<> at Zilker Park on October 7, 2016 in Austin, Texas.

Thom Yorke est de retour avec un album sublime et un court-métrage

Le très beau et mélancolique Anima est accompagné d'un film conceptuel de Paul Thomas Anderson.

Il faut peut-être un premier tour de chauffe avant de réussir à capter l’essence de ce que vient de nous offrir Thom Yorke. À la deuxième écoute, la puissance évocatrice d’Anima, le nouvel album du chanteur de Radiohead, se fait plus évidente et plus forte.

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Opinion peut-être impopulaire : l’auteur de ces mots, bien que grand amateur de Radiohead, n’a jamais été fan des disques solo de l’artiste. Pas de méprise, il y a toujours eu des pépites dans ces albums conçus en solitaire, comme la ballade électronique déconstruite et mélancolique "Nose Grows Some" dans Tomorrow’s Modern Boxes, ou encore l’incroyablement beau "Atoms for Peace" sur The Eraser. Sans compter la magnifique BO de Suspiria qui, aussi aboutie soit-elle, semble à part dans sa discographie.

Anima, néanmoins, donne un sentiment de plénitude, d’un travail complet et plus abouti que d’habitude. Peut-être pour la première fois, Yorke nous prouve que, sans ses collègues, il est capable du meilleur. Cette fois, son amour de la techno electronica britannique à la sauce Floating Points/Four Tet ressort de la meilleure des manières dans ces productions breakées, comme dans "Traffic" ou "Twist".

Le tout avec un certain minimalisme fort agréable – plusieurs titres, dont "Impossible Knots", ne semblent être que le fruit d’une ligne de basse, de quelques petites couches de nappes subtiles et de la voix de l’artiste. Ce qu’on préfère, c’est peut-être l’audace que l’on retrouve au sein de ce travail épuré. Notamment quand il s’en va mêler une guitare à la limite du blues et une vibe trance, avant de transformer le tout en parade piano/techno douce – sur le dernier morceau de l’album, "Runwayaway", par exemple.

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Bref, côté prod, l’Anglais régale.

Côté paroles, les thèmes semblent être les mêmes que d’habitude, à savoir la nostalgie, la peur, le regret, la solitude. Sombre donc, ce qui ne surprend pas, même si on reste la plupart du temps dans le flou sur le véritable message de ces chansons. Il y a beaucoup de choses à analyser dans ce que nous chante le leader de Radiohead, et il est fort probable que plusieurs médias se prêtent à l’exercice d’ici peu.

Le plus intéressant à première vue réside peut-être dans le fait que Yorke nous semble de plus en plus en marge de son processus créatif. "I have to destroy to create", scande-t-il dans "I Am a Very Rude Person". Deux morceaux plus tard, dans "The Axe", Yorke reproche à ses machines de ne pas lui offrir assez d’inspiration tandis que le son évolue en permanence, se métamorphosant sans cesse, comme pour essayer de le satisfaire. 

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Ce message contre la technologie qui l’empêche d’être ce qu’il tend à devenir va de pair avec les publicités à la Black Mirror que les Londoniens ont pu apercevoir dans le métro ces derniers jours. Et aussi, d’une certaine manière, avec le court-métrage de Paul Thomas Anderson, sorti en même temps sur Netflix, qui illustre "Not the News", "Traffic" et"Dawn Chorus".

Au programme, une histoire de quotidien morose, à base de métro-boulot-dodo où une rencontre change la donne – et où tout n’est que chorégraphie de danse contemporaine (il faut remercier Damien Jalet) et œuvre conceptuelle onirique et labyrinthique. Avant de se rendre compte que tout ceci n’était qu’un rêve, ou un cauchemar. Au choix.

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Le dernier morceau du film semble être le cœur de l’objet et du disque. C’est probablement l’une des plus simples, et pourtant l’une des plus touchantes et des plus belles compositions qu’ait pu pondre Yorke en solo. La poésie lyrique et un peu cryptique des mots qu’exprime Thom Yorke va très probablement résonner dans les esprits des fans de Radiohead pendant longtemps.

Tout comme ce grand disque.

Par Arthur Cios, publié le 27/06/2019

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