Célébrons QLF, premier album (culte) de PNL qui fête ses cinq ans

Un projet iconique du rap français, le mythe s'écrit désormais avec trois lettres.

PNL, un nom incontournable, s’il en est, du rap français. Ce qu’Ademo et N.O.S ont accompli relève d’un exploit sans précédent : en seulement une poignée d’années et quatre albums, les deux frères originaires de Corbeil-Essonnes se sont hissés dans la stratosphère, adoubés par tous. 

La légende débute, il y a aujourd’hui cinq ans, avec un album sobrement intitulé QLF (Que La Famille). Un nom qui donne le ton de la carrière qu’amorcent les deux frères : loin des projecteurs d’un plateau de télévision, le duo préfère rester fidèle à lui-même, et cultiver le mystère en dévoilant un disque sans réelle promotion : une première dans l’industrie musicale. 

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À sa sortie, QLF fait office d’ovni dans la scène du rap français. Des mélodies léchées et soigneusement autotunées, et des punchlines aussi froides que crues qui participent à l’ambiance aérienne : une vraie sincérité émane de tout le projet. Une authenticité quelque peu innocente mais dont le premier degré total marque l’auditeur au fer rouge.

Une voix d’artiste

Avec QLF, les deux frères livrent une prestation exceptionnelle, en explorant des pistes musicales jusqu’alors inexploitées dans le rap français. Si le style est parfois qualifié de cloud rap, on peut affirmer que PNL a inventé un genre musical inédit. 

La maîtrise de l’autotune est impeccable. Ce n’est plus Nabil et Tarik, mais bien Ademo et N.O.S : les deux frères surpassent leur identité pour prendre une voix d’artiste, une voix qui chantonne calmement, et dont la douceur de l’autotune embaume la fraîcheur aérienne. 

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Les sonorités chantonnées de l’album prennent à contre-pied la tendance du rap français à proposer des morceaux guerriers, ce qui s’apparente à ce que des artistes comme Chief Keef pouvaient proposer outre-Atlantique. Le travail de PNL s’inspire de celui d’un certain Lil Durk, et QLF semble être une référence à OTF (Only The Family), nom du label du rappeur de Chicago.

QLF, trois lettres qui forment un talisman musical : les lignes mélodiques habillent à la perfection les paroles crues des deux frères. Le rythme, parfois entraînant, et qui installe une ambiance chaude teintée de notes colorées, contraste avec l’intransigeance des mots, froids comme le hall dans lequel les deux frères ont longtemps attendu la réussite. 

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Un projet sans filtre ni paillettes 

Avec QLF, les deux frères nous invitent dans le quotidien froid des Tarterêts. En lieu et place d’un egotrip classique, un écho sans filtre d’une vie passée dans les halls de cité résonne tout le long du projet. "Je vis je visser", titre qui introduit l’album, donne tout de suite le la : "J’accorde une danse à la rue bien accompagnée." Une danse dont l’amertume ne se complait jamais, ni dans l’apitoiement, ni dans le dédain. 

Si le public est aujourd’hui habitué à entendre le quotidien des dealers dans des morceaux de rap, la manière avec laquelle Ademo et N.O.S décrivent leurs activités est inédite. "Je vis je visser (j’m’ennuie)/Je vis je visser (j’bibi)" : une réalité loin d’être glorifiée, présentée telle quelle. Des journées moroses, et dont le duo ne chante ni le regret, ni l’excitation, mais seulement l’existence. 

La misère, cette ingrate. Personnifiée, elle apparaît fatalement comme une muse, une étoile qui a bien longtemps suivi les deux frères. La souffrance qu’elle cause, profonde et vive, se transforme en puit d’inspiration. "J’amène la misère en balade" ("PNL"), Ademo et N.O.S se lancent dans une odyssée musicale à travers la galère. 

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La richesse, si inaccessible, mais qui se rapproche pourtant. La pochette de l’album, un cœur tapissé emballé de 500 euros, l’affirme : l’ambition devient un moteur de vie. Les deux frères l’ont souhaité si fort, "Prier le ciel d’sortir du tunnel, on fera tout pour, on sera fortunés" ("Obligés de prendre"), la réussite n’apparaît pas comme une échappatoire, mais la suite d’un passé sur lequel ils sont condamnés à se retourner. 

Une ode introspective 

"Y’a que la haine qui m’a apaisé" ("La petite voix"), affirme NOS. Si tout le projet s’apparente à une ode, celle-ci n’a pas vocation à être inspirante. Les cicatrices laissées par le quotidien, "J’écoule, je ramasse, je claque, j’y retourne" ("Je vis je visser") sont encore fraîches, et il y a bien longtemps qu’elles ont entaillé l’innocence. 

Une caractéristique marquante de l’écriture de PNL est l’omniprésence d’adresses directes, que ce soit à la deuxième personne ("Tu me poses la question : "Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? " dans "De la fenêtre au ter ter"), ou à la troisième personne ("Elle est bonne, faut qu’elle paye en nature", dans "Différents"). Les paroles de PNL s’inscrivent dans une réalité crue, et non un monde qui n’existerait qu’en musique. 

L’auditeur est pris comme témoin direct. Les deux frères se confient, et si le premier degré des mots est frappant, une sincère pudeur caractérise toutefois l’ensemble. "Que Dieu me pardonne si je me trompe" ("J’comprends pas"), en écoutant QLF, on est invité dans un confessionnal intime et personnel. 

Que la Famille 

Le titre du projet sonne comme une dédicace. La famille constitue la force de PNL, celle avec laquelle les deux frères ont combattu la vie. L’importance de l’amour filial, presque obsessionnel, s’explicite avec sincérité tout au long de l’album : "Je pose ma mif avant qu’on pose ma tombe" ("J’comprends pas"). 

Une authenticité qui se transcrit également dans les premiers clips du duo. En bas des immeubles qu’ils ont fréquentés et entourés de leurs amis de toujours, les deux frères se montrent tels qu’ils ont toujours été : "La fidélité d’un frère, notre survie dans ta massa" ("Obligés de prendre"). 

Une ligne de conduite qu’Ademo et N.O.S suivent encore aujourd’hui. Le duo donne en effet très peu d’interviews, et préfère la convivialité de leur cité à la lumière d’un plateau de télévision. La famille leur a beaucoup donné, il est maintenant temps pour eux de le rendre. 

On est en 2015, et PNL vient de marquer le rap français au fer rouge. La trace que le duo a laissée dans notre tête est, aujourd’hui encore, indélébile. 

Par Hong-Kyung Kang, publié le 02/03/2020