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Temples : "Le fond de nos chansons peut être noir et volcanique mais la forme restera toujours joyeuse"

Publié le

par Chayma Mehenna

Après un premier album acclamé par la critique et les foules, les Temples reviennent avec Volcano, un disque qui se pare de sonorités plus pop mais qui n’en demeure pas moins aussi noir que vulnérable. 

© Agathe Decaux/Konbini

Ce groupe anglais avait fait sensation en 2014 avec son premier album intitulé Sun Structures, attisant l’intérêt d’Hedi Slimane, de Rough Trade (qui l’avait nommé parmi les meilleurs albums de l’année) ou encore de Noel Gallagher (qui les avait alors qualifiés de "meilleur nouveau groupe de Grande-Bretagne"). Depuis, les Temples se sont dirigés vers de nouveaux horizons avec un second album, Volcano. À coups de nappes synthétiques, ils ont réussi le pari de dérider leur rock psychédélique, développant ainsi une pop électrique et tortueuse. Nous les avons rencontrés quelques heures avant leur concert parisien à l’Élysée Montmartre.

Certaines interviews ne se passent pas forcément comme on l’espère et celle-ci en fait partie. Cyniques, voire parfois narquois, les membres du groupe n’étaient pas coopératifs et ils se sont montrés peu enclins à théoriser leur musique ou à dévoiler un peu d’eux-mêmes face à une jeune journaliste. La séance n’a pas été facile non plus pour la photographe qui a dû composer avec leur manque de collaboration. Entre silences gênants, humour douteux et quelques banalités : voici le maigre résultat de cet entretien.

Vous êtes nés à Kettering. La musique était-elle la seule chose à faire durant votre adolescence ?

On a tous eu une enfance assez normale. Kettering est une ville moyenne de banlieue au milieu de nulle part en Angleterre. Il ne s’y passe rien de très excitant ou d’unique. Le football est peut-être la seule chose de palpitante là-bas. Et puis pour un endroit retiré comme celui-là, il y avait une scène musicale, certes très petite, mais intéressante. Ça nous a permis de passer pas mal de temps dans des concerts.

Lorsque vous enregistriez Volcano, quelle était la musique que vous écoutiez en boucle ?

On écoute tous de la musique assez différente. Bill Nelson, de l’italo disco, des chansons aux synthés obscurs mais pas forcément de l’électro. Sinon de l’ambient, sans parole. Comme Brian Eno par exemple.

En quoi enregistrer seuls à la maison est mieux qu’en studio avec un grand producteur ?

On préfère faire ça tout seuls. Le point positif, c’est avant tout la manière dont on peut écrire, enregistrer et revenir sur une chanson autant de fois qu’on le souhaite. On a le temps de prendre du recul sur nos chansons. On a aussi tout le contrôle que l’on veut. Ce qui peut-être autant une bonne chose qu’une mauvaise chose. Quand tu as tout le contrôle du son, surtout si tu essayes de te réinventer, tu as constamment une vision différente et des éléments à changer. Mais avec le temps on a appris à en faire un atout. C’est un mal nécessaire.

Ce n’est pas difficile de faire du nouveau quand on attend de vous un certain son ?

Non. On fait ce qui nous semble naturel. On essaye de faire du nouveau à notre manière sans prendre en compte les attentes des gens. Après un premier album, les fans définissent le groupe et sa musique, c’est sûr. Mais ça ne nous atteint pas. On avait hâte de passer au deuxième album, de diversifier notre son. Certains l’aiment, d’autre moins… C’est comme ça. On ne savait pas vraiment comment il sonnerait donc c’était très difficile de se projeter mais dès qu’on a eu une idée globale de ce que l’on voulait, ça a tout de suite été plus simple. On s’est mis la pression tous seuls, elle ne vient pas de l’extérieur. Du coup, on a pris notre temps, comme d’habitude et ça a l’air d’avoir bien marché.

© Agathe Decaux/Konbini

Dans ce nouvel album, votre musique est assez lumineuse, joyeuse alors que vos paroles sont plutôt sombres. Qu’est-ce que ce contraste signifie ?

C’est une métaphore de la vie. On passe tous par différents moments de souffrance et d’angoisses mais on essaye de toujours avoir l’air courageux et heureux. Le fond de nos chansons peut être noir et volcanique mais la forme restera toujours joyeuse. Il y a quelque chose de très anglais dans ce paradoxe. On voulait parler de choses plus complexes, plus torturées dans cet album mais c’est assez difficile de les exprimer aussi dans l’instrumentale. Pas mal de nos chansons sont une question puis une réponse. Ce sont des prises de conscience. C’est un album très introspectif.

C’est difficile de se dire que les gens vont interpréter ce que vous exposez dans vos chansons ?

C’est la beauté de la musique ou de n’importe quelle forme d’art. Tout est dans l’interprétation. Personne ne peut vraiment comprendre, même celui qui écrit et compose. Certaines de nos chansons sont évidentes, d’autres moins. En tout cas, on ne trouve pas que c’est un problème quand le sens d’une chanson reste obscur. Sur cet album, nous voulions être un peu plus clairs, nous révéler un peu plus. C’est pour cette raison que notre musique est moins noyée par les effets et les arrangements que sur Sun Structure.

C’est comment d’être tout le temps ensemble ?

Évidemment, ce n’est pas facile. Si tu passes beaucoup de temps avec n’importe qui, même avec toi-même, il y a des conflits. Mais nous sommes tous amis avant tout. On pense que ça tient aussi beaucoup au fait que nous sommes originaires du même endroit. Il y a un certain humour que l’on partage et qui vient sans doute de Kettering.

Le dernier album des Temples, Volcano, est sorti en mars 2017.

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