J'ai passé une semaine dans la folie du Sziget Festival

Une semaine, c'est la durée pendant laquelle je me suis plongé dans le Sziget Festival. 440 000 personnes, des dizaines de concerts, des attractions : voilà ce que ça donnait. 

Sziget Festival

Comme un roi au Sziget Festival (Crédit Image : Louis Rayssac)

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Retourner au Sziget, c’est un peu comme sauter une deuxième fois à l’élastique : on connaît les sensations sans toutefois y être préparé. Se succédant à lui-même comme le plus grand festival européen, le Sziget a battu tous les records pour cette édition 2015 en accueillant 441 000 festivaliers venus de 95 pays différents.

Installé depuis 23 ans à Budapest en Hongrie, le plus grand festival d’Europe vit en autarcie sur l’île d’Obuda et mélange concerts, art et culture pour une semaine de folie humaine. Récit d’un Szigettos.

Jour 1

Comme tous les voyages, il faut un début. Le mien se fait sous une fine pluie en gare de Toulouse-Matabiau. Il fait à peine 20°C et je rêve déjà des 36°C annoncés sur Budapest. Sept heures de TGV plus tard et après une courte nuit de sommeil sur Paris, je rejoins mes trois acolytes Gare du Nord. Visages défaits par la fatigue, nous montons dans le TER qui doit nous mener vers Beauvais où notre vol low cost nous attend.

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L’avion s’arrache de la piste pour fouler le tarmac hongrois à peine deux heures plus tard. La météo ne s’était pas trompée, la chaleur est suffocante à peine sortis de l’avion. Nous sommes dimanche et le festival ne débute que lundi matin. L’occasion pour nous de passer une nuit, l’unique, dans Budapest.

La seule compagnie de taxis jaunes à l’américaine nous emmène au centre-ville pour seulement 25€. L’auberge ne paye pas de mine mais à 9€ la nuit, on ne va pas faire les fines bouches. Les sacs à dos posés sur le lit, nous voilà en quête d’une boisson bien fraîche. L’heure tourne : il faut être en forme pour le grand jour. La nuit est épouvantable tellement la chaleur est lourde. Au réveil, les mines sont fatiguées mais il faut y aller.

Deux métros (environ 1€) et une sorte de RER plus tard, nous franchissons avec quelques centaines de festivaliers le fameux pont nous menant à l’entrée. Le soleil est de plomb et la première mission est de trouver l’Apéro-Camping, une sorte de camping privé où les douches, les WC, la Wi-Fi et les Jumbo-Bags ne sont pas pris d’assaut par 80 000 festivaliers. Car mis à part ces deux ou trois zones payantes, il est possible de camper où bon nous semble sur l’île de la liberté.

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camping

Dans un dernier effort, les tentes sont posées et une bonne bière bien fraîche s’impose. À 2€ la pinte, cette île à des airs de paradis. À peine le temps de se perdre dans les chemins parsemés de tentes multicolores que la première "special party" commence. C’est comme ça au Sziget, tous les soirs, les "szitizens" font la fête sous le thème de l’unité et de l’amour. Au menu de cette première soirée : balloon party. 20 000 ballons lâchés en même temps annoncent un festival des plus colorés.

baloon party

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Après un repas dans l’un des très nombreux stands, l’un des guest star du festival fait son entrée. Âgé de 41 ans, le trublion Robbie Williams aura fait mouiller plus que des T-shirts, notamment chez la gente féminine.Le concert terminé, c’est l’occasion d’émigrer vers une des scènes emblématiques du Sziget.

Comme une sorte de colisée de palettes de bois, le Colosseum est l’arène des musiques électroniques. Apollonia y balance son set mais le poids de cette première journée se fait déjà sentir et nous rentrons un peu honteux à la même heure que Cendrillon.

Jour 2

S’il y a bien deux choses communes à tout le festival, c’est la musique et la chaleur. Les deux ne s’arrêtent que quelques heures (entre 6h et 9h du matin environ). Avec les tentes au soleil dès 8h du matin, il ne faut pas espérer faire la grasse mat’. Chaque matin se ressemble. Il consiste à se réveiller à coup de grosses gouttes de transpiration, ouvrir sa tente dans les minutes qui suivent si vous ne voulez pas savoir ce que votre toast du petit-déjeuner ressent.

Il s’en suit un chemin de croix pour trouver un coin frais et essayer de terminer sa nuit. Bien évidemment les températures montent très vite et il faut se résigner au combo WC-douches-brosse à dent. Je dois avouer que les jus d’oranges fraîchement pressées et les chocolatines (ou pain au chocolat pour ceux qui nient l’évidence) de l’Apéro-Camping m’ont plus d’une fois sauvé la vie.

bubble party

Heureusement pour le pauvre journaliste que je suis, la visite guidée de Budapest pour la presse française (et son bus climatisé) apporte un peu de fraîcheur à ma journée. N’espérez pas faire d’une pierre deux coups lors du festival. Visiter Budapest ou vivre son Sziget, il faut choisir. La ville regorge de trésors (les thermes, le pont des chaînes, le parlement, etc.). Des mots de notre guide Youri (sûrement le meilleur guide de la cité), il y a deux choses qui valent vraiment la peine en Hongrie à part les visites : boire de la bonne bière et manger au restaurant. Les prix sont imbattables.

jeux

Pas de quoi se reposer à mon retour puisque mes amis un peu geek ont repéré la "gaming zone". Fifa, jeux d’échecs, rubik’s cubes et autres jeux permettent de s’affronter comme à la maison. À mon grand étonnement, un espace League of Legends est aussi présent. Faire autant de kilomètres, venir sur le plus grand festival d’Europe pour jouer à l’ordinateur me laisse pantois. J’en profite pour aller faire mon passeport officiel du Sziget. L’heure tourne et on se retrouve pour Asaf Avidan, l’Israélien à l’énigmatique voix androgyne.

À 19h, retour en enfance avec la Bubble Blowing. Pendant ce temps, la deuxième plus grande scène du Sziget, l’A38, a ouvert ses portes. Il faudra s’y habituer mais on loupe Babylon Circus et Selah Sue. Ceux qui y étaient nous ont rapporté que le son était exécrable. Pas de regrets. Sur la Main Stage, Florence + The Machines les pieds nus,  envoute le public avec son énergie.

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On quitte le concert avant la fin car je ne veux pas louper Jungle sous le chapiteau de l’A38. J’ai en mémoire les mouvements de foule de l’année dernière et l’A38 fermé car complet. Les Britanniques avec leurs plumes nous donnent un petit coup d’exotisme. Impossible de tenir pour Infected Mushroom et à 1h30 je décampe vers mon douillet matelas de 1 cm d’épaisseur.

Jour 3

Pour fêter ce troisième jour, direction la Sziget Beach. Située à l’extrémité ouest de l’île, il faut presque une demi-heure de marche au travers du festival pour atteindre cette petite plage de galets et de sable qui jouxte le Danube, le deuxième plus grand fleuve d’Europe.

chill sziget beach 1

chill sziget beach

Même si pour des raisons évidentes de sécurité il n’est pas possible d’avoir l’eau au-dessus des hanches, ce petit havre de fraîcheur fait un bien fou quand il fait déjà 35°C à 11h du matin. D’ailleurs la plage et la zone de chill juste au-dessus se remplissent très vite.

sziget beach 1

On profite de l’heure du retour pour faire une halte dans la fameuse Art-Zone. Un jardin rempli d’effervescence créative où cohabitent de curieuses structures (un R2-D2 en métal, un arc-en-ciel en bois, etc.) mais aussi des stands où il est possible de devenir soi-même un artiste en réalisant des sculptures, en faisant du light-painting ou encore en créant son propre défilé de mode avec des tenues loufoques.

art zone 2

art zone

Pas le temps de rentrer se reposer puisque le garage punk de The Horrors résonne déjà dans l’île de la liberté. Pas compliqué d’attraper l’un des 15 000 drapeaux de la désormais traditionnelle Flag Party.

flag party 1

L’ambiance ne retombe pas grâce à la pop rock celtique de The Scripts. La soirée sur la Main Stage se termine dans une ambiance hypnotique déployée par Alt-J. Le nuage de poussière dégagé par la foule digne des meilleurs westerns spaghetti se fond bien à ce mélange de folk, hip-hop, et de sonorités électroniques. Limite badant.

Poussé par un pot, on se retrouve devant le Colosseum pour l’électro tendue de Gui Boratto et Michael Mayer.

colosseum

 

Personnellement, j’émigre vers le chapiteau d’à côté, véritable fourneau thermostat 8 de l’Arena. Après ce bon shoot de beat répétitif, je pars pour l’A38 avec un survivant avant le début de Tyler, The Creator. Le groupe commence, le son est assourdissant et ce n’est pas vraiment ma came. Tyler signe la fin de ce troisième jour.

Jour 4

Encore une journée sous les tropiques. Des amis partent faire des courses dans le Auchan qui se trouve à 500m du festival. Pendant ce temps c’est l’heure de l’interminable conférence de presse. Je râle mais on apprend pleins de choses comme les ½ millions de litres de bière bus l’année dernière.

Un chiffre qui sera largement battu cette année à la vue des températures actuelles. Après tous ces efforts, l’après-midi sera plus douce avec une longue sieste sur les lits suspendus du VIP. Seul l’indie rock de The Macabees me fera sourciller avant d’aller danser sur la pop électrique de The Ting Tings. À 19h c’est Carnaval, la Confetti Party paillette le Sziget de 1 000 couleurs.

confeti party

Foals ne laisse pas retomber l’ambiance. Le groupe de rock enflamme les Szigettos. Son chanteur, Yannis Philippakis, dégoulinant de sueur, plonge à plusieurs reprises et avec amour dans son public.

foals

À peine le temps de boire un coup qu’Ellie Goulding entame son show. Adieu le Playback et vive Auto-Tune. En tout cas ses fans sont là et chantent tous en cœur les tubes de l’Anglaise. On préfère émigrer vers le rock d’Interpol pour ensuite, et c’est ça la magie du Sziget, se retrouver devant un concert de jazz sur la scène des musiques classiques. Intrigués, on continue notre exploration vers le Théâtre où un étrange ballet de danse contemporaine nous laisse scotchés sur place. Une belle conclusion pour cette journée.

théâtre

musique classique

Jour 5

Ça y est, on entre dans le noyau dur du festival et on le sait vu la programmation qui s’annonce. Après quatre jours, les siestes dans les coins d’ombre après manger sont devenues vitales. C’est les batteries rechargées que je continue mon exploration de l’île. Outre les séances ouvertes de yoga et de tam-tam, je fais une halte dans le Cirque du Sziget.

Avec des jeux des années 30, il est possible de tirer à la cacahuète, jouer au lancer de chapeau ou encore se faire lire son avenir par une voyante. Je continue mon chemin et passe devant la laverie automatique. Cette dernière est située en face de la petite pharmacie qui jouxte l’hôpital de campagne du festival où l’ambassade de France à une annexe.

lave linge

Plus loin encore il y a la Sport Zone. Terrain de foot, volley, basket et j’en passe sont en libre service. Et pour se rafraîchir, la piscine de mousse jouxte les terrains.

sport zone 1

mousse party

Pour ceux qui veulent plus d’adrénaline, il est possible de sauter à l’élastique ou de boire un verre autour d’une table soulevée par une grue. Mais j’entends déjà au loin Awolnation qui démarre sur la Main Stage. Surprise, à mon arrivée, un vieux camion de pompier asperge d’eau avec sa lance à incendie la foule survoltée.

camion de pompier

Il est 16h30 et les plus amochés se lancent déjà pour un ventre-glisse dans la boue.

ventre glisse

Pas la peine pour eux d’aller sous la douche puisque la tant attendue Color Party est avancée d’une journée.  Armée de pigments de toutes les couleurs, la fosse se change en champ de bataille coloré à la fin du compte à rebours. Entre euphorie et asphyxie, il faut essayer au moins une fois dans sa vie.

color party

J’ai juste le temps de rentrer pour prendre une douche salvatrice que Kasabian commence. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce groupe de rock Anglais, il vous suffit de reprendre tous vos Fifa de 1998 (entre nous, le meilleur de tous) à aujourd’hui pour comprendre. La Main Stage s’enflamme ensuite pour le producteur suédois Avicii, véritable faiseur de tubes. Mais pour moi, le clou de la soirée se profile à l’A38.

Après Les Dropkick Murphys qui ont malheureusement eu le son le plus épouvantable du festival, Gramatik fait son entrée. Le Slovène déploie tout son talent dans un son électro-funk-soul-jazz à faire danser mamie sur les rotules. C’est justement sur ces dernières que je termine le concert. Mon corps hurle de douleur, Knife Party, ce sera pour une prochaine.

Jour 6

Plus le festival avance et plus les après-midis se font courtes et les soirée longues. Une mention spéciale aux kinés (Sylvain si tu lis cet article, merci !) déguisés en indiens de l’Apéro-Camping. Issus de toute la France, ils proposent massages en tout genre, de la tête aux pieds, contre une boisson bien fraîche.

massage kiné

Autrement dit, une bière. Cet avant-dernier jour ressemble bien aux autres : essayer de survivre sous ce soleil de plomb. On passe et repasse devant le dragon fait en bouteilles en plastique ou encore devant la World Music Stage et ses gigantesques fleurs.

dragon bouteilles

Les concerts de la Main Stage reprennent avec Punnany Massif, un étrange groupe hongrois dont tous les autochtones connaissent les paroles. Puis c’est le tour d’Hollywood Undead qui déploient sous leur masque un rap/rock stylé.

Après une Maracas Party qui ne restera pas dans les anales, c’est au tour d’une grosse machine de se mettre en scène : Major Lazer. Un concert qui est plus un show visuel que musical. Chansons coupées au bout de 30 secondes, flammèches, fumée, effets visuels.

Ils incarnent parfaitement le mal de cette société qui veut de l’immédiateté et qui ne profite plus d’une musique entière (#génération-mp3). Même mes amis qui sont fans me rejoignent à l’espace Jack Daniel’s pour boire un verre dans les poufs. Lorsqu’à la fin, "Lean On" commence, c’est la cohue générale vers la scène. Même les serveuses se précipitent en courant.

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Plus calme, le mythique groupe des années 2000 Kings of Leon relèvera largement la barre. Alors que Nero et Vitalic étaient prévus dans mon agenda de la soirée, une petite boisson locale appelée Palinka, sorte d’eau de vie hongroise, va s’immiscer dans mes plans. Une embuscade, comme on dit dans le sud. Difficile de raconter cette fin de soirée tant les shots de ce petit spiritueux ont un effet dévastateur sur ma mémoire. Je sombre dans l’oubli et dans ma tente au lever du soleil.

Dernier jour

Réveil humide. Il a éclaté un mini-orage ce matin. Pour moi c’est ma tête qui va éclater. Un convoi de fêtards mal réveillés ou pas encore couchés se met à serpenter en musique dans l’Apéro-Camping. Nos amis ont décidé de venir réveiller chaque tente du camping… Doliprane, douche froide et Jumbo Bag seront mes meilleurs amis de cette dernière journée.

réveil apréro camping

Une belle douleur à l’épaule me fait craindre le pire (j’écris cet article le bras en bandoulière). Sylvain, devenu mon kiné particulier me remet d’aplomb pour la journée. On profite de ces derniers moments pour vivre l’expérience du Luminarium. C’est une sorte de château gonflable, mais de l’intérieur, où chaque lumière crée une ambiance particulière. L’après-midi est un empilement de siestes et de rangement d’affaires.

Luminarium

Déjà, Kraftklub et Rudimental jouent sur la grande scène. La grosse claque arrive avec Limp Bizkit. Sûrement la meilleure ambiance de cette semaine avec des pogos à n’en plus finir et un public envouté par Fred Durst. Son guitariste Wes Borland est limite effrayant avec son peignoir, son masque blanc et ses yeux noirs. Le dernier concert de la Main Stage se fait en beauté par un live de Martin Garrix. Lasers gigantesques, fumées, serpentins, flammes et feux d’artifice ne laissent qu’un mot en bouche "Whoua !".

final 1

Alors que le dernier pétard vient d’éclater, un violent orage déferle sur l’île. À peine le temps de rejoindre l’A38 que nous sommes entièrement trempés. Depuis le temps qu’on l’attendait cette pluie, elle arrive bien tard. Il ne nous reste plus qu’un concert à voir et pas n’importe lequel. C’est sous une Marseillaise que nos frenchies de C2C débutent leur live. Comme me disait un Américain, "eux ils ne font pas semblant !". Le quatuor remplit le chapiteau sous ses coups de crossfader.

final

C’est à 3h du matin et lessivés que nous quittons la scène. Sacs sur le dos, nous prenons un des innombrables taxis du festival pour aller à l’aéroport. Là-bas, tout le monde dort où il peut. Notre avion décolle à 7h, il faudra bien patienter. Il s’en suivra un autre périple, celui de rentrer : avion, TER, métro, TGV (avec 3h de retard).

Je me couche 24 heures après la fin de C2C, dans un état de fatigue indescriptible mais avec la satisfaction de l’avoir fait, de l’avoir vécu et d’y avoir survécu. Le Sziget c’est une autre planète, une aventure que chacun peut vivre de 10 000 façons différentes. Mais il faut le vivre pour le savoir.

Crédit Images : Louis Rayssac 

Par Louis Rayssac, publié le 01/09/2015

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