photo de la page Facebook Real Pop Smoke

Pop Smoke : le plus européen des rappeurs new-yorkais

Le jeune prince de la drill vient de sortir une nouvelle mixtape : une occasion de revenir sur ses influences.

Une voix d’un autre monde et des lyrics d’une violence crue. Vous l’avez sûrement entendu sur "Gatti", titre qui conclut le dernier projet de Travis Scott, JackBoys. Pop Smoke vient de sortir sa deuxième mixtape, Meet the Woo 2, qui pourrait bien conforter le jeune artiste dans sa position de concurrent sérieux dans le rap game. Un nom déjà bien connu des amateurs du genre, et qui deviendra vite familier du grand public.

Un héritage de Chicago

La musique de Pop Smoke est marquée par des paroles sans filtre et une rythmique agressive : ce sont les caractéristiques de la drill. Né à Chicago au début des années 2010, ce nouveau genre a vite gagné ses lettres de noblesse dans la scène rap locale. À l’origine, la drill se distingue de sa cousine, la trap, par des sonorités propres aux rappeurs de Chicago, à l’instar d’un certain Chief Keef.

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Un renouveau du gangsta rap, quelque peu différent de ce qui a pu se faire sur la côte ouest.

La naissance de l'UK drill

En parallèle, outre-Atlantique, la scène hip-hop londonienne connaît alors de fortes évolutions. À cette époque, la capitale britannique est conquise par le grime, style impulsé par des artistes comme Dizzee Rascal ou Wiley. Un genre fondamentalement anglais : les rappeurs locaux s’amusent à poser sur des musiques aux sonorités électroniques.

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Le rap anglais se tourne rapidement vers des paroles et instrus plus proches du gangsta rap. Une évolution due à un contexte social particulier : les quartiers défavorisés de la banlieue londonienne se sentent délaissés et sont en proie à une véritable rupture sociale. La drill, alors fraîchement popularisée à Chicago, s’impose comme une évidence pour les rappeurs locaux. Rapidement, des producteurs s’emparent de ce nouveau genre pour se l’approprier.

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La drill puise son identité dans la violence. En 2017, le rappeur M-Trap est jugé pour le meurtre d’un adolescent. Sa musique a aggravé son cas : le juge Anthony Leonard a déclaré que l’homicide était planifié, en se basant sur les paroles des chansons du rappeur.

From London to the States

À New York, l’UK drill commence à séduire. Bientôt, cette influence anglaise se répand sur la nouvelle génération des rappeurs de Brooklyn, parmi lesquels on peut compter Sheff G, 22Gz… et Pop Smoke. Une première dans l’histoire du hip-hop : c’est désormais l’Europe qui dicte les codes du rap US.

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Les artistes américains font directement appel à des producteurs anglais. Par exemple, l’instru du morceau "Gatti" de JackBoys, le dernier projet de Travis Scott, est signé par 808 Melo. Le rap US s’imbibe des sonorités londoniennes et un véritable échange artistique se met en place de part et d’autre de l’océan Atlantique.

Le nouveau prince de la drill de Brooklyn

Pop Smoke occupe donc une place particulière dans la scène hip-hop d’aujourd’hui. Le rappeur se pose en tant qu’ambassadeur de la drill à New York. Une obsession pour les armes ("Gun in my hip/One in the head/Ten in the clip", dans "Welcome to the Party") dans les paroles et un rythme agressif qui ressemble à de la trap. Pop Smoke se pose dans la lignée des artistes de l’UK drill.

En juillet 2019, Pop Smoke sort sa première mixtape, Meet the Woo. Avec 808 Melo à la prod, le rappeur ne cache pas ses influences d’outre-Atlantique. Ce premier projet connaît un vrai succès d’estime parmi les amateurs de rap, conquis par la violence nonchalante et la voix intimidante du jeune artiste.

Sa nouvelle mixtape, Meet the Woo 2, suit cette même direction artistique. Le rappeur fait ce qu’il maîtrise le mieux : des bars toujours entraînantes et servies par des prods typiques de la grill. Imbibé de la musique de gang anglaise, Pop Smoke pourrait être le plus européen des rappeurs américains.

Par Hong-Kyung Kang, publié le 07/02/2020

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