La scène rap italienne est en train d’exploser, et il faut absolument l’écouter

La France est cernée par des pays dont les scènes rap sont soit historiquement balèzes, soit en train d’exploser : Angleterre, Belgique, Suisse, Allemagne… Si l’Espagne semble avoir un peu de mal à percer, l’Italie, pays résolument rap, a définitivement pris le train en marche. Avec Sfera Ebbasta en première ligne, plusieurs rappeurs transalpins sont ainsi en train de se faire connaître au-delà de leurs frontières.

Sfera Ebbasta. (Via Facebook)

Longtemps, la France est restée totalement hermétique au rap produit de l’autre côté des Alpes. La barrière de la langue, probablement, le fait que la scène rap française soit depuis ses débuts l’une des plus actives au monde, aussi. Toujours est-il que les rappeurs italiens commencent progressivement à se faire un nom dans nos contrées.

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L’effet Gomorra ? On tient peut-être une piste. Grâce à son énorme succès, la série, dont la troisième saison vient de sortir en France, a fait bénéficier à sa bande-son d’un écho plus que bienvenu. Les clips de PNL, SCH et consorts, tournés dans ou aux abords de la fameuse cité napolitaine de la Scampia ? Peut-être aussi. Toujours est-il que notre pays montre un intérêt grandissant pour leur musique, notamment celle de Sfera Ebbasta.

Sfera Ebbasta, la tête d’affiche

Le jeune rappeur originaire de Cinisello Balsamo, près de Milan, a commencé à attirer notre attention depuis son apparition sur le titre "Cartine Cartier" de SCH en 2016 (même si, avant ça, son carton "Ciny" avait déjà fait trembler un paquet de murs). Le label Def Jam a même fait de ce pionnier, souvent classé numéro 1 dans son pays natal où il est sobrement surnommé "Trap King", l’un de ses protégés. Son second album, Rockstar, est sorti le 23 janvier. Et si vous êtes passé·e à côté, on vous recommande chaudement les très bons "XNX", "Uber" ou "Sciroppo". Mais Sfera Ebbasta est l’arbre qui cache la forêt.

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Dans son sillage, la scène italienne a en effet explosé, s’exportant subitement bien mieux. Priestess est sortie du bois l’été dernier avec ses titres "Amoca Pusher" et "Maria Antonietta", concentrés sur le très bon EP Torno Domani. La rappeuse est issue de la scène de la région de Bari, habituellement plutôt portée sur les musiques jamaïcaines et les sound systems.

Ce n’est pas toujours évident de se faire une place dans le rap. Alors quand on vient d’un pays qui peine à se sortir des années Berlusconi, on vous laisse imaginer. Mais les médias généralistes italiens se sont fait les porte-voix de Priestess, lui consacrant plusieurs articles élogieux. À juste titre, d’ailleurs.

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Sortir Rome de la torpeur

Milan, les Pouilles… On en oublierait presque que Rome est la capitale du pays. Heureusement, le Dark Polo Gang est là pour nous le rappeler. Cette petite bombe vient exploser au milieu d’une ville qui a tendance à rejeter la nouveauté musicale, un paradis des gens bloqués dans le rap d’il y a quinze ans ou plus.

Les quatre membres du groupe, largement influencés par le rap de l’Américain Young Thug, ont été révélés grâce à des titres comme "Cavalli" (avec un certain Sfera Ebbasta en featuring) ou "Cosa ?". Enchaînant les millions de vues, ils se positionnent, avec une poignée d’autres artistes, comme les fers de lance du nouveau son italien. Et dans la poignée d’artistes en question, on retrouve Ghali.

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Chez Ghali, on trouve des sons sacrément mauvais. Mais ses plus gros succès, comme "Ninna Nanna" (qui a atteint les 200 000 écoutes sur Spotify en 24 heures, un record en Italie) ou "Dende", valent carrément le détour et donnent envie de se lancer dans la discographie du bonhomme. Encore un Milanais, tiens.

Son premier album, sorti en 2017 et intitulé "Album" (oui, oui), contient de bons sons, comme "Pizza Kebab". Cependant, ne faites pas aveuglément confiance à son statut de coleader de la nouvelle scène : ses titres "Habibi", "Vida" ou "Libertè" vont vous donner des maux de crâne.

Guè Pequeno, Enzo Dong, les faiseurs de tubes

Si Ghali a percé, c’est en grande partie grâce à un autre rappeur qui l’a repéré à ses tout débuts : Guè Pequeno. Le Milanais est l’auteur de l’un des plus gros hits hip-hop du pays en 2016, "Salvador Dalì", en duo avec Marracash. Le titre, qui bénéficie d’une prod que n’aurait certainement pas boudée Schoolboy Q, est un pont entre les sons anciens et les modernes, une sorte d’entre-deux.

Esthétique résolument italienne, costards flashy… Guè Pequeno a cette voix un peu coincée dans la gorge, très poussée et excessivement suave qui caractérise beaucoup de ses compatriotes rappeurs. En 2017, il a de nouveau rencontré le succès avec "Lamborghini", en featuring avec… Sfera Ebbasta. Décidément.

On pourrait passer des heures à vous parler d’Enzo Dong, Napolitain présent sur la bande originale de Gomorra, un temps garant d’une tradition rap italienne plus rude, surproduite, agressive, puis ayant trouvé un juste milieu avec des morceaux comme "Higuain". Dans ce titre qui fait référence au footballeur Gonzalo Higuain – star du SSC Napoli transférée chez l’ennemi juré de la Juventus, pour la bagatelle de 90 millions d’euros –, Enzo Dong ne prend pas de gants pour évoquer le traître.

Autre délire, qui montre que le rap italien n’est pas né avec l’explosion de la trap : Mondo Marcio, lui aussi venu de Milan, qui a sorti en 2016 son septième album. Là encore, il faut faire du tri dans sa discographie où l’on trouve du bon et du très mauvais. Pour le bon, il y a le choix : "Un Altro Giorno", "Tieni Duro"… La musique de Mondo Marcio est assez caractéristique de l’époque où le rap local puisait encore largement dans le son des années 1990, peinant à ralentir les BPM. Mais le boom bap moderne trouve toute sa place dans cette effervescence.

On pourrait aussi vous parler d’Achille Lauro, de Gemitaize, de Kento… Tous valent le coup d’être entendus. Au rythme où le rap italien s’exporte, il ne fait aucun doute que d’autres noms émergeront et traverseront bientôt les Alpes. On l’espère en tout cas.

Par Brice Miclet, publié le 29/01/2018

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