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Rhythm + Flow, l'incroyable télécrochet qu'il manquait au rap

On a dévoré cette émission diffusée sur Netflix et on a adoré chaque épisode pour des raisons parfois très différentes.

Depuis le début des années 2000, les téléréalités de concours musicaux pullulent partout dans le monde. En France, on a connu bien sûr les énormes succès de Star Academy, La Nouvelle Star ou encore plus récemment The Voice. Ces larges compétitions ont apporté leur lot de moments cultes et certains artistes sont devenus des véritables stars de l’industrie musicale.

Pourtant, dans ces concours télévisés, le rap était souvent le parent pauvre. En effet, il a quasiment toujours été relayé à une performance ou à un talent bizarre. Pire, le rap et sa culture ont été relayés à l’émission La France a un incroyable talent. Comme si le rap n’était pas vraiment de la musique.

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Aux États-Unis, le rap est présent dans les médias de masse depuis plus longtemps. Les chaînes musicales ont souvent mis en place des compétitions, mais aucune n’a jamais été au niveau de celle proposée par Netflix cette année. Intitulée Rhythm + Flow, cette téléréalité documentaire en plusieurs épisodes est aussi le premier concours de musique original de Netflix.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est une totale réussite. Grâce au casting, déjà. En choisissant Chance the Rapper, Cardi B et T.I. en juges, l’émission développe un panel large et moderne du rap. Cardi B est un superbe coup pour la production, la rappeuse étant au top de sa carrière alors qu’elle était inconnue il y a trois ans. Elle a surtout cette facilité de proximité qui en fait une personnalité de télévision parfaite.

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Elle s’est d’ailleurs fait connaître dans Love & Hip Hop, une émission de téléréalité de la chaîne musicale VH1 célèbre aux États-Unis. En devenant un personnage récurrent de l’émission centrée sur la rappeuse Remy Ma, Cardi B se fait un nom grâce à sa présence sur les réseaux sociaux et à des choix très judicieux. Une façon de construire une carrière inspirante pour les nouveaux talents.

Chance the Rapper est aussi un juge parfait car il représente un pan complet du rap plus positif, croyant et conscient, peu mis en avant dans les gros médias. Enfin, T.I. est aussi un habitué de reality shows, notamment avec six saisons de T.I. & Tiny: The Family Hustle. Avec ce panel de juges, l’émission promet des petits moments de divertissement comme de vrais conseils et propositions sur la musique.

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L’émission se déroule un peu comme toutes les autres, d’abord des sélections locales puis des épreuves techniques. Mais ces standards vont être mis au goût du rap. Ainsi, pendant la sélection à Los Angeles, on croise Snoop Dogg en juge de luxe et Nipsey Hussle dans une de ses dernières apparitions télévisées, dans un moment extrêmement touchant.

À New York, les juges locaux sont les légendes : Fat Joe et Jadakiss. À Chicago, avec Chance the Rapper, on retrouve Lupe Fiasco, Twista et Royce da 5'9''. À Atlanta, mecque actuelle du rap, ce sont Big Boi d’Outkast et Quavo des Migos qui départagent les concurrents. Un jury sans-faute, qui représente l’ensemble de la culture rap, moderne comme plus ancienne.

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Avec ces juges, les sélections et les retours sont avisés. Ils testent la présence, le flow, les paroles et la rythmique. Tout est passé au crible pour en faire une compétition très relevée. Alors qu’on peut penser que le rap est une musique facile à réaliser, Rhythm + Flow déconstruit ce mythe pour valoriser la rigueur, le talent et le travail des meilleurs concurrents.

Au fil des épisodes, on entrevoit aussi une grande constante du rap actuel : la diversité. Autant dans le propos, les mélodies que les rythmiques. Tous les styles sont représentés et ils sont tous traités également par les juges.

Une fois sélectionnés, les concurrents sont testés sur des épreuves très différentes qui ne demandent pas les mêmes aptitudes : freestyle, battle, morceau original, clip, reprise d’un sample mythique, collaboration avec un artiste établi puis un producteur star.

Des profils vraiment très différents en ressortent, à l’image des quatre finalistes, qui représentent vraiment quatre facettes différentes de la musique rap. D-Smoke, Londynn B, Troyman et Flawless, des formules très actuelles et polymorphes mais aussi radicales et exigeantes. On se rapproche des grandes figures actuelles : Drake, Kendrick Lamar, Travis Scott et… Cardi B.

Pour réussir dans Rhythm + Flow, il faut être bon partout. Mais est-ce que cela fait des candidats automatiquement de très bons artistes rap ? Pas nécessairement, mais cela remplit bien en tout cas les deux côtés du cahier des charges : la musique et le divertissement.

Les juges donnent des conseils pragmatiques sur l’industrie de la musique actuelle : il faut que tu saches gérer ton image autant que ta musique. Il faut que ton projet global touche les gens et donne envie de faire partie d’une communauté. Cardi B, T.I. et Chance insistent énormément sur des points précis : la réalisation de hits, le charisme, la communauté et l’engagement sur les réseaux sociaux, la direction de ton image et l’engouement populaire tout en gardant ton intégrité et ton originalité musicale.

Pour une émission musicale de ce type, le niveau est très haut, tant sur les prestations des concurrents que sur les conseils et les jugements de l’équipe de production. Lors des séances studio, dans la deuxième partie de l’émission, on voit vraiment le travail titanesque qu’il faut produire, la créativité, le réalisme et la concision, bien mis en avant par le coach vocal King Los et les différents beatmakers qui collaborent.

La réussite est donc totale pour cette première saison qui termine avec quatre finalistes très prometteurs. Même certains autres profils, perdus notamment lors des battles, ont un avenir certain dans l’industrie musicale (on pense à toi Old Man Saxon !).

Le succès populaire est aussi au rendez-vous sur tous les niveaux, Netflix ayant judicieusement sorti en streaming les morceaux les plus aboutis qu’on entend dans l’émission. La stratégie globale est vraiment un exemple, tant sur le traitement de la culture rap dans son ensemble que dans la qualité du divertissement proposé.

Par Aurélien Chapuis, publié le 29/10/2019

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