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On a parlé avec Birdy Nam Nam de leur prochain album, à la soirée Blacklisted

Publié le

par Konbini

À l'occasion de la soirée Blacklisted organisée par Desperados, on a rencontré le désormais trio Birdy Nam Nam pour parler de leur prochain album. 

Jeudi 24 septembre, 23 heures, 22 rue de la Michodière. La soirée Blacklisted, organisée par Desperados, bat son plein. La foule, jusque-là plus ou moins éparpillée ou rassemblée près des bars, commence à se concentrer près de la scène, se dandinant devant Mawimbi.

Ambiance Hôtel particulier à la soirée Blacklisted ©Jordan Beline

En se déplaçant dans les différentes salles, on s'aperçoit qu'un mot ressort dans pas mal de bouches : Birdy Nam Nam. Le célèbre groupe joue en effet en dernier, et autant dire que c'est l'évènement de la soirée. Pour cause, ces derniers avaient balancé à peine une semaine auparavant leur nouveau single, "Can't Do Me", annonçant un album prévu pour début 2016, Dance or Die.

23h30, on m'indique les loges des artistes, en face du fumoir. Après quelques minutes d'attente débarquent Lil Mike et Crazy B, deux des trois Birdy, fraichement arrivés sur place. Le groupe n'étant plus à présenter et leur actu plutôt floue, on a essayé d'en savoir plus sur leur prochain opus.

Konbini | Depuis 2011 et la sortie de votre dernier album, Defiant Order, il s'est passé pas mal de choses, de la rencontre avec Skrillex au départ de Pone. Vous avez pris un peu de temps pour vous ? Quand est-ce que vous avez commencé à bosser Dance or die ?

Lil Mike | Bah déjà, on a terminé la tournée US, après la française, en 2013 je crois. On a donc fait nos dernières dates, puis on s'est séparé de Pone en fin 2013, et en janvier 2014, on commençait à bosser sur l'album à proprement parler. On a pas vraiment eu de vacances pour le coup.

K | Vous avez bossé où ?

Lil Mike | Aux États-Unis, en France... un peu partout.

Crazy B | Pas mal dans notre studio à Paris, puis on a enregistré des featurings à Los Angeles. Mais on a commencé à Paris.

K | Des featurings ?

Crazy B| Ouais, avec chanteur, rappeur, chanteuse... Vous verrez !

K | Bon, du coup, un bébé sur lequel vous avez bossé un an et demi, deux ans.

Lil Mike | Ouais, c’est pas tout à fait fini. Enfin pas pour moi en tout cas. Vu que c’est moi qui produit le disque et que c’est la première fois que je travaille sur un gros truc de manière aussi sérieuse et tout, ayant conscience de tous les mecs qui ont produit nos albums avant moi [Yuksek et Justice avaient produit leur deuxième album studio, Manual for Successful Rioting, et Para One leur troisième, Defiant Order, ndlr], j'ai une certaine pression. Donc j’essaye de faire les choses bien, au mieux.

K | J’ai vu la photo que vous avez partagée sur votre page Facebook. Il y aura donc 15 tracks, c’est ça ?

Lil Mike | Peut-être plus, peut-être moins au final. On ne sait pas encore.

Crazy B | Il y en a 15 d’établis. Il y en a qui peuvent ressortir d’ici là, on ne sait pas vraiment.

K | Vous avez déjà sorti le premier single, "Can't Do Me". Il change pas mal de votre dernier album, plus proche de Manual for Successful Rioting...

Crazy B | Complètement. Déjà, notre précédent album était produit par Para One, ça a été une sacrée rencontre, avec ce type qu’on adore, ce producteur qu’on respecte énormément. Mais voilà, c’était un univers à ce moment-là qu’on s’est créé avec lui. Là, la grande différence comme te l’a dit Mike, c’est que c’est lui qui produit, qu’on s’est retrouvé à 3, ce qui ne nous était pas arrivé depuis longtemps, et qu'on devait prendre le meilleur de chacun. Mike dirigeait les choses mais avec une sorte de liberté…

Lil Mike | D’une main de fer, oui !

K | C’est vrai ?

Crazy B | Ouais, il est relou. (rires) Non mais Mike bosse énormément sur ce projet depuis un an et demi, et c’était cool de se retrouver à trois, de pouvoir faire ce qu’on voulait du début jusqu’à la fin.

Lil Mike, Joakim, Gilb'R & Crazy B à la soirée Blacklisted

K | Est-ce que ça a changé beaucoup de choses pour vous, en termes de création musicale, d’être plus que trois, au lieu de quatre ?

Lil Mike | Il n'y a pas vraiment eu de changement, c’est plus une évolution. Humainement, si tu passes de quatre à trois, c’est qu’il y a des choses qui ne collent pas forcément. Donc si on est à trois aujourd’hui, c’est pour le meilleur, et c’est parce qu’aussi, on estime qu’on a encore des choses à faire ensemble. On a encore une énergie, et des idées, en termes de musique.

Crazy B | Après, on s’est bien concentré sur le sujet. Le but, c’était de suivre la ligne de conduite, une façon de travailler, que l’on s’était donné d’entrée, pour atteindre ce qu’on recherchait.

Lil Mike | On a cherché à faire un son qu’on n'avait jamais fait. L’idée, c’est que depuis Manual for Successful Rioting, on rêve, enfin on rêve entre guillemets, de faire des chansons avec des rappeurs, des chanteurs, des gens qui correspondent à nos envies et à nos idées. Et là, pour le coup, on a eu un peu plus cette chance, ça a pas forcément toujours été très simple, mais on a trouvé des gens qui ont bien capté le délire, et du coup, c’est une vraie nouveauté. C’est vraiment quelque chose dont on est content. Moi le truc qui me dérangeait le plus, si je dois en trouver un, même si j’aime tous nos albums, c'est que le dernier était chanmé mais beaucoup trop pluvieux, trop sombre, et ça représente pas vraiment ce qu’on est humainement, et encore moins nos envies.

Crazy B | À l’époque, peut-être… Une période un peu plus noire pour le groupe. On a vu ça comme un nouveau départ si tu veux. On ne voulait pas faire le premier, ni le deuxième, ni le troisième album. Mais effectivement, il faut prendre en compte qu’on est plus que trois, donc oui, ce sera différent. On va pas dire mieux, ceux qui préfèrent le premier album ne vont pas nécessairement s’y retrouver, j’en sais rien. De toute façon, il y aura toujours des fans qui diront "c’était mieux avant", on a toujours eu ça, pour tous les albums. L’identité musicale a jamais été très marquée, c’est un peu un truc libre. Par contre, celui-là, on est à trois dessus, c’est un peu plus nos influences, on a réussi à assumer des choses qu’on n'assumait pas avant. De la funk...

Lil Mike | Beaucoup d’émotions !

Crazy B | Beaucoup d’émotions, aussi.

K | D’accord, parce qu’au final, votre premier single est quand même très dansant.

Crazy B et Lil Mike, en chœur | Il ne reflète pas du tout l’album.

Crazy B | Il ne définit pas le son de l’album, pas du tout. Les morceaux sont très variés.

K | Vous avez déjà choisi le deuxième ?

Crazy B | Ouais.

Lil Mike | Il aura rien à voir. Beaucoup plus nerveux.

K | Du coup, dans votre dernier single, certains évoquent un hommage à Mr. Oizo, qui semble en effet assez criant…

Crazy B | Non mais c’est sorti, je t’avoue que beaucoup parlent de ça. Non. Non en fait, on n'a pas fait d’hommage.

K | Il y a un son de synthé…

Lil Mike | Non, il y a un arpège qui peut faire penser à Oizo, peut-être. Mais en même temps…

Crazy B | On a toujours utilisé ce genre d’arpèges.

Lil Mike | Et puis, on adore Quentin. Même en tant que réal, c’est un mec ultra talentueux. Il a dû nous inspirer, de manière inconsciente, forcément. Mais nous, on s’est plus référencé à de la space funk ou de la space électronique avec un son d’aujourd’hui, plutôt que de vouloir faire un truc qui correspond à une esthétique ressemblant à celle d’Oizo. Il n'y a pas du tout de ça. Qu'il y ait le même décalage et le même humour grinçant, je l’entends, mais en fait, ce n’est pas du tout inspiré. Et les États-Unis, et cette couleur, et ce grain d’images... Ouais, forcément, tu vas en Californie, tu filmes, tu fais de l’électronique, inévitablement, tu tombes dans la comparaison avec Dupieux.

Crazy B | Mais bon, ce n’était pas un hommage.

K | Vous avez des inspirations d’autres artistes pour votre album ?

Crazy B | Ouais, elles sont larges. En fait, il y a un peu les inspirations de chacun.

Lil Mike | Ce sera plus, pour le coup, des trucs inspirés de Technotronic, de trap/rap, de Kendrick Lamar ou The Weeknd, de Drake. Tu vois, les inspirations, elles sont là aujourd’hui. Un truc assez moderne, entre électronique, hip-hop et techno.

K | C’est vrai que sur les réseaux sociaux (Instagram ou Vine en l'occurrence), on pouvait vous voir jouer beaucoup de rap. Comme il a pu être important pour vous à vos débuts, il est redevenu important ?

Lil Mike | Ah mais ça l’a toujours été. Après, c'est une certaine image que les gens se sont fait de nous... Bah parce que Pone, c’était les Svinkels, Crazy B c’était Alliance Ethnik, Dj Need on le connaît pas et Lil Mike on a l’impression que c’est un punk. Il faut se rappeler que la genèse du truc, en 2002, alors qu’on est au championnat du monde de DJ, on commence avec Deep Concentration de Dj Premier, on fait un plan sur Rage Against The Machine, puis on reprend "Rock Star" de N.E.R.D et on finit avec Daft Punk.

Donc tu vois, la génétique du groupe, elle est là, à la base. On nous a jamais accepté tel quel, parce qu’on a toujours été expérimentaux dans nos albums et dans nos envies de création.

Crazy B | Ce sont toujours des albums qui sont spontanés, par rapport à ce qu’on vit et ce qu’on a envie de faire. On se donne un objectif, et voilà. À l’époque, on faisait ça aux platines, parce que c’était notre truc aussi, on était dans une chambre. La création de notre premier album n'était pas très intellectuelle au final, c’était surtout nos premiers moyens de faire de la musique ensemble naturellement.

Lil Mike | C’était intellectualisé dans le sens où on a toujours relativisé notre musique par rapport à la manière dont elle était faite. On nous a trop souvent parlé de la manière dont on faisait la musique, et pas assez souvent de ce qu’elle cherchait à exprimer. Du coup, on ne nous a jamais collé à des mouvements musicaux.

K | Du coup, c’est ce que vous cherchez dans cet album : pouvoir vous exprimer par vous-même, et montrer ce que vous voulez réellement.

Lil Mike | Juste faire kiffer les gens en vérité. Après...

Crazy B | On s’ouvre aussi justement. On peut montrer ce qu’il dit, c’est-à-dire qu’on est un peu déconneurs dans notre état d’esprit, on n’est pas des mecs super dark. On aime beaucoup la musique et c’est très large, un grand panel de trucs différents, il faut l'assumer. Faire de la musique plus solaire, plus accessible, pas dans le mauvais sens du terme, mais de pouvoir donner des morceaux aussi qu’on a envie de donner à pas mal de gens et pas juste une élite ou… Clairement, on n'a pas fait un album pour des producteurs.

K | Ce que vous auriez pu faire auparavant…

Crazy B | Ouais… Mais là, c’était pas ça. Le but, ce n’était clairement pas d’étonner d’autres producteurs.

Lil Mike | On a fait des tracks de dingue, t’imagines même pas.

Crazy B | Ils tuent !

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Lil Mike & Crazy B ©Jordan Beline

K | D’ailleurs, début 2016 pour la sortie de l'album ?

Crazy B | On en parle pas trop, parce qu’il n’est pas encore fini. Mais on va alimenter le truc avec un deuxième, un troisième clip, avant 2016.

Lil Mike | Un qui est déjà tourné, un autre qui va l’être la semaine prochaine [interview réalisée le 24 septembre, ndlr]. On prépare le tournage du quatrième, on voit pour le cinquième.

K | Vous déjà bien planifié la chose en fait.

Crazy B | Bah le gros changement, c’est qu’on n'a pas de label. On se prend en main là-dessus, complètement. C’est un peu un rêve quand même.

K | Il n’y a pas de label du tout ?

Crazy B | En fait, on a créé un label, et l’album sortira dessus.

Lil Mike | C’était histoire de garder la main sur le projet de A à Z, mais aussi parce que l’économie du disque fait que des groupes comme nous, ça ne suscite pas l’intérêt financier que nous on est capable de porter à notre projet, individuellement, en auto-financement. C’est ça la vérité.

Crazy B | C’est une démarche d’entrepreneur. On s’est séparé de tout le monde et on est reparti de zéro.

K | C’est un truc que vous vouliez depuis le début, depuis que vous avez commencé à bosser sur l’album, en janvier 2014 ?

Crazy B | On s’est retrouvé face à ça en fait.

Lil Mike | On a parlé avec des maisons de disque, on a rencontré tout le monde, mais, en toute franchise, les propositions n’étaient pas acceptables. Sans surambition, de manière pragmatique, avec ce qu'on pouvait générer en très peu de temps, pour pouvoir financer notre travail, on a fait les calculs, c’était vite fait.

Crazy B | C’est un choix qu’on a fait d’entrée. On pensait que certaines maisons de productions seraient peut-être ambitieuses, et nous proposeraient un truc cool, mais non. C’est comme ça, après on a pas de regrets.

Lil Mike | Il paraît qu’on est des has-been, en toute franchise. (rires)

K | On vous a dit ça ?

Lil Mike | Pas directement. On nous l’a fait sentir, tu vois.

Crazy B | C’est des postures pour essayer de t'avoir.

Lil Mike | Au-delà des postures, c’était beaucoup moins fluide pour nous de travailler et d’avoir des partenaires que ça aurait pu l’être il y a 5 ans.

K | Vous avez fini de travailler vos lives ? Parce que les dates de votre tournée sont déjà tombées.

Crazy B | La tournée commence en décembre ouais. Bah c’est le gros du travail là.

Lil Mike | On est dessus actuellement.

Crazy B | On a travaillé sur le vinyle, maintenant il faut qu’on trouve…

Lil Mike | Dis pas ça, ça fait vieillard. (rires)

K | D’ailleurs, ça vous manque pas, le djing comme lors des DMC ?

Crazy B | Non. Pour moi, ça collait tellement à une époque, que non.

Lil Mike | Ça ne correspond plus à rien aujourd’hui. Techniquement, ça n'a plus de sens, ça ne fait plus rêver. Avec un ordinateur, tu as tellement plus de possibilités, tu peux tellement envisager des choses folles, ce qui était impossible avec des platines. À l’époque, c'était révolutionnaire par rapport à la manière de vivre la musique. Après, nos skills de DJs, ils nous servent, on est différent grâce à ça. Mais au-delà du fait d’être DJ, on est musicien. Notre platine, on l’a vraiment envisagée comme un instrument.

Crazy B | En termes de technique, il y a des mecs bien plus forts que nous. Mais on a nos skills, et c’était le mélange de tout le monde qui faisait un truc particulier. On faisait de la musique, on pensait à la musique avant de penser à la performance scratch.

K | Mais même sans parler du scratching vraiment, je repense à votre premier album live, où vous êtes tous les quatre avec un vinyle.

Lil Mike | (rires) Oh tu sais quoi, ne nous en reparle pas de cet album live, parce qu’on s’est maté la vidéo il y a pas longtemps, oh quel catastrophe !

Crazy B | Il y a des trucs bien, mais…

Lil Mike | Non non non ! En toute franchise, la Cigale.. En revoyant ça, on a frissonné.

K | Arrêtez...

Crazy B | On a pas le même recul que toi, que les gens. Mais c’est vrai que c’était lié à une époque. Nous, on a pu évoluer aussi quand le serrato est arrivé, et quand on a pu faire un morceau et pouvoir le jouer directement dès le lendemain, sans devoir attendre trois mois que le truc soit pressé... Donc c’est l’évolution qui est comme ça, et puis, notre réalité, elle se fait beaucoup moins aux platines. On n’est plus des acharnés du scratch, alors qu’avant, c’était notre quotidien. Donc on va être honnête, on va pas jouer les mecs qui sont à fond dans le truc, c’est pas vrai. C’est pour ça, il y en a qui disent que ça n’a plus rien à voir avec la scratch music, je suis d’accord aussi.

Avant la sortie de leur album, les trois trublions s'embarqueront sur les routes de France. En attendant le deuxième single, voici les dates de leur tournée française :

Vendredi 4 décembre 2015 : REIMS - La Cartonnerie
Samedi 5 décembre 2015 : ROUEN - 106
Samedi 12 décembre2015  : STRASBOURG - La Laiterie
Dimanche 13 décembre 2015 : NANCY - L’Autre Canal
Jeudi 17 décembre 2015 : BORDEAUX - Rocher de Palmer
Jeudi 14 janvier 2016 : LYON - Transbordeur
Vendredi 15 janvier 2016 : CLERMONT-FERRAND – Coopérative de Mai
Samedi 16 janvier 2016 : NANTES - Stereolux
Jeudi 21 janvier 2016 : TOULOUSE - Bikini
Vendredi 22 janvier 2016 : MARSEILLE - Cabaret Aléatoire
Samedi 23 janvier 2016 : LAUSANNE - Les Docks
Samedi 30 janvier 2016 : LILLE – Aéronef
Jeudi 11 février 2016 : CAEN - Le Cargo
Vendredi 12 février 2016 : PARIS – Trianon

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