S’il articule peu, O’boy rappe fort : la preuve avec son nouveau projet

Sorti aujourd’hui, Southside, mini album du rappeur de Villeneuve-Saint-Georges, est une petite bombe. O’boy articule peu, ne parle pas beaucoup, mais rappe foutrement bien. La preuve.

À force d’enchaîner les centaines de milliers, voire les millions, de vues sur YouTube, O’boy est tranquillement en train de s’installer dans le paysage rap français comme l’un des rookies les plus prometteurs du moment. C’est à l’été 2017 que le rappeur originaire de Madagascar, qui a grandi à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) dès ses six ans, a donné l’impression de franchir un cap. Cela faisait déjà deux ans qu’il distillait ses projets, notamment l’EP Olyside, sorti en 2016.

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Deux ans que le mumble rap hexagonal voyait naître un digne représentant. Dans un pays où le rap s’est développé parce qu’il permettait d’en savourer les textes − héritage d’une vieille culture musicale portée par les interprètes et les vocalistes − le fait de ne pas articuler sonne comme un joli doigt d’honneur.

Briser la monotonie estivale

Pourtant, O’boy ne réfléchit pas à ça. Du tout. Il n’est d’ailleurs pas très bavard, sa musique parlant pour lui. À 20 ans, il fait déjà preuve d’une maturité musicale déroutante, avec un style singulier et très affirmé. "Cobra", premier extrait de Southside, est sorti en pleine période creuse, le 16 juillet dernier, et a clairement comblé un vide. Une instru lourde, très lourde, dont le piano menaçant n’est pas sans rappeler "Humble" de Kendrick Lamar : "C’est carrément voulu", avoue-t-il, laconique.

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Un essai transformé après les succès sur les plateformes de titres comme "Douce", "Saloon", "Belly" ou encore son tout premier son, "Codion".

Puis ce fut au tour de "Cabeleira", son titre chaloupé devenu incontournable. Mais, nonchalance oblige, le morceau reste dans la retenue, pas tout à fait taillé pour le club. C’est la marque d’O’boy. "Chez moi, tout le monde écoute de tout, raconte-t-il. Je suis tombé dans la musique de toutes sortes. J’écoutais tout ce que mon daron écoutait : du reggae, du zouk, de l’afro, du rock… Mais le rap, c’est ma génération."

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Six mois de silence

Il se rappelle ses premiers émois rap, lors du retour "au bled", à Madagascar :

"Le premier rappeur qui m’a mis une gifle musicalement, c’est Lil Bow Wow. C’est ce que mes cousins écoutaient. Puis, ici, j’ai découvert le rap français, un peu plus tard, notamment tout ce qui vient du Val-de-Marne."

On pourrait penser qu’avec les liens culturels historiques tissés entre la France et Madagascar, le rap français se serait exporté en masse sur l’île africaine. Il n’en est rien, à en croire notre interlocuteur. Là-bas, c’est le rap américain qui a les faveurs des radios et des chaînes de télé.

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Après "Cabeleira", le rappeur ne sortira plus rien pendant un peu plus de six mois. Ça fait long, pour teaser un projet pourtant si prometteur : "Il s’est passé beaucoup de choses entre Olyside et la sortie du clip de "Cobra". La vie, en fait, le travail, le manque de temps…" Il reste évasif, préférant revenir à la musique et à ce titre qui a brisé le silence, "SLS", sorti début février, dans lequel sa voix se fait parfois plus grave qu’à l’habitude.

C’est d’ailleurs avec ce timbre particulier que s’ouvre Southside, sur le titre "Hot Sauce", une introduction d’à peine deux minutes. Petite, toute petite tuerie qui plante le décor. Un seul couplet, bien dark, plus cloud, placé sous le signe du mumble. Déjà un temps fort.

L’inspiration venue de Toronto

En huit titres, O’boy parvient à la fois à faire étalage de différents rythmes et sous-genres rap, avec aisance, tout en conservant une cohérence sonore. Moment de répit dans une tracklist très noire, "Nuit" – titre bien plus mélancolique, calme et lumineux – ferait presque oublier que l’on a affaire à un grand amateur du son de Toronto :

"Je kiffe Tory Lanez, Drake, The Weeknd, les Prime Boys, et les petits qui montent en ce moment… Ce que j’aime, c’est ce mélange de wave et de cloud, mais qui reste trap. Ça se ressent dans mon son, je me retrouve beaucoup dans ces artistes."

En attendant l’album, Southside est déjà un bel aperçu du talent d’O’boy, axé sur les histoires de deal, comme sur "Veste en cuir" ou l’excellent "Geronimo". Pour le live, il faudra attendre le 31 mars et son concert au Yoyo, à Paris, en compagnie d’Alkpote et de Kalash Criminel. Attention : il y aura peu de places.

© Six & Sept

Par Brice Miclet, publié le 16/03/2018

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