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Après une pause de presque trente ans, Sony va recommencer à presser des vinyles

Publié le

par Thibault Prévost

Crédit: PixabayCC

Pour répondre à la demande croissante de galettes de qualité, Sony Music va represser des vinyles pour la première fois depuis… 1989.

(© Pixabay/CC)

En l’an de grâce 1989, le mur de Berlin n’était pas le seul symbole d’une ère à s’écrouler sous les coups de boutoir de la jeunesse triomphante : le vinyle, en bout de course, se voyait ainsi détrôné par le jeune disque compact, apparu sur le marché en 1982 et auréolé de sa brillance et de sa compacité. N’en déplaise aux platines vinyles déguisées en baise-en-ville, la dernière décennie du millénaire allait être celle du lecteur CD portable et de la chaîne hi-fi à platine cinq CD tournante, sorte de mini-jukebox personnel que les plus jeunes n’ont pas connu et que les autres ont choisi d’oublier.

En 1989, la dernière usine de pressage de vinyles de Sony fermait ses portes, dernier râle d’agonie d’une industrie dépassée. S’il vous fallait une énième preuve que le vinyle a bel et bien fait son retour dans le game de l’industrie musicale, la voilà : vingt-huit ans plus tard, Sony Music se remet aux 33 tours.

À partir de mars 2018, rapporte Digital Trends, la firme nippone va donc presser ses propres galettes dans une usine de Shizuoka, ville située au pied du mont Fuji, à quelques centaines de kilomètres de Tokyo. Un choix effectué en concertation avec les anciens ingénieurs de Sony, selon un porte-parole de l’entreprise cité par l’AFP. Au niveau du catalogue, le quotidien économique Nikkei précise qu’il s’agira de rééditions de musique populaire au pays du Soleil-Levant et que cela concernera également les dernières sorties de la major. Pour le moment, l’expérience se limitera au marché insulaire.

En France, plus que trois fabricants

Si l’initiative est encore limitée, le symbole est puissant : en décidant de relancer une usine de pressage après trente ans d’inactivité, Sony est la première des majors de la musique à légitimer le retour du vinyle dans la culture de masse. La demande est bien réelle mais, jusqu’à présent, seul l’écosystème des start-up proposait une solution de pressage, alors que les quelques usines restantes – une vingtaine en Europe, environ autant aux États-Unis – se trouvent désormais saturées de commandes. En 2013, Universal tentait timidement une percée avec The Vinyl Project, un service de pressage de vinyles rares à la demande. Mais en quatre ans, l’offre n’a finalement que peu évolué, quand la demande, elle, a explosé.

Cela fait maintenant plusieurs années que les chiffres confirment inlassablement la tendance : en 2012, la vente de galettes atteignait un niveau inégalé depuis 1997 ; en 2013, les vinyles battaient des records de ventes sur Amazon ; en 2015, la vente de vinyles a rapporté plus d’argent que le streaming en ligne, se goinfrant de 30 % du marché des ventes physiques avec une progression par rapport à l’année précédente de… 52 %. Roi de la promo dans les années 1990, le CD a très, très mal vieilli, et le marché semble désormais se réorganiser vers une dualité vinyle/numérique. Une aubaine commerciale pour qui saura se jeter le premier sur le marché, ce que Sony souhaite visiblement faire.

En relançant les presses et en ressuscitant également sa platine depuis l’année dernière, la marque japonaise souhaite clairement se positionner comme le leader de la résurrection du 33 tours. Pendant ce temps-là, en France, trois usines se partagent le marché… au grand dam des labels indépendants. Un marché qui, selon Forbes, devrait atteindre un milliard de dollars de recettes d’ici la fin de l’année.

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