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Comment SCH est devenu le nouveau roi du rap français

Publié le

par Joséphine de Rubercy

Alors que son excellent tome II de JVLIVS cartonne, retour sur l’ascension du S, désormais posé sur le toit du rap français.

L’année 2021 est sienne : il y a deux semaines, SCH a gratifié les mélomanes d’un album explosif à tous les niveaux. JVLIVS II a suscité des réactions effrénées de la part du public et a été certifié disque d’or en quelques jours à peine. Une nouvelle consécration pour le rappeur marseillais qui vient juste après celle qu’il avait obtenue avec la compilation 13'Organisé.

Le succès du S se présente comme le résultat d’une carrière maîtrisée, grâce à une discographie cohérente qui développe un univers personnel et identifiable. Aujourd’hui, le rappeur du 13 jouit d’une présence phénoménale sur la scène rap français, dans laquelle il se positionne comme l'un des ténors les plus importants, si ce n’est le plus fort.

Une discographie solide pensée comme une saga

En 2015, le rap français connaît une période très active, rythmée par des grosses sorties (entre Nekfeu et PNL pour ne citer qu’eux). Lorsque le S débarque avec sa mixtape A7, le public n’est sûrement pas prêt à se montrer indulgent. Et pourtant, le projet retentit telle une bombe : des instrus épiques, une voix au ton grisonnant, une plume acérée aux rimes sans concession et des punchlines qui marquent l’auditeur au fer rouge ("Se lever pour 1 200 c’est insultant").

Un aperçu de l’univers du rappeur aux cheveux soyeux, que ce dernier forgera avec une concision d’orfèvre au fur et à mesure de ses projets. Son premier album studio, Anarchie, finit de tisser les mailles de son univers : malgré une certaine violence dans ses paroles, sa rythmique ou sa diction, SCH montre une sensibilité à fleur de peau qui le rapproche de son auditeur, ce dernier étant invité dans une sphère intime.

Cet univers personnifié se dessine dans sa forme finale dans les deux premiers chapitres de la trilogie JVLIVS : les rimes installent une ambiance de film de mafia, tandis que SCH se dévoile à travers l’histoire de son alter ego, dans une trame au tempo effréné qui sait se poser au moment opportun. La discographie du rappeur marseillais passionne le public : elle est pensée comme un véritable opéra qui renouvelle son charme à chacun de ses actes.

Le rappeur qui a le plus marqué 2020

De son album Rooftop, paru en novembre 2019, jusqu’à la sortie de JVLIVS II, SCH n’a sorti aucun projet en solo, pourtant on l’a entendu partout… au rythme d’une vingtaine de featurings, avec lesquels il a mis tout le monde d’accord tout en restant au top des charts du rap français.
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On a pu évidemment l’écouter sur l’incontournable titre de l’année 2020, "Bande organisée", du collectif de rappeurs marseillais, ainsi que sur d’autres titres de leur album 13’Organisé. Son couplet, le premier du titre, commençant par "Oui ma gâtée", a largement contribué au succès de la chanson faisant du S une des figures les plus importantes du collectif.

Le rappeur originaire d’Aubagne était aussi en featuring avec des artistes comme RK, Bosh, Sofiane, Rim’K et a fait une apparition remarquée sur les albums de 13 Block, Zola, JuL et Naza. En décembre, on l’a également entendu sur la compilation du label Rec. 118.

JVLIVS II, à la hauteur des attentes

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Après une année 2020 sans aucun projet solo de la part de SCH, plus d’un an après Rooftop et surtout deux ans et demi après la sortie de l’incroyable JVLIVS, le premier volet de sa trilogie, JVLIVS II était clairement l’un des projets rap les plus attendus de l’année. Mais allait-il être à la hauteur des attentes des fans ? Le verdict est (enfin) tombé, le vendredi 19 mars dernier, et l’album est jugé carrément incroyable. SCH effectue le meilleur démarrage pour un album depuis l’année 2019.

Travailleur et perfectionniste, le S a raconté avoir passé dix heures au studio par jour pendant un an et demi pour pondre ce nouveau diamant composé de 21 morceaux (dont deux bonus). De "Mannschaft", en feat. avec Freeze Corleone, à "Crack", en passant par "Marché noir" et "Grand bain", ils sont tous salués par la critique.

Sur des prods ultra travaillées, son rap technique et ses kicks puissants, le rappeur se dévoile, faisant de JVLIVS II une véritable introspection. Les 54 minutes du projet sont rythmées par les interventions d’un narrateur à la voix suave, que l’on entend sur "Gibraltar", "La Battue" et "Le Coup d’avance". Après JVLIVS, le S prouve qu’il sait se renouveler et faire évoluer son art, même s’il garde une direction précise, un fil conducteur : son personnage de JVLIVS. Encore une fois, la recette SCH est un succès.

Un univers cohérent et identifiable

L’univers du S se déploie à l’instar d’un écosystème dont tous les éléments se font naturellement écho. L’ambiance de film de mafia qui émane de ses morceaux est portée par les instrus orchestrales au ton épique et par ses punchlines qui font mouche, telles des balles tirées à bout portant. Par ailleurs, SCH a toujours embrassé la figure du voyou charismatique, un archétype indissociable de sa discographie depuis son morceau "Gomorra".

SCH évolue dans le décor qu’il a lui-même mis en scène, et de ce bouillonnement artistique décantent des saillies émotionnelles qui brillent par leur authenticité : "J’ai pas vu père fermer les paupières, tête dans l’guidon c’était le frigo / Une chienne de vie à s’lever aux aurores, j’aurais jamais su comment faire."

Cette construction cinématographique donne à SCH une aura particulière. Dans JVLIVS I et II, en se dédoublant à travers un alter ego, l’artiste se dévoile de manière profondément intime, tout en gardant une distance pudique. Dans son dernier album, il nous invite à suivre son périple, de Gibraltar à Marseille. Un voyage qui semble allégorique : partir d’une contrée lointaine pour revenir à la maison.

Enfin, on ne peut pas évoquer l’univers de SCH sans parler de son style vestimentaire. Audacieuses, maitrisées et fastueuses sans jamais frôler l’écœurement, les tenues sont des composantes intégrantes de l’identité du S.

Un artiste ancré dans son époque

Le rappeur du 13 s’est aussi rendu inoubliable auprès des auditeurs avec ses nombreux gimmicks. Certaines de ses expressions sont désormais cultes, telles que "mathafack" ou "ma gâtée", et ont dépassé le simple cadre musical pour se formaliser dans la pop culture.

Ainsi, SCH s’est érigé au rang de figure incontournable de son époque, et ses sorties de projet deviennent de gros événements dans l’actualité musicale, comme en atteste le succès de JVLIVS II, certifié disque d’or en quelques jours seulement. Les chiffres sont indéniables.

Depuis son arrivée sur le devant de la scène en 2015, Julien Schwarzer n’a pourtant pas toujours fait l’unanimité. En effet, son ton guttural ou ses visuels chocs, par exemple sa baignoire remplie de sang dans le clip de "Anarchie", en avaient rebuté plus d’un. De plus, son deuxième album studio, Deo Favente, n’avait pas convaincu tous les auditeurs à sa sortie, certaines prises de risques ayant été jugées négativement.

Aujourd’hui, l’artiste de 28 ans met tout le monde d’accord. Il n’a plus à s’embarrasser des considérations d’autrui et se développe librement en s’ouvrant de nouvelles portes artistiques. Son succès, le rappeur sait qu’il ne l’a pas volé, comme il l’affirme si bien dans son titre "Neuer" : "Ils nous regardaient de haut, ça a changé depuis l’or". C’est à SCH d’être tout en haut, un peu plus esseulé comme il le raconte désormais.

Article écrit par Hong-Kyung Kang et Joséphine de Rubercy

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