©Capture d’écran YouTube – Myth Syzer (Ft. Doc Gynéco, Clara Cappagli) – La Piscine (Clip Officiel)

Rencontre avec Myth Syzer, l’artiste le plus bipolaire du rap français

Le beatmaker, désormais chanteur et rappeur, vient de dévoiler sa mixtape Bisous mortels. Un projet diamétralement opposé à son album Bisous, paru plus tôt cette année.

C’est un véritable retour aux sources pour Myth Syzer. Après le succès critique de Bisous, son premier album dévoilé en avril, le producteur vient de lâcher un nouveau projet, le 30 novembre dernier. Une mixtape intitulée Bisous mortels, qui fait écho à son premier essai réussi, mais qui est aussi à l’opposé total de ce qu’a pu faire Myth Syzer quelques mois plus tôt.

Si Bisous était une déclaration d’amour pleine de tendresse sur des mélodies lancinantes et aériennes (et parfois proches de la variété), Bisous mortels est une ode aux vices et à la noirceur, avec des prods sombres beaucoup plus propices au rap. Deux projets symétriques, et pourtant totalement différents. Si bien que le beatmaker-chanteur-rappeur a ici décidé de faire appel aux plus "vilains" des rappeurs francophones, en plus de ses collaborateurs habituels (Ichon, Loveni), pour ce nouveau disque qui a été pensé après le carton du premier album.

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Ainsi, Ateyaba, Alkpote, Jok’Air, 13 Block, Slimka, Dimeh ou encore le légendaire Lino se retrouvent tous sur Bisous mortels, et accompagnent parfaitement les instrus millimétrées du producteur. Avec ce nouveau casting de rêve, Myth Syzer nous plonge au cœur de ses tourments et de son univers pulsatile, et expose à merveille la richesse de son talent. Rencontre avec un artiste innovant, guidé par ses émotions et son humeur, qui repousse les limites conventionnelles des beatmakers.

Konbini | Hello Myth Syzer ! Tu as eu une année plutôt bien remplie, non ?

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Myth Syzer | Ça s’est plutôt bien passé. Ce premier projet qu’a été Bisous m’a permis d’ouvrir des portes par rapport à ce que je faisais avant. Le fait d’avoir créé un projet un peu plus éclairé, ça m’a permis de faire une tournée, de rencontrer de nouvelles personnes.

Est-ce que tu appréhendais l’accueil du public ?

Complètement. Faire un album concept sur l’amour, un thème qui peut rapidement être un peu "cucul", c’est osé. Je me demandais comment les gens allaient interpréter ça, peut-être qu’ils allaient se foutre de ma gueule. Après, je m’en tape : si ça prend c’est cool, sinon tant pis.

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Chanter, c’était devenu un besoin pour toi ?

Je me sentais un peu étriqué dans ma manière de bosser et d’exprimer mes émotions. Juste avec des instrus, au bout d’un moment, tu te sens presque piégé. Il fallait que je donne plus que ça. Et la façon dont je pouvais donner plus, c’était de chanter et/ou de rapper – surtout les refrains. J’avais besoin d’extérioriser, de mettre plus que cette "patte de l’ombre".

Est-ce que tu te sens à l’aise sur scène dorénavant ?

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Franchement, oui. On a fait une petite tournée pour Bisous. Quand tu vois que dès le premier morceau tout le monde connaît les paroles par cœur – et que les gens sont là, à ton concert, pour toi – tu te sens immédiatement confiant. Tu n’as plus le choix. Tu te dis que tu peux lâcher le micro, et les gens chantent à ta place. C’est assez incroyable.

Est-ce que le fait d’avoir autant de featuring sur tes projets, c’est un handicap pour le live ?

Oui, malheureusement tout le monde ne peut pas être là à chaque fois. Mais on a fait avec, et ça a marché. Je t’avoue que j’étais inquiet par rapport à cette tournée et au fait de ne pas pouvoir prendre tout le monde. Mais c’est passé crème ! Si les autres artistes ne sont pas là, c’est le public (ou moi) qui va chanter à la place.

Tu as vraiment gagné une belle confiance en toi avec Bisous.

C’est vrai, parce que c’était un truc délicat. Le fait d’oser un truc comme ça, "love à mort" : après, t’es rodé. J’ai déjà tellement tapé haut dans le thème et dans les paroles que maintenant je peux me lâcher. Je suis moins dans l’hésitation, je sais où je veux aller et je suis un peu plus confiant chaque jour.

Comment tu as eu cette idée de faire Bisous mortels, qui est une sorte d’anti-Bisous ?

J’avais besoin de retrouver mes racines, celles qui viennent du rap. Il fallait que j’exprime ce genre d’émotions qui sont plus violentes, plus intenses. Je me suis dit qu’il fallait que je le fasse cette année, parce que j’ai donné "des choses positives" sur Bisous. Et là je voulais l’inverse, parce qu’il y a toujours deux sides dans la vie. Il fallait que je livre ces deux trucs-là parce que c’est moi. Vraiment. Je peux être sombre un jour, et tout l’inverse le lendemain.

T’es un bipolaire de la musique ?

Je ne dirais pas "bipolaire", mais presque. C’est parce que j’aime plein de choses. Et là j’étais vraiment dans un mood bre-som de ouf. Alors que quand j’ai fait Bisous, j’étais dans un mood beaucoup plus ensoleillé. C’est peut-être un peu bipolaire, en fait [rires].

Pourquoi t’étais dans un mood bre-som ?

C’était par rapport à une relation que j’ai eue dernièrement, qui elle-même était un peu bre-som.

Une relation toxique ?

Voilà, exactement, tu as capté. C’était une relation passionnelle, et toutes les relations comme ça sont plus ou moins toxiques. C’est ça que j’ai voulu exprimer par rapport à cette relation-là, j’étais en révolte. C’était dans les tripes, il fallait que ça sorte. J’ai dit à mon manager : "Voilà, je veux absolument sortir ce projet, ça me tient à cœur." Je ne pouvais pas rester pendant un an avec un projet comme Bisous, aussi. Finalement, c’est comme si c’était un double CD.

Sur le titre "Racks", tu as invité Slimka et Dimeh. La scène suisse commence à prendre de la place dans le rap francophone : t’en penses quoi ?

Je kiffe ! Franchement, je les pousse. Ce sont des bons gars : à chaque fois que je les invite, ils répondent présents. Ils ont de l’énergie de ouf, en concert c’est impressionnant ! Ils sont trop forts. Ils arrivent avec leur délire, ils ont réussi à s’imposer dans le paysage. Force aux bougs ! Je les aime les Suisses.

Autre Suisse, autre délire. Il y a Muddy Monk, avec qui tu as déjà bossé, qui a sorti un projet récemment. Tu as écouté ?

Ouais, je connaissais toutes les chansons. Sauf "Baby", que je n’avais encore jamais entendue – et j’ai adoré. C’est du très gros travail. Muddy Monk, Hamza et mes gars ont fait partie du processus "Myth Syzer chante aussi". C’est des gens qui m’ont donné envie de passer le cap.

Tu as déjà collaboré avec Hamza et Jok’Air sur Bisous. C’était important pour toi qu’ils prennent part à ce nouveau projet ?

Grave. Quand j’ai fait le feat avec Alkpote, je me suis dit qu’il fallait Jok’Air, parce que les deux ça marche trop. Jok’Air a donné un truc complètement différent de ce qu’on a fait avec Alkpote sur le son : il y a les univers de chacun. Ça contrebalance et tu en as pour tous les goûts dans ce morceau.

Pour Hamza, je suis fan de lui. Il m’a beaucoup inspiré, c’est vraiment quelqu’un qui a des toplines de malade. "Jeep", on l’a fait au même moment que son album 1994, en 2017. On était en studio et on a fait "Sans toi" au même moment.

C’est marrant, parce que "Sans toi" est carrément l’opposé de "Jeep" !

Ouais, c’est clair. "Sans toi", c’était le seul ovni vraiment de la session, avec des sons funky.

Ateyaba, c’est le mec parfait pour ce projet. C’était une évidence pour toi ?

Je me devais de l’inviter parce que ça fait depuis 2008 qu’on se connaît. Il n’était pas sur Bisous, et je sais qu’il aurait pu faire un truc sans vulgarité. Il fallait que je l’invite sur Bisous mortels et il a accepté directement. J’avais dans l’idée avec lui de le réunir à nouveau avec Lino – parce qu’ils étaient déjà ensemble sur "501 et lunettes Cartier", qui était sur un projet de Joke à l’époque [Tokyo, paru en 2013, ndlr]. Je voulais faire l’anniversaire de leur collab.

Comment t’as fait venir une légende du rap français comme Lino ?

Un jour, je reçois un appel. Je décroche et j’entends : "Ouais, ça va grand chef ?" Moi je réponds : "Ouais, c’est qui ?" Et là, il me dit : "C’est monsieur Bors". Je dis : "Qui ?!" Et il me répond "Ouais c’est Lino !" Il a récupéré mon numéro grâce à Mehdi Maizi, qui l’a donné à sa manageuse, apparemment. Il me dit : "Ouais, j’ai trop kiffé ton projet Bisous." J’étais honoré de ouf, et un peu sur le cul d’avoir un appel comme ça.

On s’est revus plus tard et dans ma tête ça a fait tilt direct : il fallait absolument qu’il soit sur Bisous mortels. J’étais anxieux, je ne savais pas quoi lui envoyer comme beat – parce que c’est quand même un monsieur dans le rap. Après on s’est revus en studio, il a entendu le son et il a dit : "C’est bon je vais le faire". Quelques jours plus tard, il est revenu en studio et il a posé. Ça s’est fait hyper rapidement, c’était la dernière track à faire. Même le clip s’est fait très vite pour ce morceau-là, grâce à Chris Macari.

Doc Gynéco sur Bisous, Lino sur Bisous mortels

Ouais, à chaque fois il y a des pionniers ! Deux mecs du Secteur Ä, en plus. C’est vrai que leur présence respective est importante, ça peut permettre de crédibiliser ce que je fais aux yeux des puristes. Après, il y aura toujours des gens qui trouveront le moyen de dire : "Mais qu’est-ce que tu as fait avec eux, putain ?"

Le public français est compliqué, quand même. On a presque l’impression que tu n’as pas le droit de t’amuser. On dirait qu’il faut que chacun reste dans son truc. Par exemple, j’ai vu passer un tweet du genre : "Mais il est beatmaker, il n’a pas le droit de rapper."

Les gens sont parfois fermés d’esprit…

Non mais tu vois ce que je veux dire ? Genre : "Il est beatmaker, il n’a pas le droit de rapper." C’est un truc de ouf de dire ça. Cette mentalité-là, elle est tellement crevante, mec. Il y a aussi ceux qui se disent : "Lino, c’est un ancien du rap, il ne doit pas rapper avec ce genre de personne."

Mais cette mentalité-là, elle retarde tout et elle crée des malheurs dans le monde. Mais vraiment. C’est bête, c’est nul, mais cette base-là est indispensable. Ouvrir son esprit, c’est hyper important, mais pas uniquement pour la musique : pour tout. Les gens qui sont cantonnés là-dedans, je ne comprends pas. Surtout à un jeune âge, je trouve ça ouf d’avoir peut-être 16-17 ans et de dire ça.

Le public français est un peu réactionnaire, selon toi ?

Il est aigri, surtout. Ceux qui la veille te disent "Putain, il mérite d’exploser", ce sont les mêmes qui te diront quand tu vas percer "Putain, c’est nul". Ceux qui déversent leur haine sur toi, ce sont ceux qui te soutiendront demain – et inversement. C’est vraiment ça en France. C’est plus ouvert aux États-Unis, par exemple.

Les gens osent plus faire des choses. Là-bas, personne ne va te dire : "Kanye West ne devrait faire que des beats." S’il avait écouté ces gens-là, qu’est-ce qu’il aurait fait aujourd’hui ? Mais après, t’as peut-être 10 % des gens qui sont comme ça. Le reste est assez positif quand même : globalement, je n’ai pas à me plaindre.

C’est la minorité bruyante.

Mais moi ça me touche. J’essaie de tout prendre en considération, je réfléchis à plein de trucs. Mais qu’est-ce que c’est con de dire ça ! Je sais que tu ne peux pas plaire à tout le monde. Il faut encore que j’apprenne à prendre du recul sur ça. C’est vraiment récent pour moi, de chanter, donc c’est tout aussi récent de voir des réactions comme ça. Quand tu es dans l’ombre, on ne te fait pas chier.

Tu as senti la différence depuis que tu chantes ?

Il y a peu de personnes qui "hatent", mais il y en a. Bien sûr que quand je faisais uniquement des beats, je n’avais pas ce type de réaction : on ne voyait pas ma gueule. Je me contentais d’être derrière mon ordi et de faire des beats.

Tu ne veux pas qu’on te mette d’étiquettes. Est-ce que dans le rap, on n’a pas tendance à trop classer ce qui se fait ?

Ouais, c’est horrible ça. Tout le monde est catégorisé. Jok’Air a fait un tweet, il n’y a pas longtemps, où il disait : "Donc les meufs qui écoutent Jok’Air c’est des putes, les meufs qui écoutent du Lacrim elles font des braquages, et celles qui écoutent du Ninho elles bicravent." C’est typique de ce que je t’expliquais à l’instant.

Mais je les emmerde, tous ces gens-là. Je leur dis : "Allez vous faire enculer." Vos étiquettes de merde, c’est vous qui faites que les choses n’avancent pas. Il y a deux types de personnes : les gens qui sont prêts et les autres.

Finalement, c’est un exercice de style très différent de Bisous, mais tu es tout autant à l’aise.

Je n’ai aucune limite, en fait. Et je pense que ça se sent avec ces deux projets. Je peux passer du coq à l’âne. Je peux passer de "t’es la plus belle" à "t’es la plus grosse pute". Surtout dans "Massacre", qui est vraiment dégueulasse.

Comment t’est venu ce son ?

Quand je l’ai fait, j’étais dans un mood tellement sombre. J’étais en studio dans le noir complet, gros. J’étais possédé, genre vraiment en transe. J’étais sur le micro, et j’avais des trucs qui sortaient. J’étais en mode : "Mais non, dis pas ça, tu es un ouf. Tu ne peux pas dire ça." Je me parlais à moi-même dans ma tête. Et à un moment, je me dis : "Mais dis ce que tu veux en fait." Il y a mon ange qui est arrivé sur mon épaule, mais le démon de l’autre côté lui a mis une tarte [rires]. Et ça a donné ce truc dégueulasse.

C’est une force pour ton travail, d’arriver à atteindre des états comme ça ?

De ouf, c’est assez impressionnant. Surtout pour cette track-là. C’était bizarre, je te jure.

Bizarre comment ?

Émotionnellement, je te jure, c’était trop étrange. J’étais vraiment dans le noir complet et j’ai posé. Je m’ambiançais de ouf tout seul sur le son. Je mettais le son à balle, je l’ai écouté au moins 20 fois de suite. Après, il y a ma meuf qui est venue me voir, avec ses potes, et je n’arrivais pas à leur parler.

Je ne pouvais plus sortir du morceau. Je ne pensais qu’à ça, c’était devenu une obsession. J’étais possédé par la piste, avec ma capuche devant mon ordi. Ils parlaient entre eux mais je m’en foutais. Je n’avais qu’une envie, c’était de leur faire écouter le morceau, mais j’étais un peu gêné, car il est un peu hardcore.

Je me disais : "Celui-là, je vais le sortir un jour, c’est sûr." Mais j’avais un trou dans le track. Et à la fin d’une session pour 13 Block, j’ai fait écouter ce morceau-là. Ils m’ont dit : "Tu es un malade. Le morceau est tellement sombre !" Et eux, c’est trop leur délire. Je leur ai proposé de participer, comme j’avais un trou, tout en précisant qu’ils n’étaient pas obligés d’accepter. OldPee a voulu poser dessus direct : il était chaud de fou.

Retrouver les mecs de 13 Block, avec qui tu as déjà bossé, ça doit te faire plaisir également.

C’est des rappeurs qui prennent des risques, ils font des trucs que d’autres n’oseraient pas faire, notamment rapper sur un certain type de beat. C’était la période où Ikaz Boi les produisait, et comme je suis souvent avec lui, on s’est rencontrés. J’avais fait "Don Pablo" pour leur projet (Triple S, 2018) – en featuring avec Ikaz, d’ailleurs. On s’est vus plusieurs fois, et je leur ai proposé de faire du son.

Sur Bisous, on a découvert un lover. Là, tu es beaucoup plus sombre. Je pense à "Oups", en particulier. L’adultère, c’est une fatalité aujourd’hui ?

C’est dur de ne pas l’être. Ne pas tromper, c’est compliqué, putain [soupir]. Mais plus les années passent, et plus tu t’en fous. Moi, aujourd’hui, je me sens capable de ne pas tromper ma meuf. Je ne l’ai pas fait et je n’en ai pas envie. Mais je sais que des fois c’est dur, c’est un fait. T’as beau aimer la personne, il y a ton côté bestial qui ressort. C’est même pas le côté interdit – il n’y a rien d’interdit dans la vie –, c’est physique. Des fois, tu veux ce côté sauvage. C’est ça qui fait que tu peux tromper ta meuf.

Le dernier titre, "Toute la nuit", est beaucoup plus romantique et sensible que les autres. C’était important pour toi de finir sur une note plus douce et positive ?

C’est le morceau le plus doux du projet. "Ouais bébé", c’était le titre le plus dur de la tape sur Bisous, donc ça colle bien. Il y a une cohérence, une finalité par rapport à la conclusion des projets. J’arrive avec un truc plus dur sur Bisous à la fin, et j’arrive avec un truc plus cool à la fin de Bisous mortels.

Tu ne crains pas que les fans que tu as conquis avec Bisous soient hermétiques à des projets plus rap, comme peut l’être Bisous mortels ?

Je ne crains rien, mec. Sinon je n’aurais pas fait ces deux pôles complètement différents. Je n’aurais jamais parlé de "fleurs dans les prés" puis après de "trou de balle dans les champs". Je me fais rire tout seul, putain [rires] ! En vrai, il y a des gens déçus de Bisous mortels, parce qu’ils s’attendaient à des sons comme ceux de Bisous.

C’est pour ça que je tenais à ce qu’il y ait "Oups" et "Toute la nuit", pour ne pas les perdre complètement non plus. Alors que "Massacre" ou "Vilain" sont des tracks dures. "Vilain" glisse en termes de flow, mais au niveau des paroles c’est quand même dégueulasse tout ça [rires].

L’écriture est un axe de travail important pour toi ?

Je fais avant tout des mélodies, mon terrain de jeu favori reste la production. Ce que je mets en termes de voix sur mes sons, ça reste un instrument de plus sur le beat. Après, je commence à m’intéresser aux paroles, pour faire des textes plus recherchés. Mais il y a encore du taf. Je ne suis pas un lyriciste, je me tape des barres. Il faut s’amuser dans la vie, que ce soit dans le son ou en général. Mais je ne me sens pas accompli en tant que rappeur, ni chanteur. Ça se voit, je pense : ce n’est pas Grand Corps Malade qui a écrit les textes. Il y a des gens beaucoup plus forts que moi dans le paysage du rap et de la chanson, maintenant.

C’est difficile d’obtenir de la visibilité en tant que beatmaker ?

En ce qui me concerne, c’est arrivé assez tôt, parce que j’ai eu envie de dire "ce que vous écoutez, c’est moi". Près de 70 % du travail sur un morceau, c’est l’instru, et pas que des paroles. T’écoutes un flow, quoi ! Et je me suis toujours dit, si je collabore avec quelqu’un, je suis dans le titre avec lui – comme avec Joke, à l’ancienne. C’est aussi ces petits détails qui ont contribué à créer le personnage Myth Syzer. J’ai eu très vite de la reconnaissance, alors que je plaçais dix fois moins que certains beatmakers qui n’étaient pas reconnus du tout. Ça vient aussi des exigences que j’ai pu avoir d’être mis autant en avant qu’un rappeur.

Ce qui devrait être normal en soi.

Ce qui devrait être normal, de ouf. Aux États-Unis c’est comme ça.

À quand un disque sans featuring, 100 % Myth Syzer ?

Je vais faire un 30 tracks, que des pistes de dix minutes, que des a capella avec moi qui chante et qui rappe. Il y aura peut-être juste une batterie, pendant cinq heures. Et il s’appellera Kiss Kiss [il réfléchit]. Ah non, je vais l’appeler Gratouille [rires]. Rien que pour ceux qui disent qu’il faut que j’arrête de chanter. Je te jure que je suis capable !

Tu comptes réaliser des clips aussi ?

J’y pense, surtout depuis qu’un des morceaux de Bisous mortels me donne des milliards d’idées. Celui-là, je pense que je vais le clipper moi-même. Je vais le diriger, avec toutes mes idées. J’ai tout écrit déjà, et si j’arrive à tout mettre en place, ça va niquer des mères mon frère !

C’est quoi la suite pour Myth Syzer ?

Je pense qu’après ces deux projets, je ne fais plus de sons [rires]. Il faut que je digère cette année : j’ai sorti 23 tracks en un an. Déjà savoir si je veux continuer comme ça, ou refaire que des beats. Il faut que j’aille à la campagne et que je me pose un petit laps de temps. Que les gens écoutent ces projets-là déjà, pendant que je m’éclipse un peu pour savoir comment je vais rebondir.

Donc tu n’arrêtes pas la musique ?

Non, jamais ! Mais je fais une pause psychologique, car j’en ai besoin.

Par Guillaume Narduzzi, publié le 14/12/2018