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Sombre génie ? Kanye West pourrait bien être en train de berner le monde entier

Publié le

par Jérémie Léger

On a creusé une théorie qui laisserait penser que Kanye West est en pleine performance artistique, ce qui ferait de lui un sombre génie. Après avoir lu ces lignes, vous en serez convaincus.

Capture d’écran du clip de Kanye West, "Power". (© YouTube)

Suite aux actualités tumultueuses de Kanye West (déclarations d’amour à Trump, propos malvenus sur l’esclavage et j’en passe), Pitchfork a déclaré dans une tribune qu’il était temps de mettre un terme au "mythe" du génie de Kanye West. Pourtant, son audace et son talent ont prouvé qu’il méritait de figurer au rang des artistes "mythiques". Mais les génies sont souvent incompris par le commun des mortels.

Il n’est bien entendu pas question ici de défendre les propos tordus qu’il a pu tenir ces derniers jours, mais de tenter de comprendre pour quelle raison et dans quel but ils ont été prononcés. Les mots, les actions et les erreurs historiques de Kanye West sont et resteront toujours inexcusables.

À l’heure où tout le monde est contre lui, même certains de ses plus grands amis et collaborateurs, le rappeur semble dos au mur et plus seul que jamais. Malgré tout, celui qui est connu pour être fragile émotionnellement reste de marbre. Le monde entier le traite de fou à lier, mais l’artiste est imperturbable, comme s’il avait un contrôle total de la situation. Comme si le monde était son atelier d’artiste.

"J’ai toujours eu le désir de faire ce à quoi les gens n’auraient jamais pensé", a-t-il déclaré dans un énième tweet. Sachant cela, nous sommes en droit de nous demander : et si toute cette tempête médiatique n’était que le résultat d’un spectacle mis en scène par l’artiste lui-même ? Impensable, n’est-ce pas ? C’est pourtant ce que croit l’animateur radio américain Snowcone.

La théorie du prestige

Au sujet de Kanye, son acolyte de longue date T.I. déclarait récemment : "Le problème, c’est que ses pensées, quand elles sortent de sa bouche, sont à des années-lumière de ce qu’il pense vraiment dans sa tête. Même pas 1 % de la population sur Terre parle la langue de Kanye West."

Cela peut faire supposer que Kanye serait actuellement au cœur d’une performance artistique montée de toutes pièces. Les indices seraient même sous nos yeux, plus précisément disséminés dans sa vague de tweets et ceux de son entourage. Cette théorie, si elle se révèle exacte, pourrait définitivement redorer le blason d’un artiste qui a presque perdu toute sa crédibilité.

Entre les "I’m nice at ping-pong", les photos où il arbore fièrement sa casquette Make America Great Again et les photos de sa fille chassant des insectes, on a vite fait se perdre dans son flot de tweets. Mais ne serait-ce pas des clins d’œil, comme les images d’œuvres de David Hammons et Joseph Beuys par exemple ? Snowcone connaît le rapport à l’art de Kanye et pense que ces références ne peuvent pas être de simples coïncidences.

I like America and America likes me

David Hammons et Joseph Beuys sont deux artistes du XXe siècle aux travaux politiquement engagés. Ils ont produit des œuvres qui interrogent sur la culture noire contemporaine et les conséquences de l’esclavage sur la mémoire collective des Afro-Américains. En prenant en compte les récents questionnements du rappeur, rien d’étonnant à ce qu’il éprouve une certaine sensibilité à leur égard.

Sur les travaux de David Hammons par ailleurs, on retrouve régulièrement un symbole du pique propre aux cartes à jouer. Or, au XXe siècle, ce motif avait dans l’opinion une connotation raciste, mais pas pour l’artiste, qui souhaitait l'utiliser afin de, à l’inverse, "retourner les clichés racistes".

En constatant qu’un collaborateur et ami de Kanye West nommé Tremaine D. Emory retweete systématiquement les œuvres d’Hammons postées par le rappeur en les accompagnant d’un émoji représentant le pique, Snowcone pense que le parallèle entre l’utilisation de ce symbole et Yeezy pourrait bien être sa casquette MAGA.

Une casquette interprétée comme un symbole raciste mais portée par un individu qui, contrairement à ce que l’on croit, ne partage pas les valeurs idéologiques de Donald Trump. Pour continuer dans ce sens, ce n’est pas la première fois que Kanye reprend un symbole raciste pour en changer la signification. Après tout, n’oublions pas que Kanye West est celui qui déclarait plein d’assurance à la télévision : "George Bush doesn’t care about black people."

Le 22 avril, Kanye tweete l’œuvre I like America and America likes me, une performance artistique de Joseph Beuys réalisée à la galerie René Block à New York en 1974. Isolé dans une étoffe, l’artiste allemand s’est enfermé pendant trois jours avec un coyote sauvage qui attendait derrière un grillage. Beuys va alors partager l’espace avec cet animal hostile. Tout ça dans le but, selon certains historiens de l’art, de réconcilier les oppresseurs et les opprimés d’Amérique.

Parti de ce postulat, le coyote serait alors une représentation des Indiens d’Amérique persécutés à l’époque et Joseph Beuys symboliserait plutôt les Blancs bourreaux. Le message implicite de son travail avait alors pour but de signifier que des entités à première vue non conciliables étaient capables de vivre ensemble au prix d’un peu d’amour, de compassion et d’empathie.

Dans l’esprit de Snowcone, tout est limpide : Kanye West serait donc en train de réaliser une version contemporaine de la performance de Beuys sous nos yeux. Mais en lieu et place du coyote, les figures de Donald Trump ou de l’écrivaine Candace Owens, avec toutes les idées qu’ils portent.

Des opinions qui ne sont pas partagées voire qui sont carrément détestées par la majorité de l’opinion publique. Yeezy qui, entre deux dérives, n’arrête pas de diffuser des messages de paix et d’amour chercherait donc à exprimer de nouvelles idées en utilisant d’anciens symboles, le tout au nom de la libre-pensée.

Andy Kaufman

Le 29 avril, soit quatre jours après avoir présenté sa casquette MAGA et sept jours après avoir posté les œuvres de Hammons et Beuys, Kanye West tweete un "mood board". On y voit réunis deux des travaux des artistes précédemment évoqués, accompagnés d’un dessin de l’humoriste et acteur américain Andy Kaufman. Énigmatique.

Ce célèbre comédien peut facilement être affilié à la personnalité à contre-courant de Kanye West. Dans ses performances artistiques, il s’est fait maître en matière d’ambiguïté. Il a toujours pris plaisir à embrouiller son public en semant le doute sur le vrai et le faux, quitte à être vu comme un fou. Comme le rappeur, Andy Kaufman se mettait souvent dans des situations publiques délicates, sans jamais quitter son actor studio.

Kanye dans la peau de Christopher Nolan ?

Pour le moment, ces indices donnés séparément peuvent paraître insuffisants et les plus sceptiques d’entre vous crieront sans doute à la masturbation intellectuelle. Attendez la suite. Le mood board de Kanye West a été retweeté une nouvelle fois par son ami Tremaine D. Emory, avec la légende suivante : "The prestige ♠︎🤹🏾‍♂️🤠🤼‍♀️."

Des émojis qui n’ont pas été choisis au hasard. À ce sujet, le journaliste Snowcone est très clair. Il explique que le motif pique de Hammons symboliserait, comme supposé plus haut, la casquette MAGA de Donald Trump. Le cow-boy représenterait quant à lui l’apprivoisement du coyote et les lutteurs seraient une illustration de la difficulté des performances d’Andy Kaufman.

Et le jongleur noir dans cette histoire ? Il ne serait nul autre que Kanye West, l’homme qui joue sur l’ambiguïté en jonglant entre chacun des éléments de la pièce qu’il interprète. "Vous pouvez dire ce que vous voulez tant que vous accompagnez vos propos des bons émojis" : des mots prononcés par Yeezy a priori anodins mais qui, une fois ces éléments mis sur le tapis, prennent tout leur sens.

Quid du terme utilisé "the prestige" ? Le lien avec le long-métrage du même nom de Christopher Nolan s’impose de lui-même. Il narre l’histoire de deux magiciens se livrant une guerre acharnée afin de déterminer lequel des deux est au-dessus. Dans le film, il s’agit de décomposer un tour de magie en trois parties, la première étape étant de transformer quelque chose d’ordinaire en quelque chose d’extraordinaire avant de le rendre ordinaire à nouveau.

Dans le cas houleux de Kanye, et toujours selon Snowcone, le tour de magie du rappeur se décompose de la même manière que celui du film de Nolan : l’ordinaire étant de s’exprimer sur Twitter, l’extraordinaire étant de supporter publiquement Donald Trump et de proférer tous ces propos outrageux.

Reste maintenant à déterminer, si cette théorie venait à se confirmer, quel sera le point final de cette histoire. Pour que la magie opère, il faudra en tout cas que le public ne soupçonne pas un seul instant la chute. Le paroxysme serait que l’album de Kanye, prévu pour le 1er juin prochain, éclaircisse à lui seul toutes les zones d’ombre.

Si complot il y a, on trouverait donc parmi les premiers impliqués Kanye West, Tremaine D. Emory, mais peut-être aussi T.I.. En effet, n’est-ce pas surprenant qu’un artiste comme lui, pire ennemi de Donald Trump et fervent activiste pour la cause noire américaine, ne s’insurge pas plus que ça contre Kanye alors que le reste du monde le fustige ?

Plus surprenant encore, celui-ci va même jusqu’à enregistrer un morceau avec lui : un débat politique pour surfer sur la vague. Difficile alors de croire dans ce contexte que le morceau a été enregistré spontanément. Tout semble en fait millimétré et Kanye West en serait le chef d’orchestre.

"Très bien T.I.P., on pourrait rapper toute la journée sur le sujet, mais pourquoi ne pas stopper le beat pour laisser les gens se faire leur propre idée ?"

S’interroger sur les idées de Kanye, c’est justement ce que nous avons fait. Et cette théorie ahurissante énoncée par Snowcone nous donne en tout cas un regard bien différent sur les polémiques dont il fait actuellement l’objet. Serait-ce vraiment surprenant de la part de l’un des artistes les plus audacieux et influents du moment ?

En tout cas, si cette performance hors du commun du "seul contre tous" est bel et bien ce que M. West nous joue en ce moment, nous n’aurons plus qu’à applaudir le génie à la tombée du rideau. Dans le cas contraire, son héritage, aussi prestigieux soit-il, sera sali à jamais.

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