Si Sneazzy "fait le V de la Victoire", son rap pue la défaite

Mensonges, misogynie gratuite, plume et flow rouillés… autopsie d'un artiste imposteur indésirable, suivi d’un florilège de "punchlines" à gerber entendues sur "V", le nouveau morceau de Sneazzy. Il est temps d’en finir avec ce rappeur perturbateur, pour le bien du rap français.

"Si je demande ta main c’est pour que j’me branle avec"

Sneazzy est un rappeur jeune, qui s’adresse à un public particulièrement jeune. Pas de problème jusqu’ici. Jusqu’à ce que ce soit le morceau de trop. Les paroles vides de trop. Les punchlines merdiques de trop – si l’on peut appeler ça des "punchlines" – appuyées par un flow rouillé qui n’évolue pas depuis des lustres.

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Si Sneazzy possède des liasses de billets, une horde d’ennemis, un gun, des Rolex et des grosses caisses comme il a l’habitude de le raconter, encore faut-il qu’il ait le permis de conduire. Qu’on lui enlève celui de rapper – du moins pas de cette façon ; pas comme sur "V", son nouveau single. Rouge est le carton après une énième rechute dans l’absurdité d’un personnage schizophrène qui peine à se trouver une vraie identité, tant la sienne n’est que vent et fumée.

C’est dommage car Dieu bénissait presque Supersound, au terme d’une série de quelques projets (DBSS et DBSS 2) encourageants. "N17" fut par exemple un bon titre, marquant il y a un peu plus d’un an le renouveau presque inespéré d’un rappeur enfin trouvé. Eh bien non. La pièce de théâtre, jadis street et bien réalisée, perd finalement de sa crédibilité pour se ranger dans les nombreuses cases que Sneazzy donne maladroitement à son image. Car nous voilà aujourd’hui avec un Sneazz' tout aussi énervé, mais différemment. S’il y "fait le V de la Victoire", sa nouvelle sortie musicale traîne un peu plus une sale odeur de défaite.

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Rappeur H&M

Chambre d’hôtel luxueuse et pulls larges tricotés dans une laine colorée contrastent avec le noir et blanc de la cité. Exit le pit' solidement tenu en laisse en bas des blocks, place à une Ferrari louée pour le tournage du clip. Là est l’un des nombreux paradoxes du ventriloque monocorde, car c’est en caisse rutilante que l’ancien membre de 1995 finit par rejoindre "son" quartier, s’affichant en fourrure devant les barres d’immeubles. Ces mêmes HLM desquels n’importe quel mec déguerpirait au quart de tour s’il avait assez d’argent pour se permettre un tel jouet à quatre roues.

Bref. Il ne s’agit pour l’instant que d’imagerie. Presque pardonnable, si seulement la musique et l’écriture étaient passables. Bien évidemment, ce n’est pas le cas, entre propos indigestes et technique critique. Si Hugz à la prod' est encore "en feu sur celle-là", tout le reste est à jeter, du flow de dernière classe aux paroles sexistes et misogynes qui éclaboussent de vomi un rap français qui n’en a pas besoin. Un rap où l'egotrip est un art qu'il faudrait encore savoir maîtriser tout en crédibilité et humilité.   

Florilège de pratiquement tous les textes (de grande qualité) issus de ce "V", en l’espace de deux couplets et un pauvre refrain :

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Sneazzy, misogyne complexé

"Si je demande ta main c’est pour que j’me branle avec"

Né le 12 janvier 1992, Mohamed Khemissa, dit Sneazzy, a 26 ans.

"Aller boire des verres avec une meuf que j’ai déjà tronchée c’est pas mon truc, pétasse"

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C’est pas son truc non plus.

"Pétasse, pilule de molly tu gobes, j’t’ai baisée mais j’t’ai jamais promis de love"

Ni "pétasse", ni objet, elle non plus.

"Pourquoi tu fais l’étonnée quand j’te zappe ? J’t’ai laissé une liasse de billets dans le sac. Sers-toi et efface mon num', pétasse…"

Encore faut-il les avoir, ces liasses.

"Glisse mon 07 à la barmaid, j’suis dans le club et j’passe d’une proie à l’autre"

Dur de se faire recaler, "d’une proie à l’autre"…

"Viens chez moi, tu finis avec du plomb dans la tête. On a serré toutes vos pétasses pendant la fête"

Sneazzy, bientôt au cinéma… ou sur YouPorn.

"Une fois pour toutes, faut qu’on m’explique : pourquoi c’est les plus nuls que t’encenses ? J’ai vu que t’utilisais mon Netflix même si tu sais qu’on n’est plus ensemble ?"

Ah, voilà un peu de vérité. Pose ton gun : Netflix & chill.

Maintenant, détendons un peu l’atmosphère et finissons-en avec des textes hors misogynie, mais presque tout aussi nuisibles.

Sneazzy : vide et faux

"Fils de pute, on t’a pas encore couché, c’est la dernière case à cocher. Enculé de ta mère c’est quoi le projet ? T’as vu mon ex, t’as voulu l’approcher"

Vulgarité gratuite contre des ennemis fictifs. De quoi en avoir mal au mic.

"Les journalistes racontent des idioties, le jet est privé et ma vie aussi"

Là est le paradoxe... cherchez l'erreur.

"J’viens d’sortir une nouvelle Rolly du coffre"

À défaut d’avoir cassé son PEL ?

"Arrêtez donc de nous blablater des salades, rappeurs français sont pas mafiosis"

L’autocontradiction est un phénomène qui indique que la personne est complètement perdue dans ce qu’elle raconte.

"J’ai enfanté un paquet de vieux rappeurs bidons, un tas de répliques"

Ah bon.

"Quand j’écris, on dirait qu’j’ai pété les plombs"

C’est exactement ça.

"Parfois j’ai même l’impression d’régler des comptes"

Ce n’est qu’une impression, oui.

"J’fais le V de la Victoire"

Si dans ce son bruit, Sneazzy fait donc "le V de la Victoire", son rap a comme une odeur de défaite. Et n’est pas le bienvenu.

Par Rachid Majdoub, publié le 17/04/2018