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Rencontre : dans le monde de Superorganism, entre sons psychédéliques et clips perchés

Publié le

par Florian Ques

Nourris au Web des 90’s, dopés aux mèmes et à la culture de l’instantané, les huit membres de Superorganism sont le reflet d’une génération hyperconnectée et délibérément blasée. Rencontre avec ces dévoreurs d’art fascinants qui veulent nous rendre épileptiques.

© Jordan Hughes

De la bande-son de Fifa 18 aux plus grands festivals européens, il n’y a qu’un pas. C’est en tout cas la trajectoire atypique suivie par Superorganism, un octuor domicilié à Londres mais dont les membres sont originaires des quatre coins du monde. Formé à l’aube de 2017, ce groupe cosmopolite met une déculottée à la pop mainstream, rouillée par abus des fameux "accords magiques", et décontenance aussi bien par sa productivité que par son excentricité. Avec leur tout premier album Superorganism, les artistes débarquent de gré ou de force dans nos playlists et s’imposent comme un pur ovni auditif.

Les membres du groupe sortent des sentiers battus : leurs looks surprennent, leurs morceaux font vibrer et leurs clips donnent le tournis. De par ces trois dimensions, Superorganism est une expérience sensorielle à part entière. "C’est un peu comme un flux de conscience, détaille Harry, guitariste et parolier. Je vois vraiment les clips musicaux et la musique en elle-même comme deux parties d’une seule œuvre d’art. Les vidéos sont une extension de nos morceaux, on crée notre propre monde."

Superorganism vs. the world

Un monde qui comprend, entre autres, des séquences en 8-bits, des baleines qui flottent tranquillement ou encore des mires en veux-tu en voilà. En d’autres termes, l’univers léché (et perché) de Superorganism est un capharnaüm de références à la culture Web contemporaine et de clins d’œil à l’Internet des années 1990. Cette omniprésence des technologies 2.0 s’étend jusque dans les paroles, cryptiques mais déchiffrables, un peu comme une page balisée de code HTML.

Dans "Everybody Wants to Be Famous", titre le plus écouté qui plafonne à 3 millions de vues sur YouTube, le groupe anglophone dénonce la quête absolue de notoriété. Puis, à travers l’envoûtant "Reflections on the Screen", il dépeint notre relation obsessionnelle avec les supports technologiques qui rythment, qu’on le veuille ou non, notre quotidien. Vient ensuite "The Prawn Song" (la chanson de la crevette, littéralement), qui offre un tableau peu reluisant de la société actuelle, doublé d’une absurdité bienvenue, comme l’explique Harry lui-même :

"Ça devient un peu étouffant quand tu regardes les infos ou les réseaux sociaux… On dirait qu’il y a énormément de conflits à tout moment de la journée. Ça me rappelle un épisode des Simpson où Homer est accusé d’avoir peloté une baby-sitter. Les médias sont devant sa maison et l’accusent d’être un pervers. Et à un moment donné, il s’imagine être au fond de l’océan où il peut juste être lui-même. C’est le refuge dans la fiction, en un sens. On reconnaît que le monde est un lieu chaotique et c’est compréhensible de vouloir s’en échapper."

À la première écoute, Superorganism peut rebuter les oreilles les plus délicates. Des sonorités disparates, ostensiblement décousues, que l’octuor londonien parvient à harmoniser dans un album inaugural qui a tout d’un sans-faute. Par moments, la discographie du groupe évoque celle de MGMT, notamment les années Oracular Spectacular. "Leurs débuts nous ont beaucoup influencés", reconnaît Harry, qui liste d’autres noms plutôt éclectiques parmi ses influences, des Beach Boys aux Beatles en passant par Katy Perry dans sa période "Teenage Dream".

Le Megazord de la musique pop

Mais ce qui différencie Superorganism de tous les albums pop sortis en ce premier quart de 2018, c’est l'usage frénétique de bruits du quotidien. Un chronomètre, le remplissage d’un verre, la pluie, des cloches… Des sonorités évocatrices que le groupe utilise fréquemment, mais avec parcimonie. Si l’on peut questionner la rationalité de cette technique, Harry nous explique que la moindre parcelle de chaque morceau a du sens :

"Dans 'Night Time' par exemple, il y a une parole dans le second couplet qui parle de surfer sans but sur le Web. J’ai alors choisi le bruit que fait une radio lorsqu’on passe de station en station pour illustrer ça. Je réfléchissais et je me suis dit que ce qu’Orono [la jeune chanteuse du groupe, ndlr] voulait dire par là, c’était l’idée de consommer tout un tas de choses différentes sans vraiment prendre le temps de les apprécier.

Sur Instagram ou Facebook, on scrolle, on voit tout mais on n’absorbe rien. J’ai alors pensé au son le plus crédible pour mettre ça en image, et c’était la radio. Ça ne correspond pas vraiment car le Web et la radio sont deux médias différents, mais ça m’est paru juste."

Tandis qu’ils s’apprêtent à faire une tournée de concerts et festivals (avec notamment des dates prévues aux Nuits sonores de Lyon et à We Love Green dans la capitale), les membres de Superorganism ne chôment pas et planchent sur un deuxième opus. "C’est encore à un stade précoce mais on a pas mal de chansons déjà, avoue Harry. On essaie de créer une continuité avec les titres du premier album. On écrit vraiment tout le temps."

© Jordan Hughes

Le secret de cette productivité bluffante ? Vivre sous le même toit. Depuis fin 2017, la quasi-intégralité du groupe cohabite dans une baraque en plein Londres. "Dès qu’une idée nous vient, on a toujours des gens qui peuvent rebondir dessus, détaille le guitariste de Superorganism, se réjouissant de pouvoir collaborer aussi facilement. On n’a pas besoin d’attendre de se voir pour en parler, il nous suffit d’aller dans la cuisine pour échanger."

Vrais junkies d’art sous toutes ses formes, les membres du groupe passent énormément de temps ensemble, que ce soit pour se rendre dans des galeries ou s’organiser une sortie ciné ("On est allés voir L’île aux chiens dernièrement"). Insolite pour certains, bizarroïde pour d’autres, Superorganism peut être qualifié de Megazord de la musique pop, prêt à tout dégommer sur son passage et où chaque membre apporte sa pierre à l’édifice. Un édifice parfois déstabilisant, mais toujours exaltant.

Superorganism est disponible depuis le 2 mars 2018 sur iTunes, SoundCloud et Spotify.

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