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Sacred Bones Records a 10 ans : retour sur les pépites du label

Publié le

par Chayma Mehenna

Inspiré du label mancunien Factory Records, Sacred Bones est né dans la jungle musicale de Brooklyn en 2007. À l’occasion des 10 ans de ce label hors norme, on vous propose de revenir sur une histoire de passion – ainsi que sur des albums magistraux encore trop méconnus.

Nous sommes à l’aube de la gentrification du nord de Brooklyn, face à la jetée donnant sur l’East River et les bâtiments sans fins du grand Manhattan. C’est dans le quartier de Greenpoint, sous le gris plafond d’un entrepôt, qu’a décidé de s’installer Caleb Braaten. Ce grand bonhomme à la longue barbe broussailleuse a toujours eu la tête dans les disques. Pour ce mélomane qui a passé toute son enfance entre les quatre murs d’une boutique de disques où les vinyles s’empilaient au sol, fonder un label avait tout d’une évidence. C’est lors de longues pauses dans le sous-sol d’Academy Records, un disquaire où il était vendeur, que son plan de carrière s’est élaboré.

Il lance Sacred Bones Records en 2007, en sortant le premier album de The Hunt, un groupe de punk new-yorkais dont les membres sont des amis. Cet opus, One Thousand Nights, marque les débuts d’une nouvelle ère, celle de l’aventure d’une équipe de passionnés, comptant seulement cinq personnes. Aujourd’hui, les artistes dont cette équipe s’est entourée au fil des ans ne sont plus seulement des connaissances du coin. De David Lynch à John Carpenter, ils sont nombreux à avoir confié à ce label la tâche de sortir ou de rééditer leur musique, contribuant un à un à l’aider à se construire une empreinte. Leur seul point commun ? Ce sont tous des ovnis musicaux. Le créateur du label croit fermement à la valeur de chacun des 170 disques de son catalogue : ils sont tous incroyables et ils continueront longtemps à changer des vies. En voici trois qui ont apporté des moments de grâce aux nôtres.

The Men – New Moon

Il y a des groupes dont le parcours en perdra toujours plus d’un. The Men en fait partie. La carrière de cette formation, qui était à la base un duo de punk hardcore, a connu bien des bouleversements. Si le label les suit depuis toujours, New Moon, leur quatrième album sorti en 2013, est le plus jubilatoire de leur discographie. Ce quatuor au style DIY, avec autant d’auteurs-compositeurs que de membres, a presque délaissé le bruit et la saturation de ses débuts inspirés de Sonic Youth pour explorer le registre d’un certain Neil Young. Nouvelle lune pour nouvelle facette…

S’ils ne perdent pas de vue leur art de la distorsion ("The Brass" en témoigne parfaitement), de gracieuses harmonies parent ici le rock de ces durs, piochant aussi allègrement dans la country avec de grandes envolées de mandoline et d’harmonica que dans la douceur de l’indie ("High And Lonesome"). Des thèmes comme l’alcool, l’amour, le manque et la nostalgie sont explorés au milieu de ce complexe brassage d’influences. Une œuvre à l’équilibre étonnant, tant elle offre de délicatesse et fleure bon la fraîcheur estivale ainsi que les étendues sauvages.

The Fresh & Onlys – Secret Walls

Formé à San Franisco en 2008, The Fresh & Onlys s’inscrit dans une mouvance proche de celle de Thee Oh Sees et Ty Segall. Le style de cette bande à présent inactive – joyeux mélange de rock garage, d’indie et de psychédélisme – flirte tantôt avec les Smiths, tantôt avec le rap.

The Fresh & Onlys s’est autant aventuré vers de belles ballades ("August in My Mind") que d’explosifs morceaux ("Fog Machine"). Son unique œuvre présente dans le catalogue de Sacred Bones est un EP. Composé de cinq chansons, le joliment intitulé "Secret Walls" (2011) offre un aperçu de la beauté pure que ces gaillards étaient capables de révéler. Chœurs entêtants, mélodies lancinantes et guitares implorantes constituent le combo gagnant de leurs brillantes compositions. L’ensemble sent bon la mélancolie et le mystère.

Woods – Find Them Empty


Les Woods font partie des groupes natifs de Brooklyn que les sonorités frénétiques de la ville de New York ont épargné. Find Them Empty (2011) ne fait pas exception : cet opus est empreint de l'esprit du cadre dans lequel il fut enregistré, les magnifiques cascades des Buttermilk Falls. Les sonorités de cet album ne s'éloignent pas beaucoup de ce que les neuf précédents ont à offrir : une verve solaire oscillant subtilement entre folk et rock. 

Dans le single "Find Them Empty", sorti en parallèle de leur sixième album (Sun and Shade), difficile de ne pas retrouver leur goût si particulier pour les compositions complexes, dominées par les cliquetis de guitares aussi saturées qu’hululantes. Avec la face B ("Be There") qui l’accompagne, les Woods signent 7 minutes 20 à l’inspiration terriblement 70’s et hippie.

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