour toi" ou encore "J’ai réservé ça pour toi, bébé". Oui, "Bloom" est une représentation de l’acte sexuel entre deux hommes, et plus précisément une ode au rôle du passif pendant l’ébat.

© Danielle DeGrasse-Alston / Universal Music.

C’est aussi là que réside la force de Troye Sivan, capable de partager les expériences de la communauté gay - car non, son vécu n’est malheureusement pas unique - avec une légèreté et une certaine élégance. Après tout, ce n’est pas pour rien que le jeune musicien, désormais âgé de 23 ans, s’est vu décerner un GLAAD Award, une récompense visant à valoriser les personnalités qui œuvrent pour une meilleure visibilité des membres du spectre LGBTQ+. "C’était un des plus gros honneurs de ma carrière, reconnaît-il. On m’a donné une telle plateforme pour faire passer un message d’acceptation et d’amour que j’essaie au maximum de faire ça au quotidien".

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Et s’il en fallait plus pour que Troye soit accueilli à bras ouverts par la communauté LGBTQ+, celui-ci a dévoilé "Dance To This", une collaboration fructueuse et rythmée avec Ariana Grande, qui se hisse progressivement au statut d’icône gay pour beaucoup. "On a failli faire une tournée ensemble donc j’avais son contact, explique l’artiste australien. Puis j’ai écrit cette chanson et je ne pensais à personne d’autre qu’elle pour la chanter en duo. Je lui ai envoyée et dès le lendemain, elle me l’a renvoyée avec sa voix enregistrée par-dessus". Respect.

Avec son album enfin dans les bacs et déjà une poignée de clips pour l’accompagner, Troye Sivan prépare d’ores et déjà ses multiples concerts, disséminés un peu partout autour du globe. Ce n’est pas tout, puisque les plus cinéphiles d’entre vous risqueront de croiser son joli minois dans Boy Erased, long-métrage sur les thérapies de conversion où il donnera la réplique à nul autre que Xavier Dolan. Tout ce qu’on peut lui souhaiter pour la suite, c’est peut-être un duo avec SZA ("ce serait tellement cool"), un repas avec Oprah, Adele et Obama (c’est lui qui a choisi, promis) ou encore un peu de temps libre pour mater des documentaires, son péché mignon ex æquo avec Queer Eye.

Bloom est disponible depuis le 31 août 2018 sur iTunes, SoundCloud et Spotify.

 

 

Par Florian Ques, publié le 03/09/2018

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