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Data : pourquoi certains artistes squattent tous les festivals de musique en France

Publié le

par Thibault Prévost

Comme chaque année, le site Sourdoreille a épluché la programmation des festivals hexagonaux. Résultat : une uniformisation inquiétante.

© iStock

On n'y coupera pas. Partout où on ira traîner nos guêtres de festivaliers, du domaine national de Saint-Cloud à Belfort, de La Rochelle à l'hippodrome de Longchamp, on se retrouvera fatalement, indépendamment de notre volonté, face à la même petite dizaine de têtes d'affiches françaises.

Chaque année, le club très sélect des piliers de festoches accueille de nouveaux membres et en éjecte d'autres en fonction de leur actualité musicale. Depuis 2011, le site Sourdoreille s'occupe du recensement avec son "classement de squatteurs". En 2016, après étude exhaustive de 550 festivals, le titre de squatteur numéro un a été décerné à Louise Attaque.

La bande à Gaëtan Roussel, qui signait son grand retour cette année avec l'album Anomalie, sera présente sur 30 festivals français entre mars et septembre, le deuxième meilleur score de l'histoire (récente) du classement après les 36 dates de Zebda en 2012. Comme le note Sourdoreille, Louise Attaque pourra s'enorgueillir de figurer au line-up de la quasi totalité des "grands" festivals français. Le podium est complété par Naâman et ses 26 dates, et Jain, qui squattera 25 festivals.

Vers une uniformisation des programmations ?

Difficile, quand on regarde le top 20 réalisé par Sourdoreille, de ne pas ressentir une tenace impression de déjà-vu : Deluxe, Birdy Nam Nam, Mass Hysteria (si, si), General Elektriks, Naive New Beaters, Oxmo Puccino, The Shoes... Chaque année depuis nos années lycées, les mêmes noms – de bons artistes, là n'est pas la question – semblent placardés sur les affiches des festoches français.

Dans son étude, Sourdoreille a eu la bonne idée de comparer les festivals entre eux pour voir lesquels comptent les programmations les plus similaires : le Printemps de Bourges, les Francofolies de La Rochelle, le festival Chorus ou les Vieilles Charrues sont à la fois ceux qui se ressemblent le plus... et ceux qui programment le plus de "squatteurs". Normal, me direz-vous, puisque leur programmation est particulièrement francophile.

L'uniformisation apparente des festivals cache pourtant  une réalité plus complexe : dans un écosystème musical qui voit les cachets des artistes exploser ces dernières années, les festivals français et leur public (relativement) modeste ne peuvent plus rivaliser avec les grosses machines installées dans le reste de l'Europe (Sziget, Glastonbury, Primavera Sound, feu Tomorrowland). À titre de comparaison, lorsque les Solidays, second plus gros événement musical de France, attirent 180 000 personnes en trois jours, le Sziget fait danser en Hongrie 90 000 festivaliers par jour. Sur sept jours consécutifs. Pour un prix cinq fois supérieur.

Conséquence  de ce déséquilibre : les Beyoncé, Rihanna ou Kanye West, dont le coût pour une performance flirte avec le demi-million de dollars, restent désespérément absents des affiches des festivals bien d'chez nous. En galère de caillasse, les programmateurs privilégient alors la location (appelons un chat un chat) d'une tête d'affiche internationale épaulée par quelques habitués, bien plus abordables, avant de saupoudrer leurs line-up d'une constellation de jeunes groupes en devenir. D'où une certaine redondance dans les programmations hexagonales.

En 2016, vous feriez donc mieux de réécouter "Les Nuits parisiennes", car vous risquez de l'entendre à peu près partout où vous passerez. Avec, en prime, une bonne vieille impression de déjà-vu. Allez, cadeau.

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