Streaming musical et confinement ne font pas bon ménage

Alors que l'on pouvait aisément imaginer une flambée du streaming avec la quarantaine, c'est tout l'inverse qui se produit.

C’est surprenant, peut-être dur à comprendre, mais non, le streaming musical n’a pas fait un bond depuis le début du confinement, bien au contraire. À l’image des ventes d’albums, c’est l’inverse qui est en train de se produire. Une situation qui ne suscite pas encore d’inquiétude au sein des plateformes, qui misent sur leurs playlists liées à la vie en quarantaine et se projettent à plus long terme.

Il n’y a pas encore d’études globales communiquées sur la consommation numérique de musique depuis le passage de la France en confinement le 17 mars. Mais certains acteurs du domaine divulguent quelques données. "Chez nous, au niveau du volume d’écoute, on a noté une baisse de 10 % la première semaine de confinement", expose à l’AFP Alexis de Gemini, directeur général de Deezer France. Une chute qu’il explique par "le fait que les gens ne vont plus au travail, or on estime à une heure et demie en moyenne le temps de trajet domicile-travail". Soit une tranche de la journée qui pouvait être dédiée à l’écoute de la musique dite "en mobilité".

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Durant la première semaine de confinement, les plateformes musicales ont aussi subi la concurrence des chaînes de télévision, dont "l’audience a explosé" souligne le responsable. "Pendant le discours d’Emmanuel Macron le 16 mars, les courbes de streaming musical ont tendu vers zéro". En dehors de ce pic particulier – "phénomène extrême" – M. de Gemini avance une plus grande "consommation de vidéos" dans les foyers.

Le volume d’écoute en baisse, les abonnements stables

Mais pas de stress chez Deezer : le nombre d’abonnés – le prix payé est fixe et ne varie pas en fonction du nombre d’écoutes – "n’a pas faibli et les ventes ont même progressé", poursuit M. de Gemini. Pour en revenir au volume d’écoute, le dirigeant assure que la situation est en train "de se normaliser. On repart à la hausse, les gens retrouvent certaines habitudes".

Interrogé par l’AFP, Thomas Duglet, dirigeant d’Amazon Music France, ne voit pas non plus "de décroissance pour les abonnements". Quant au volume d’écoute, il appelle à la prudence : "nous n’avons pas encore assez de recul, il n’y a pas encore à ce jour d’analyse globale".

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Le responsable d’Amazon met en avant le fait que certains labels ont reporté des sorties de disques, "car ce n’est pas évident en ce moment et ils ne disposent plus des leviers habituels". Autrement dit, outre les promos classiques auprès des médias qui sont gelées, l’impossibilité de tourner des clips ne permet plus de s’appuyer sur les vues de YouTube pour booster une sortie. 

Une période bénie pour les mélomanes

Mais d’autres albums ont quand même été commercialisés, comme le Gigaton de Pearl Jam, groupe pionnier du grunge, qui a "bien marché" chez la plateforme Qobuz, assure à l’AFP son président Denis Thébaud. "Si on ne parle que de ceux qui peuvent écouter de la musique, c’est une période bénie, on a la chose la plus rare, le temps", poursuit le patron de cette plateforme qui mise sur le son haute-résolution.

Qobuz tire même son épingle du jeu, selon les statistiques maison distillées par la plateforme. Le nombre d’heures écoutées en moyenne par abonné chaque semaine est passé de 4,27 à 4,53 depuis le confinement. Pour les écoutes, la tranche horaire de 12h00 à 17h59 a notamment progressé de 20 %. Et dans la répartition par genre, on note une progression du jazz, passé de 10,86 % des téléchargements à 14,24 %.

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Le point commun à toutes les plateformes, c’est de proposer des playlists thématiques en rapport avec le confinement. Chez Qobuz on trouve "Rester à la maison, Blues" ou encore "Travailler depuis la maison". Du côté d’Amazon, on peut écouter "Gym à la maison" ou encore "En famille". Chez Deezer, sous le titre générique "On reste à la maison", outre l’attendu "Travailler au calme", on accède à "Héros du quotidien", avec des titres qui donnent dans le registre positif. Reste encore à voir comment cette audience évoluera au fil des semaines de confinement.

Konbini avec AFP

Par Guillaume Narduzzi, publié le 06/04/2020